La casemate de Vernelle 896

La casemate de Vernelle 896

3 juillet 2026 Randonnée 0

La casemate de Vernelle      896

 

Il est assez fréquent que S.J.V. s’implique dans des opérations d’intérêt commun, soit dans un cadre organisé par une collectivité ou une entreprise, soit de façon spontanée, sous l’étiquette de la contribution en faveur de  telle ou telle communauté, ou celle de l’acte civique au bénéfice des tiers.
Il peut aussi arriver que ces actions reviennent aussi dans l’intérêt de S.J.V. elle-même, mariant ainsi l’utile à l’agréable, ou faisant d’une pierre deux coups !

 

 

 

Plusieurs itinéraires de randonnée cycliste, vététiste, pédestre ou canoéiste (voire équestre pour certaines et certains) et même automobile pour quelques personnes passent et font halte au hameau de Vernelle, lieu-dit de May-en-Multien.
Outre son charme tranquille, Vernelle abrite une casemate « Chauvineau » de 1939/40 nichée près d’un vénérable et remarquable hêtre de 340 cm de circonférence, ce qui, selon les calculateurs d’âge des arbres, lui donnerait…250 ans ! Disons deux siècles, ce qui est déjà respectable !

 

 

Souvent visitée, on a considéré que la mettre un peu plus en valeur et lui donner une publicité serait une bonne chose pour nous et pour bien d’autres. Ni une, ni deux, une prochaine occasion sera mise à profit de ce petit projet.
L’occasion s’est présentée début juillet, par une journée très « chaude » mais que le couvert végétal d’une part, et la toute proximité du canal, d’autre part ont largement mitigée.

 

 

 

Les objectifs fixés sont :
– dégagement raisonné et raisonnable des végétaux trop envahissants (protection du bâtiment et visibilité ). Mais il n’est pas question de mettre le bâtiment « à nu », il ne s’agit pas d’une « résurrection ».
– Dépollution manuelle intégrale des abords et de l’intérieur (mais pas des tags car cela nécessite une autorisation du fait d’utiliser soit des produits chimiques, soit une méthode mécanique abrasive, qui altèrent la structure).

 

 


– Établissement de plans cotés pour cette casemate qui ne répond pas aux divers modèles normalisés de la Ligne Chauvineau, destinés à publication et communication aux associations historiennes qui en feront (ou non) un usage selon leur appréciation.

Ce petit programme demande une bonne journée, aussi commencera-t-elle à 8 heures au départ, 9 heures sur place.
Ôter la végétation c’est évacuer les orties et les ronces, idéalement à déraciner, mais ce ne sera pas le cas pour toutes !
C’est aussi retirer le lierre des zones de l’édifice les plus remarquables, mais aussi des zones où ce végétal peut occasionner des dégâts, notamment lorsque le support n’est pas en béton mais en moellons ou blocs maçonnés, souvent avec un mortier trop sableux qui s’affaiblit avec le temps, c’est à dire, ici…déjà 86 ans !

 

 

C’est enfin, éliminer les quelques végétaux qui dissimulent exagérément la casemate, notamment vue du canal et son chemin de halage, et qui ne permettent plus d’avoir le coup d’œil tactique que les militaires avaient par les fenêtres de tir.
Tout cela autour d’un ouvrage de près de 10 m x 4 m hors-tout, sur une surface environnante d’environ 100 m²

 

 

 

Cette opération promptement menée en quelques heures, il fallut passer à la dépollution, essentiellement interne, accompagnée d’un déblaiement  de terre, feuilles, cailloux…
Sac poubelle et seaux métalliques ont bien navigué ! Au bas mot, un bon demi m3, avec un tri sélectif du verre et du plastique.
Gros avantage, terre petits cailloux et feuilles pouvaient être évacués sur place à quelques mètres, éléments ayant leur place naturelle dans l’environnement. 

 

 

Ce travail sera même achevé au balai et à la balayette…presque un petit appartement à louer !
Cette considération peut valoir reproches, certains considérant qu’à rendre les lieux trop accueillants, on peut favoriser la venue de petits groupes potentiellement irrespectueux, avec dépôts d’ordures, tags à gogo, voire feux ouverts…etc.

