Marnourcq Fresnes-Charmentray (suite) 589

L'aventure et l'évasion

Marnourcq Fresnes-Charmentray (suite) 589

25 octobre 2022 Canoë 0

Marnourcq Fresnes-Charmentray (suite)     589

Dans les articles 580, 582, 587, les différentes étapes d’approche et de préparation d’un circuit nautique sont exposées, sachant qu’il s’agit d’un itinéraire néo-formé, qui n’est topographié ou décrit nulle part, une proposition construite à partit d’une simple étude de cartes, au départ, et d’un double objectif clair : réaliser un parcours en boucle, évitant les navettes automobiles, et le réaliser à petite distance du siège social du club.
Présentement, il s’agit de relater la réalisation sur le « terrain », qui finalise le projet, plus ou moins aventureux.
Voici la narration d’un kayakiste (cours d’eau de classe 1, précisons-le tout de suite !) qui a testé la « première » de ce parcours composite.

Je pars à 14 heures après avoir installé mon kayak (un « Sit-on-top » de 4,5 m) sur mes barres de toit de voiture.
Particularité : j’emporte des bottes-cuissardes étanches, ce qui est assez original pour un kayakiste, et peut se révéler dangereux en cas de dessalage, car la natation en serait rendue difficile…mais il y a des raisons à cela.
Un quart d’heure plus tard, je me gare, et encore un quart d’heure pour les préparatifs.
Outre la livraison du bateau, il faut l’équiper d’un petit montage sur roues, puis loger des accessoires dont pagaie et bidon étanche.
Après à peine 500 m de roulage, l’affaire se corse un peu…j’enlève les roues, et il faut passer l’engin dans un talus envahi de ronces et orties, jusqu’à la berge, sans trop le maltraiter car il n’est pas fait pour affronter les obstacles durs, résistants, piquants…

Qui plus est, bien que cette activité ne soit en rien répréhensible, une certaine discrétion s’impose car l’originalité a le don de se traduire par le doute voire la contrariété chez des observateurs de passage, lesquels peuvent avoir le fâcheux réflexe de s’emparer de leur téléphone et contacter les gendarmes, « au cas où »…ces derniers se dérangent alors, pour rien finalement, mais c’est l’occasion de pertes de temps de part et d’autre.
Donc il faut m’affairer furtivement car la petite route qui passe à quelques mètres est assez passagère !
Me voilà cuissardé, casquetté, et bientôt installé dans le bateau après avoir dû fouler la vase et généré des lâchers de bulles un peu méthanisées…c’est que, comme toute rivière lente de plaine, il y a d’épais dépôts de végétaux mêlés à de la terre, le tout se putréfiant lentement.


Quatre coup de pagaie, et c’est le plaisir instantané…Petite vitesse, cours d’eau intimiste (largeur 4 m à peine), environnement 100% végétal, beau temps. Je lève deux canards Colvert et me voilà à passer quelques obstacles bien dégagés par l’équipe de désobstruction, jusqu’à un premier embâcle.
Il a un peu plus peu avant, ce qui fait que la rivière s’est un peu gonflée et a emporté tout ce qui stagnait sur ses bords et pouvait flotter et cela sur des kilomètres.
J’entreprends de passer par-dessus, en espérant que ce ne sont que des éléments formant une nappe flottante…mais c’est raté !

Il y a aussi de grosses branches en travers, le kayak n’étant pas un brise-lames, il va falloir en sortir et aménager un passage.
Pas de chance, il y a près d’un mètre de fond…cuissardes trop courtes…je vais jouer à l’équilibriste sur l’embâcle et en dégager une partie suffisante pour glisser le kayak vide par-dessus.
Ca prend du temps, mais surtout ça crée une « tension », car il n’est pas question de dessaler, c’est un pari avec moi-même !
Je finis par hisser le bateau et le remettre à flot, mais remonter dedans se sera pas simple ! Une petite partie de califourchon s’annonce…je finis par me retrouver dans le siège sans basculer…et j’en suis bien content !
C’est reparti…pas pour très longtemps !
En second barrage, assez costaud, va devoir être passé, et il y a aussi trop d’eau. Mais ce sera plus facile car ce sont des troncs, et y prendre pied avec une bonne stabilité favorisera la manœuvre de franchissement du kayak. Mais pas celle du ré-embarquement !
Seconde partie de califourchon…et cette fois encore, ça se passera bien !

