L’eau de nos cavernes 237

L'aventure et l'évasion

L’eau de nos cavernes 237

27 octobre 2019 Spéléologie 0

L’eau de nos cavernes… 237

L’eau, cet élément indispensable à toute vie végétale, fongique, bactérienne ou animale, et même dans une certaine mesure à une forme de vie minérale, cette eau qui constitue près de 70% de notre corps, cette eau qui, dans une majorité de cas est la créatrice de nos cavernes, la créatrice de tant de concrétions, mais aussi leur fossoyeur, cette eau mérite bien un petit article qui ne pourra être que très incomplet , tant le sujet paraît inépuisable ! 
Nous sommes tout de même sur la planète dite « bleue »…et qui l’est grâce à l’eau !

Bien plus modestement, se limitant à évoquer l’eau dans les grottes et cavernes, cet article ne fera qu’énoncer des évidences ou presque, du moins pour certains lecteurs, et n’entrera pas dans les considérations scientifiques d’experts.
Son objectif est simplement de susciter la considération, d’amener l’attention, et, partant de là, de pousser à la réflexion, à l’admiration, tant notre tendance à passer trop vite à côté des choses pourrait nous faire ignorer ou perdre leurs valeurs intrinsèques et celles, plus subjectives et symboliques que notre sensibilité peut nous révéler en leur présence.

L’eau des cavernes est a priori issue de la surface, mais il existe dans le monde des cavités dont l’eau émane des profondeurs lointaines du globe. Les eaux de surface, sont essentiellement les eaux des précipitations atmosphériques, qui peuvent rejoindre les cavités soit très directement par un écoulement gravitaire, phénomène plus ou moins rapide, soit de façon anti-gravitaire avec des phénomènes de siphon, qui peuvent demander bien plus de temps.
La progression gravitaire peut elle-même connaître de grandes variations, des différés, allant de l’infiltration capillaire liée à la porosité jusqu’à la puissante cataracte des avens du fond des grandes dolines en cas d’orages durables, ou l’écoulement permanent dû à des pertes de cours d’eau superficiels.
Cette eau procède à des creusements, soit par des processus de corrosion, donc chimiques, et/ou par des processus d’érosion donc mécaniques. Si la corrosion est par essence un phénomène plutôt lent, voire très lent, et relativement régulier l’érosion quant à elle peut être aussi bien lente que très brutale, et connaître des discontinuités majeures.


La corrosion est permise par des agents chimiques qui peuvent décomposer, dégrader la roche matricielle, et, petit à petit y créer des vides de plus en plus marqués. Le dioxyde de carbone est le plus connu et le plus universel d’entre eux, particulièrement dans les roches carbonatées.
Lorsque les flux aquatiques empruntant ces vides deviennent de plus en plus importants, justement parce que ces vides vont grandissant, leur action mécanique va pouvoir devenir de plus en plus importante elle aussi. 
L’eau va finir par ne plus agir seule, pouvant charrier des particules, puis des éléments de roche de plus en plus gros qui vont devenir des abrasifs, des percuteurs, et accélérer les cavitations.


Lorsque les strates sont ainsi creusées, certaines peuvent perdre de leur cohérence, et des phénomènes de ruinification, souvent très brutaux, vont concourir à la formation des grottes. Ou à leur déformation, selon le point de vue !
Mais bien sûr, l’eau est aussi constructrice d’éléments…dont beaucoup nous plaisent,  nous étonnent, voire nous émerveillent, nous inspirent,  et même parfois nous émeuvent…

On entre là dans l’univers du concrétionnement, avec son infinie diversité, mais aussi, sans doute moins spectaculaire, dans celui de la sédimentation, l’eau pouvant créer des buttes, des talus, des plages, des grèves, des barrages et former de véritables paysages souterrains tout comme elle le fait à la surface du globe.
Si l’on parle de « fossoyeur » des cavités en début d’article, c’est bien parce que l’eau peut parfaitement combler, détourner, refermer des cavités après les avoir formées…


C’est ainsi que des boyaux peuvent peu à peu être rétrécis par des dépôts de calcite de plus en plus épais, jusqu’à s’obstruer, que des salles peuvent être comblées par des dépôts de sables, graviers et blocs, dépôts superposés qui finissent par emplir des espaces allant du décimètre cube au décamètre cube !
C’est ainsi que des galeries peuvent être encombrées puis envahies de concrétions en tous genres, qui grandissent, grossissent, de rejoignent, s’adjoignent, s’anastomosent, se superposent, s’entrecroisent, pouvant former de véritables barrières.
Outre ces aspects géomorphologiques, l’eau nous intéresse en ce qu’elle anime la cavité.


