La falaise du Bois de Fontaine 907

La falaise du Bois de Fontaine 907

10 septembre 2026 carrières diverses Spéléologie Via ferrata 0

 

 

La falaise du Bois de Fontaine     907

Nous abordons ici une activité de découverte mais surtout de formation, qui concerne la prospection en matière de falaises artificielles (carrières à ciel ouvert), puis l’ouverture d’une voie de désescalade (puis de remontée si elle n’est pas installée en rappel(s))
L’exemple donné ici n’est pas géographiquement situé, son appellation ne permettant pas de la localiser, de sorte à ne pas inciter des aventuriers et aventurières qui ne seraient pas correctement équipé(e)s et suffisamment compétent(e)s à s’y lancer.
Car, de fait, de telles voies ouvertes par des amateurs, même très compétents, ne bénéficient pas des méthodes d’analyse en profondeur des roches, ni des tests physiques de résistance à la pression, à l’arrachement, à la fissuration qui nécessitent un appareillage coûteux, et du temps d’observation.
Par ailleurs, les diverses actions du temps et des intempéries peuvent rendre instable dans la masse  ou friable en surface ce qui ne l’était pas quelques mois ou années auparavant…et ce type de voie « sauvage » ne connaît ni contrôle ni entretien !

 

Même localisée, l’article n’inviterait donc pas à s’y rendre, mais à créer soi-même une voie, chacune et chacun restant totalement responsable de ce qu’il entreprendrait, tant sur le plan juridique que technique et même moral si des tiers venaient à être concernés par ladite création !

Phase de prospection sur documents

C’est la plus simple, consistant à étudier une carte IGN (ou autre) en y cherchant le figuré classique d’une dépression de terrain.
Ensuite, afin d’éviter des déconvenues, on utilise ce bel outil qu’est le créateur de profil altimétrique, que les prouesses technologiques satellitaires rendent d’une incroyable précision, même pour les simples internautes que nous sommes.
En balayant le figuré de façon perpendiculaire à sa ligne, on obtient une coupe de la dépression, permettant d’en connaître la hauteur, mais surtout son profil, donc sa potentielle verticalité.

 

Le figuré peut ainsi livrer une simple pente raide herbeuse comme une verticale pure.
Mais il ne peut révéler les surplombs, bien sûr !
Dans notre exemple, on a ainsi une approche en talus de plus en plus marqués aboutissant à un balcon qui témoigne de la zone de découverture, du temps de l’exploitation active, balcon dominant une quasi verticale de 15 m. C’est donc un espace intéressant compte tenu de la région francilienne.
La prospection documentaire est alors complétée par une recherche d’informations concernant les lieux et leur histoire, le caractère habité ou non, les chemins d’accès et leur nature…mais aussi leur probable (in)visibilité si on recherche la discrétion.

 

Phase de prospection de terrain.

Elle suppose presque toujours un déplacement non négligeable et peut réclamer du temps (parfois beaucoup !) sur place.
Il y a donc intérêt à se doter d’une marge temporelle, de tout le matériel potentiellement utile, mais aussi à envisager d’autres visites et activités locales pour « rentabiliser » la sortie, l’objectif de base n’étant pas forcément atteint, et, même atteint, pas forcément suffisant pour justifier le temps et l’énergie à lui consacrer.
Il est généralement très difficile d’obtenir à distance les nom et coordonnées des propriétaires particuliers en passant par le service du cadastre de la mairie du lieu voulu.
A condition de « tomber » sur un jour d’ouverture de ladite mairie, on peut essayer d’accéder à ces renseignements sur place.
Si le lieu se révèle défendu par des clôtures (et parfois des (gros) chiens) il sera préférable d’en rechercher le ou la propriétaire et de tenter d’obtenir une autorisation, laquelle est rarement accordée, dans l’hypothèse où on trouve quelqu’un disponible le jour voulu…

 

S’il n’est pas défendu par une clôture, et que l’on peut entrer par sa voie d’accès normale (portail non verrouillé, barrière mobile, ouverture permanente…)
on peut envisager d’entrer sans devenir délinquant (mais disposé à ressortir aussitôt si le ou la propriétaire survient et le demande)

Phase d’observation

C’est celle qui va permettre de se rendre compte de l’intérêt technique et de la faisabilité de l’entreprise, et de choisir la ou les futures voies escomptées.
En particulier, de repérer la fiabilité probable ou non de la roche, et l’encombrement végétal du sommet à la base, ainsi que l’état du sol au pied de la falaise, potentiellement marécageux, ou couvert d’une végétation luxuriante plus ou moins épineuse.
Lorsque l’affaire paraît faisable notamment sur le plan sécuritaire, il faut bien repérer du bas un arbre ou autre objet significatif que l’on pourra retrouver du haut, ce qui n’est pas si évident qu’il n’y paraît, car le haut est fréquemment très touffu, et difficile à investir.