Une bonne et belle partie fait suite, le décor arboré est très agréable, avec encore des canards et une poule d’eau.
J’arrive à une intersection, et je prends trop large, ce qui m’amène dans un fouillis de branchage garni de ronces. Heureusement, le courant resta assez faible et je peux reculer.
Je suis dans une confluence. Le cours d’eau qui fait ici figure d’affluent n’apporte que peu de débit, ce qui me permet de m’échapper de son flux et repartir plus serré dans le virage, dans un espace dégagé.
J’aperçois des vaguelettes qui scintillent, et annoncent un fond plus haut, un courant plus vif, une sorte de « rapides », tout étant relatif par ailleurs !
Tout de même, ça file bien, et il faut éviter les ramures voutées, à gauche, à droite, à gauche, au centre…je m’amuse un peu !
C’est un tronçon assez joli, aux rives enrochées depuis bien longtemps, plantées d’arbres et d’arbustes, et avec l’automne, la palette des couleurs est ravissante.
La rivière coule entre des rives hautes, il n’y a pas d’horizon, la végétation forme une voûte dans laquelle le soleil joue de ses rayons et jette des éclats de lumière à chaque remous, à chaque mouvement de feuilles agitées par le flot, fait jaillir des gerbes d’étincelles liquides au relevé de pagaie…une paix et une joie m’envahissent, une sereine plénitude satisfait ma soif de nature et de communion avec elle.

Mais voici venir le pont de pierre muré, assez original, qui marque le moment historique où un chemin qui franchissait le cours d’eau pour atteindre des champs cultivés a été barré lorsque la propriété entourant le Château de Fresnes, célèbre en son temps, est devenue franchement privée…(notons ici que ce fameux château a été entièrement déconstruit, et qu’il n’en reste rien de visible).

Juste derrière ce pont existe encore un vannage réduit à ses piles échancrées dans lesquelles on pouvait insérer des planches et réguler ainsi le flot alimentant le vieux moulin sur la rivière, la vraie !
Cette vanne est totalement envahie de branchages et troncs, et ce qui pouvait être sauté avec amusement ( 30 cm en gros…) est actuellement infranchissable.
Vingt bonnes minutes furent nécessaires pour ménager un passage pour le seul kayak, alors que cet endroit avait déjà été entièrement dégagé une semaine plus tôt !

Et c’est reparti avec un petit courant de 2 ou 3 km/h pour une ligne presque droite sans gêne particulière, toujours encadré des plantes d’automne.

J’atteins alors un premier pont routier, sous lequel on passe sans avoir à se baisser, pont en béton tout simple de 8 m de largeur, presque immédiatement suivi d’un second pont.
Celui-ci est bien plus impressionnant, formé par un cylindre de tôles ondulées fortes cintrées, on entre alors dans une sorte de tube géant dans lequel la voix résonne bien ! Cette ouvrage passe en fait sous une voie de TGV et mesure environ 32 mètres.
Il est curieusement doté d’un jeu de barres transversales dont on ne voit guère l’utilité si ce n’est pour empêcher du gros gibier de passer d’un territoire à un autre ou d’échapper à une chasse (?).
Il est facile de passer par-dessous sans même sortir du bateau, ce qui laisse dubitatif quant à l’efficacité envers du gibier…qui fuirait une meute de chiens et/ou de chasseurs !

 

Mais c’est un troisième pont sous un gros chemin carrossable qui se présente alors, 6 à 7 m de largeur, plus haut que le premier, et tout à fait banal.
Un tronçon de ce Canal N°1 de Fresnes apparaît alors quasiment rectiligne, bordé de grandes orties, et marqué par trois petits seuils rocheux sur quelques centaines de mètres, chacun d’eux nécessitant de descendre de l’esquif, du moins quand le niveau de l’eau est trop faible.

Puis, après un virage à 90°, on circule entre deux grands champs bordés d’une ligne d’arbres et arbustes, mais en restant profondément placé entre deux hautes rives très pentues.
La navigation y est facile, quelques obstacles latéraux poussent à virer un peu de droite et de gauche, passage très agréable.

J’arrive alors sur un embâcle majeur, déjà identifié en reconnaissance à pied, déjà aménagé en slalom lors de la désobstruction préparatoire, mais que la rivière à rapidement reconstruit à partir de tous les éléments mis ou remis en flottaison durant quelques jours pluvieux.

L’amas est déjà suffisamment complexe et composé de gros éléments pour interdire toute tentative de franchissement en force, mais aussi pour permettre d’y prendre pied avec les précautions qui s’imposent car ici c’est encore au moins 1,5 m de profondeur, et un potentiel de coincement corporel dans le fatras de branchages en cas d’enfoncement brutal en leur sein.
C’est donc avec circonspection que je me dégage du kayak pour l’amener peu à peu dans un espace de flottaison ouvert à l’aval et m’y ré-embarquer, ce qui me prit pas mal de temps !
Mais c’est fait, et dès lors, je sais que les obstacles ne seront plus que mineurs jusqu’à la Marne que je ne tarde pas à rejoindre en passant sous la petite passerelle verte…brutal changement de décor…tout est grand !

 

Je passe d’une largeur de 3 ou 4 m à une rivière de 80 m et d’un petit flux porteur à un lent courant qu’il va falloir remonter.
Je m’y applique en longeant la rive droite et en m’offrant le petit bras latéral de l’Île Henriet dans lequel l’ambiance est un peu celle d’une jungle mais qui ne m’empêchera pas de naviguer moyennant d’effectuer nombre de lacets entre branches tombées et banc de sable vaseux.