Elle ne la décore pas seulement de concrétions, mais y ajoute des décors aquatiques, qui peuvent être stables et immobiles, de la mini-flaque de ridules aux gours géants voire aux lacs, ou bien sûr en mouvement, du ruissellement pariétal étincelant au  flot impétueux de torrents et rivières, du paisible goutte à goutte plafonnier à la véritable cascade vrombissante…
Elle ajoute aussi des sons, imite des voix humaines ou des grondements animaux, crée des rythmes, des harmonies quasi-musicales, rappelle les pluies extérieures…
Non contente de sculpter, bâtir, ériger, non limitée à offrir du mouvement et une musicalité, l’eau peut aussi offrir ses talents de peintre et de coloriste, grâce aux substances qu’elle peut dissoudre et/ou transporter puis combiner ou déposer.


Chargée d’ions métalliques notamment, ou de complexes organiques, toute une palette de couleurs, parfois surprenantes, peut ainsi apparaître à nos yeux, enrichissant encore nos possibles sensations et un plaisir visuel que bon nombre de photographes s’empressent et se plaisent à fixer pour mieux le partager, en particulier avec ceux et celles qui ne pourront jamais voir par eux-mêmes.
Après l’avoir étudiée, observée, écoutée, admirée, on peut aussi s’interroger quant à l’opportunité de la boire, s’il est évident qu’elle peut aussi servir à des usages sanitaires plus vulgaires…
Et là, s’agissant de « nos » cavernes, du moins en métropole française, la réponse est hélas mitigée.
Du fait de son origine très majoritairement superficielle, l’eau des cavernes d’aujourd’hui est à considérer comme suspecte, même dans les cavités s’ouvrant et se développant sous des territoires inhabités.


Cette eau, qui a traversé une épaisse couche d’air, hélas souvent pollué, puis souvent ruisselé sur des terrains eux-mêmes pollués, peut n’être aucunement filtrée avant de se trouver accessible dans les cavités.
Soit parce que le transit est direct, soit parce qu’il est trop court ou passe dans des roches trop perméables pour être de véritables filtres, soit encore parce que les éléments chimiques ne peuvent être filtrés du seul fait de leurs dimensions ou autres caractéristiques physico-chimiques.
Si l’on peut penser à toutes sortes de polluants issus de l’activité anthropique, à juste titre, il ne faut pas ignorer ceux que peuvent produire les êtres vivants ni ceux issus des terres et roches sus-jacentes, les crottes de moutons et les filons de plomb étant des éléments de l’écosystème !
S’agissant d’une consommation exceptionnelle et en quantité très limitée, les particules minérales potentiellement toxiques sont statistiquement négligeables sauf à se trouver devant une eau qui aurait circulé dans une décharge de déchets à haut risque.

L’eau douce une grotte…vue de très près !

En revanche, les éléments vivants, les micro-organismes, notamment virus et bactéries, sont à prendre plus au sérieux, et il est probable que bon nombre de grottes recèlent des eaux impropres à la consommation humaine, même si le risque d’intoxication véritable reste statistiquement faible…les défenses naturelles de l’organisme, éventuellement renforcées par des vaccins jouant elles-aussi leur rôle.
C’est pourquoi il reste préférable donc conseillé soit de ne boire que de l’eau que l’on a importée, soit de ne boire que de l’eau traitée sur place, que le traitement soit chimique à base de pastilles diverses, ou physique à base de filtres micro ou nanoporeux. 
Pour les plus inventifs, patients, expérimentateurs, l’eau de condensation peut être considérée comme « pure »…C’est pourquoi celle qui ruisselle sur une paroi d’abri de bivouac, formée par condensation de la vapeur d’eau exhalée par les occupants peut être « bue » sans autre précaution. Encore faut-il que la paroi soit elle-même propre…et se dire qu’elle peut dégager des particules dans l’eau qu’elle porte !!!

Qui veut lécher ?

On est là aux limites de l’extrême, mais on peut se dire qu’il y a des exemples connus et reconnus  de survies humaines qui furent permises par de l’eau léchée sur des parois de pierre…
Bien sûr, on peut aussi faire bouillir…boire cette eau aseptisée ou presque ou même récupérer l’eau de…condensation ainsi auto-produite !!!

Voilà pour cette réflexion relative à l’eau de nos grottes…qui mérite bien quelques lignes, pensées, photos…mais aussi respect et protection maximale sur notre belle planète bleue !

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