 

 

 

Phase de réalisation.

Il y a d’abord l’approche, qui va réclamer un contournement parfois très long.
Dans notre exemple du Bois de Fontaine, on a affaire à un complexe de plusieurs carrières anciennes, totalisant 1100 m de fronts de taille (pour un développement linéaire du terrain de seulement 800 m ce qui donne une idée de l’allure contournée des lieux).
Il s’agit donc de trouver un cheminement permettant de grimper au plateau supérieur en évitant de faire des kilomètres et avec un parcours improvisé restant humainement praticable s’il n’y a pas de sentier ou chemin agricole déjà existant.
Le plus souvent, et ce sera le cas ici, l’improvisation sera dominante voire intégrale !
Ce qui signifie d’évoluer dans un maquis végétal pas forcément accueillant, où une certaine science de la progression en milieu difficile peut être un bel atout…de même qu’un habillement adapté. Et de la patience. Et une acceptation de connaître quelques désagréments (piqûre, griffure, petite contusion…) ou rencontrer une faune particulière qu’on apprécie plus ou moins (araignées, insectes piqueurs, serpents…) car on entre là dans des secteurs revenus à un état sauvage !
Lorsque le repère fixé du bas est enfin atteint, on passe au vif du sujet…

 

La prudence est de mise dès les premiers pas vers le vide attendu.
On s’encorde, avec sur soi ou dans le sac tout le matériel indispensable complété de celui susceptible d’être mis en œuvre pour travailler la voie.
L’indispensable :  casque et cuissard complet (descendeur (modèle « stop » très recommandé), bloqueur, poignée et pédale, double-longe, freineur…)
Corde d’une longueur largement estimée, sangles et mousquetons en quantité surestimée aussi.
Le complémentaire : sécateur, petite scie, perforateur sur accus, foret, broche à frapper ou échelon à frapper, massette, martelette.
Fourreaux ou toile forte anti abrasion si frottements inévitables et fractionnement non-installable.
Porter de grosses chaussures ou bottes solides, et des gants peuvent servir, de même que de quoi photographier.

 

 

Installer une main courante solide très en arrière de la première rupture de pente et passer sur descendeur dès le début de cette main courante car on ne connaît rien de la stabilité des sommets de carrière, le sol ayant pu avoir été fortement ébranlé sous le couvert végétal.
Multiplier les points d’ancrage de cette main courante avant la lèvre de la pente initiale et rechercher une tête de descente en surplomb.
Dès lors, inspecter soigneusement le sol ou la paroi rocheuse et procéder à une purge sans concession.
Attention, l’action de purge peut être juridiquement attaquée par le propriétaire, considérée comme une atteinte au bien (la falaise et ce qui est en bas !), et créant un préjudice indemnisable.

Dégager largement la voie des végétaux qui l’encombrent, ne pas se contenter d’un petit passage exigu, c’est une économie de fatigue qui peut se payer cher à la remontée.
La purge peut être fastidieuse, elle peut aussi amener à devoir RENONCER, si l’instabilité rocheuse est par trop menaçante, cela faisant partie des risques de ce type d’aventure, risque bien moins élevé que celui de recevoir des cailloux sur la tête, les mains bras et épaules en ayant surestimé ses chances de passer sans ennui.

 

 

L’usage des coups de botte ou de chaussure est recommandé, ne passer à la martelette que si c’est vraiment nécessaire, cette dernière étant plutôt destinée à tester la compacité par de petits coups légers qui font « tinter » la roche (son creux ou métallique) qu’à faire sauter des blocs énormes !
Il est rare que la semi-verticalité soit telle qu’aucun frottement n’apparaisse, impliquant alors de poser un ou plusieurs fractionnements.

Le pitonnage direct est rarement possible, et, quand il l’est, rarement très fiable dans les calcaires ou le gypse rencontrés en Île-de-France.
Dans le cadre d’ouverture de voie non destinée à un usage répétitif, et confidentielle, on ne pose pas de broche à la résine (trop d’attente souvent de plusieurs jours !) c’est coûteux et polluant.