 

 

 

D’autres imaginent que cela peut inciter à un « squat » durable, type « SDF », pas forcément souhaitable.
Ces raisonnements sont recevables, discutables…mais ce ne sont pas les nôtres.

On préfère parier sur le bon sens et les bons côtés des gens, même si ces risques sont objectifs…à faible probabilité !

 

 

 

Les lieux redevenus agréablement fréquentables, la géométrie et l’arpentage sont apparus…
La première mesure concerna la falaise située en arrière.
C’est que la construction de la Ligne Chauvineau devant être réalisée en moins d’un an ( 130 km, plus de 300 ouvrages…), tout ce qui pouvait favoriser et accélérer les constructions sans pour autant en altérer la qualité et la fiabilité, était bon à prendre.
L’Etat Major de l’époque eut tôt fait de considérer qu’installer cette casemate à deux axes de tir, en contrebas d’une route qui protégeait les arrières, sous un couvert végétal dissimulateur était déjà un bon plan, mais qu’en plus, il se trouvait de grandes carrières de calcaire à ciel ouvert à moins de cent mètres…

 

 

 

Si la plupart des casemates ont été réalisées entièrement en béton armé, celle-ci le fut en grande partie avec des moellons montés au mortier, seules les parties techniques militaires (fenêtres de tir) et la dalle de plafond anti-bombardement aérien furent coulées aux cotes voulues.
La dalle de ciel, notamment, monobloc de 6 m x 3 m et 40 cm d’épaisseur en béton armé de treillis métalliques et quatre traverses d’acier de fort diamètre boulonnées…à elle seule, environ 18 tonnes !

 

 

 

Les fenêtres de tir, sont d’un modèle particulier avec des crêtes décalées, limitant la pénétration des projectiles et des éclats. Elles sont moulées de façon stéréotypée.
Leurs orientations respectives ( environ 70° et 230°) autorisent de couvrir l’amont et l’aval du canal sur au moins 300 m de part et d’autre, le pont de Vernelle étant à 200 mètres environ.
Bien sûr la dalle de sol est en béton, mais avec une belle économie en étalant une bonne couche de rebuts de carrière avant de le couler.

 

 

Les gros murs épais de 50 cm sur les côtés exposés aux tirs ennemis, à peine 30 cm pour les autres ont été entièrement montés avec des blocs de calcaire venus directement de la carrière…une grosse économie financière mais surtout de temps de travail ! Et aucune rupture d’approvisionnement à redouter ! 
Sans parler des aides que pouvait apporter la population, qu’il s’agisse des hommes non enrôlés pour diverses raisons, des adolescents trop jeunes pour l’être, et même des femmes pour diverses tâches ne nécessitant pas la robustesse des carriers ou des soldats.

Mais ces particularités ne furent pas les seules, bien que déjà remarquables.

 

 

 

Non contents de cette casemate double aux arrières protégées, les militaires la dotèrent d’une liaison horizontale de 2 m de largeur, pour liaison directe vers la route, et d’un plan incliné vers le canal, destiné à assurer une logistique discrète, pour divers approvisionnements. Dans un sens comme dans l’autre.
Pilier de moellons bien ancré dans la berge de rive droite, 2,2 m x 0,6 m pour une hauteur avoisinant 2 m, pour partie enterré, et une dalle de 20 cm d’épaisseur et 7 m² ( 2 m x 3,5 environ) soit encore près de 4 tonnes de béton armé. Pente de 37°…

 

 

Comme l’histoire nous l’apprend, tout cela ne servira que…3 jours, l’armée française ayant dû se replier le 13 juin 1940 en faisant sauter les ponts, pré-minés à cet effet par des équipes du Génie.
Quelque temps plus tard (?) les carriers trouvèrent bien utile de se servir de cette desserte pentue pour charger les flûtes de l’Ourcq de leurs bonnes pierres de Vernelle, issue du lutétien moyen ou inférieur, dont le calcaire à milioles très utilisé pour construire les grands monuments des grosses villes franciliennes…du solide !