Le couvert végétal encore dense et multicolore, transpercé des rais solaires, et la voussure des ramures qui murmurent sous le léger vent naissant me plongent dans une ambiance en demi-teinte, chargée d’ombres et de brillances dansantes, un silence bruyant de bruissements aux échos de sombre mystère entre les gros troncs noirs couchés dans la glaise feuillée…

Mais je retrouve bientôt la rivière-mère, et un paysage bien moins bucolique que créent un dock géant et ses monstrueuses grues ou pelleteuses où les péniches peuvent être chargées.
On peut encore gagner presque mille mètres sur un étroit bras de Marne qui délimite l’Île aux Vaches de Jablines à la rive gauche.
Je frôle les branchettes qui affleurent et rencontre quelques oiseaux dont un superbe héron cendré, une dizaine de canards et un grand cormoran.
Plusieurs pontons de pêche dont beaucoup très abîmés faute de fréquentation, un canoë échoué là et des barques semi-inondées car emplies d’eau de pluie depuis des mois sans doute, et je guette l’endroit où il me faut accoster, pas facile à repérer quand on est en contrebas !
Un examen approfondi de la carte IGN actualisée m’avait apporté plusieurs indices, dont l’existence d’un étroit chenal intermittent…et, effectivement, je le découvre à demi disparu sous des arbustes et un maquis de ronces !
Une reconnaissance à pied avant de tout débarquer, et, oui, c’est bien là qu’il faut sortir.

 

Bigre ! Le parcours prévu en sous-bois, bien que d’une 60 aine de mètres seulement, va s’avérer plutôt costaud vu l’encombrement très serré d’arbres et branches mortes parmi des orties et autres végétaux entrelacés.
Fort heureusement, le champ de maïs qui jouxte ce bois vient d’être récolté et roulé, ce qui en fait un terrain assez régulier…cerise sur le gâteau : il n’a pas plu récemment ou peu, et cette bonne terre grasse n’est pas transformée en bouillasse collante.
Je dote le kayak de ses petites roues amovibles et je rejoins le gros chemin de desserte puis entame la montée vers le canal par un petit chemin pentu et caillouteux, mais c’est raisonnable et ça passe sans mal, à condition d’y aller en douceur !

 

Je découvre alors le canal de l’Ourcq au niveau du petit pont de Charmentray, et sa longue ligne droite bordée d’arbres récemment replantés donnant une belle perspective vers l’amont…
Face à moi, en rive droite donc, une grande bâtisse émerge d’une haie, il s’agit de l’ancienne Maison de secours et de perfectionnement de l’enfance « coupable »…
Vers l’aval, dans l’arche du pont, on aperçoit une maison dite « de caractère, au jardin encadré de deux tours carrées donnant sur le canal, tout de blanc peintes, qui sont d’anciens pigeonniers.
Le paysage est plutôt agréable, mais il est temps de remettre l’embarcation à l’eau et de repartir gaiement !

Deux ou trois pêcheurs émailleront le trajet de  trois kilomètres seulement me séparant de l’écluse de Fresnes.
Cette dernière ne révèle pas âme qui vive, et j’effectue le transbordement sur près de  mètres sans mettre les roues (traînage sur poupe dans l’herbe grasse…). Plusieurs endroits de la berge sont propices au ré-embarquement, dont d’anciens équipements utilisés au temps de la navigation touristique des années 2000 ou 2010.
Il me reste deux kilomètres, et j’en ferai un accompagné (devancé même !) par deux cygnes qui m’ouvrent la voie tels deux blancs motards ailés !!!

Pont routier puis passerelle un peu originale et qui surprend pour un petit village, structure en demi-arche et tablier à garde-fous en Altuglass coloré, à effet « vitrail ». Une petite maison en rive gauche porte une ancre, ancien lieu fréquenté par les pénichiers, puis on en trouve une beaucoup plus grande, très imposante, près de 15 mètres de façade…, avant la tour du transformateur qui annonce la fin de la boucle…il n’y a plus qu’à traverser la RD avec un petit portage à bras-le-corps !
Je récapitule les segments… 350 m de roulage au départ, 400 m de Fossé Montigny, 500 m de Beuvronne vraie, 1500 m de Canal 01 de fresnes,   5300 m sur la Marne, 100m de roulage sur berge et champ, 50 m encore à plat et 100 m en montée, 2800 m avant Ecluse, 100 m de portage, 2000 m de navigation finale et 50 m de portage… soit 13200 km dont 700 hors de l’eau.

J’ai fini à 18h…en ayant eu trois embâcles à franchir et en faisant pas mal de photos…
Une fois rôdé, sans embâcle, et sans pause nécessaire, cette boucle se parcourt en 3 heures maximum.
Parcours plutôt sympathique voire esthétique, mais…la qualité douteuse de l’eau sur les 2400 m de navigation initiale est regrettable.

 

Le contournement de cet inconvénient est qu’il n’y ait aucun obstacle nécessitant de sortir des bateaux, donc une reconnaissance et une désobstruction peu avant la sortie. Par ailleurs, à titre préventif, au moins un équipier doté de bottes cuissardes, au cas où…

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