 

On a recours à du bon vieux fer à béton planté à force dans 15 cm au moins d’un calcaire ou d’un gypse choisis compacts, si mono-perforé, ou deux fois 10 cm si c’est bi-perforé pour recevoir un échelon ou une « poignée ».
Le diamètre 10 mm est suffisant pour un fer unique, le porte-à-faux restant alors très court, le fer doté d’un élément interdisant l’éjection du mousqueton qu’il va recevoir. Le diamètre 8 mm est suffisant pour un fer courbé, avec deux implantations donc, et un porte-à-faux court.

 

Il suffit de perforer avec une petite inclinaison vers le bas puis d’insérer le fer à béton à coups de massette.
Quand on le pose, au vu des coups à porter, on devine immédiatement que ledit fer ne risque pas de ressortir tout seul, même en traction perpendiculaire au plan rocheux ! (Il est d’ailleurs très difficile d’extraire volontairement les bi-insérés, que nous conseillons)
Mais, bien sûr, ceci est oxydable, et ne peut plus être utilisé après quelques temps (se compte généralement en années !) car le collet ferreux s’écaille et s’amincit peu à peu en plus  de se fragiliser en profondeur par lamellisation.

Donc se montrer prudent si on rencontre un amarrage antécédent… c’est aussi que la voie n’est pas une « première » !!!
Ce n’est qu’un fractionnement, mais sa déformation voire sa rupture peut avoir de graves conséquences le frottement brutal qui en résulterait restant susceptible d’entraîner une rupture de corde (certains calcaires très durs ou avec des silifications formant des arêtes coupantes).

 

Mais, là encore, attention aux conséquences juridiques, car perforer et planter des fers est une atteinte au bien !
Quand c’est bien fait, c’est très discret, et le préjudice invocable est minime, mais…

 

Parvenu au pied de la falaise, souvent au beau milieu de nombreuses pierres et branchages, de ronces, de lierre et parfois de blocs importants, tombés depuis longtemps ou ceux que l’on a déchaussés, déstabilisés, coupés, la voie est faite !
Il reste à la qualifier, la quantifier, la photographier ou dessiner, pour un éventuel usage par d’autres personnes que l’on sait capables et responsables.
Dans notre exemple, on situerait la route la plus proche, avec un plan d’accès au site précis, et une description technique
complétée d’une fiche d’équipement ( ici, corde 30 m, 3 sangles, 4 mousquetons dont un pour fractionnement à – 10 m)

Lorsque la voie est peu distante, elle peut évoluer en voie d’entraînement et de formation, mais dans ce cas, une purge drastique doit avoir été menée, sur une largeur encore plus grande que lors de la « première », et la voie doit être régulièrement contrôlée, voire améliorée.

 

Cette activité créative est très formatrice, obligeant à une grande rigueur durant toutes les phases sus-décrites, nécessitant une bonne maîtrise des techniques cordistes notamment en situation dite « de réchappe », car il ne faut pas imaginer qu’il n’arrive jamais rien d’imprévu.

 

L’organisation et la préparation matérielle sont essentielles, rien n’est plus désagréable que de se retrouver sans un piton ou un échelon au beau milieu d’un bombé qu’on ne pourra pas raisonnablement franchir sans fractionner…tout remonter et retourner au véhicule pour le chercher…Grrr !
Les outils et accessoires doivent tous être sécurisés à l’aide de dragonnes, et il est conseillé de les rendre très visibles pour les retrouver dans la nature, qu’on les ait négligemment posés quelque part ou laissés accidentellement tomber…leurs trajectoires en fin de course aérienne sont parfois surprenantes !
A la remontée, le sac servant souvent de lest de corde, il peut être utile de le remonter de façon séquentielle pour éviter son blocage sous les béquets de strates ou autres aspérités importantes et devoir redescendre pour l’en échapper.
Cette pratique réservée aux initié(e)s réserve bien du plaisir, tout en développant une certaine compétence que seule l’expérience vécue peut apporter.

 

 

Nous recommandons de ne pas diffuser de « topo » de vos futures néo-voies,  car toute affluence, même limitée, est souvent très mal vue par les propriétaires et les édiles locaux, la crainte de dégradations mais surtout d’accident mettant en cause leurs responsabilités respectives étant très forte !
Par ailleurs, tout topo et toute installation peuvent engager la responsabilité des ouvreurs et ouvreuses de voies car incitent des gens à les parcourir, les exposant ainsi à un risque non couvert.

 

La confidentialité est de mise !
Nous souhaitons les plus belles réussites en ce domaine à nos lectrices et lecteurs ainsi mises et mis en appétit d’aventure…et de pleine nature !

 

 

 

 

 

 

 

 

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