 

 

Mais la pente « militaire » étant un peu trop raide pour acheminer les lourds blocs de pierre, un second coffrage fut réalisé pour créer une pente de     27 °, en ajoutant de hauts rebords latéraux.
C’est pourquoi cette pente de chargement a le curieux aspect d’être beaucoup plus « épaisse » en bas qu’en haut ! Près de 80 cm de différence !

 

 

 

 

Quelques heures de dessin technique permirent alors de faire apparaître l’ouvrage sur le papier, avec maints détails secondaires.
Il apparaît que le mur parallèle à la route et qui lui est proximal a été gravement endommagé, partiellement déconstruit, et que certaines des plus belles pierres ont dû être emportées…le peu restant sera aujourd’hui proprement empilé dans un angle.
Pour autant il est porteur de deux nids de troglodyte mignon, entièrement faits de mousses intriquées, avec le curieux petit orifice d’accès, bien rond…

 

 

Par ailleurs, quelques remaniements du mur amont sont observables, sans pouvoir exactement dire lesquels ni dans quel ordre (?) ouverture, fermeture…pas d’informations trouvées à ce sujet.
Enfin, trois gros trous existent, difficile d’en donner la cause…peut-être de petits obus allemands, mais plus probablement des démolitions contemporaines par vandalisme, hélas. Cependant ils ne mettent pas la sécurité en jeu.
L’escalier desservant la porte d’entrée a aussi disparu…il y a maintenant une grande marche de 60 cm !
On peut aussi observer des évidements muraux sous les meurtrières, destinés à accueillir le volume des mitrailleuses, et les crochets anti-recul scellés dans les murs.

 

 

 

De même sont bien visibles les deux jeux de quatre platines boulonnées des plafonds ( 20 cm x 10 cm ), un jeu par pièce.
Ou encore trois barres de fer dépassant de 30 cm, scellées en hauteur dans le mur de refend, en fer plat 20 x 8 mm, 
Les paumelles de la porte d’entrée semblent d’origine. La gâche paraît plus récente (?)

 

 

 

Le mur de protection d’entrée, en retour sur la face aval, n’est couronné que d’une petite coulée de béton de 10 cm environ, il est donc en décalage avec la grande dalle de couverture principale. (moins 25 cm)
La grande dalle n’est pas dotée de garde-corps, les bordures de lierre la dépassent et en masquent les limites, elle est donc potentiellement dangereuse…chute possible de près de 3 mètres au plus haut.
Le plan incliné peut devenir glissant par temps humide ou pluvieux, une glissade amène à finir dans le canal, chute finale limitée et amortie par l’eau et un peu de vase… on ne peut pas en faire une baignade « sauvage » idéale !

 

 

 

 

 

A la nuit tombée, le petit peuple des ténèbres se réveille, donnant à observer une belle tégénaire, et des papillons de nuit dont Tiphosa dubitata (l’incertaine), deux groupes de Mormo maura (La vieillotte), et Philereme transversata (la phalène du nerprun) ou le bien connu papillon diurne Aglais io (le paon du jour)…4 espèces de lépidoptères différentes en trois minutes et sur 10 m² artificiels, c’est pas mal !

 

 

 

Un bon coléoptère est venu s’ajouter… Carabus coriaceus , le carabe coriacé…le plus grand coléoptère de France métropolitaine !
Et quelques autres bestioles dont cloportes et myriapodes…

9 heures / 23 heures…ce fut une belle journée bien remplie !
Demain, vu que tout l’outillage et les sacs à gravats sont là, d’autres casemates seront visitées, plus « ordinaires » mais qui nécessitent aussi un petit nettoyage !

On vous met un petit plan, si vous passez dans le coin…vers May-en-Multien…

 

En jaune, front de taille de l’ex-carrière (400 mètres !)

En vert l’ancien chemin d’exploitation encore bien visible sur le terrain.(80 mètres)

Balise bleue …la casemate double, à 210 mètres en aval du pont de Vernelle

En prime, le petit carré bleu indique le lavoir à impluvium (hélas refait en tôle ondulée…et dégradé par une chute d’arbre), en contrebas, alimenté par une source souterraine captée par un aqueduc, sous le canal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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