La grotte des Moulins ( mini-traversée) 023

L'aventure et l'évasion

La grotte des Moulins ( mini-traversée) 023

9 février 2018 Grottes Spéléologie 0

La (mini) traversée de la Grotte des Moulins

La traversée de cette grotte est une amusante expérience pour débutants, rapidement menée, mais réclamant quelques efforts et offrant des spéléothèmes intéressants.

Cherchant une cavité courte pour quelques heures, dans la région de Saint-Claude, nous nous sommes arrêtés sur la Grotte des Moulins à Septmoncel ( Jura).  La perspective d’une petite traversée avec falaise était attirante !
Nous complétons textuellement les topographies trouvables de-ci, de-là, pour ce qui concerne la traversée que l’on peut y faire…


1) Accès :
D 436 route de la faucille en partant de saint-Claude, jusqu’au lieu-dit « les Moulins », dans une épingle à cheveux virant à gauche, entre quelques bâtisses, avec une grande fontaine-abreuvoir dans le creux ( petit parking 3 places juste avant, ou 2 places juste au-dessus. Poteau indicateur de chemins et pont de route forestière sur le Flumen
Carte I.G.N. 1/25 000 : Saint-Claude 1-2 (3228 Ouest)
Coordonnées Lambert : 874,70 – 156,43 – 860
Développement : 1 342 m – Dénivellation : 108 m (- 16, + 92)

2) Généralités

Nous avons trouvé un extrait de journal local de janvier 1934 ( L’Union des Monts Jura ) qui relate succinctement la première expédition connue après celle du Docteur Meynier en 1907, lequel était descendu avec une corde à sellette du haut de la paroi surplombant le grand porche et avait parcouru quelques centaines de mètres éclairé à la bougie…
En 1934, donc, un groupe de 15 villageois menés par les gars de l’entreprise Lazzaretto ont atteint le grand porche à l’aide de…deux échelles de bois !!! L’une de 12 m pour le palier du petit porche encore infranchissable, la seconde de…18 m ! allant du porche bas au grand porche. Que ceux qui sont déjà montés sur une échelle de bois de 18 m lèvent la main !  Il sy auraient parcourus environ 500 m, ce qui est très certainement sur-évalué comme souvent à cette époque, non par fanfaronnade, mais parce que les matériels et l’éclairage rudimentaire, les efforts à fournir, et un certain stress ajouté à l’enthousiasme faisaient paraître plus long le déplacement souterrain.
Coup de chapeau aux anciens , donc…

Après s’être garé à proximité de la fontaine donc, il suffit, délaissant le vieux pont, de s’engager sur la sente qui démarre sur la gauche derrière elle, longeant le torrent.

Sur le poteau, un arrêté municipal rappelle que les éventuels frais en cas de secours sont à la charge du pratiquant…mieux vaut être bien assuré donc !

3)Approche
On remonte la rive droite jusqu’à quelques marches de pierre, puis on poursuit une trentaine de mètres en longeant le bras de torrent qui se divise, jusqu’à rencontrer un gros arbre fourchu depuis la base. Traverser ce bras le plus souvent sec, pour rejoindre l’autre bras, le plus souvent actif à ce niveau, et longer à nouveau la rive droite ( des arbres portent des points rouges ) jusqu’à atteindre le pied d’un vaste éboulis. On voit très bien le grand porche flanqué de quelques arbres en pleine paroi d’un calcaire très fracturé.

S’élever dans le pierrier jusqu’au niveau d’un orifice ventilé non humainement pénétrable, très moussu, d’où part un sentier en vire surplombant un à-pic d’une dizaine de mètres…une main courante est recommandée surtout par terrain mouillé ( 2 broches inox séparées de quelques mètres puis deux spits plus ou moins masqués par l’herbe retombante ) vers le petit porche devinable, mais qui ne se découvre qu’en fin de vire. (Corde 20 à 30 m selon niveau de protection souhaité)
La roche très délitée des parois et du plafond mérite qu’on s’en méfie un peu…le sol est remarquablement plan.

4) Description 

On pénètre aisément pour trouver un premier cran à grimper aisément donnant sur une jolie salle aux parois très corrodées, d’une roche caverneuse (…) aux arêtes vives, dans laquelle une petite escalade facile de 5 à 6 mètres permet d’accéder à la suite. Une broche et plusieurs spits en margelle peuvent permettre de poser une assurance. Il faut se méfier d’éventuelles grosses protubérances qui ne sont parfois que des blocs désolidarisés de la paroi-mère car la chute serait probable.

Du haut de cette escalade part sur la droite une galerie basse dont toutes les limites sont faites de cette roche torturée, perforée, aux aspérités menaçant les combinaisons des visiteurs trop pressés !
Quelques contorsions sont nécessaires à la progression dans une trentaine de mètres très descendants pour rallier une grande salle sablo-boueuse. C’est d’elle que part en hauteur la galerie dite « merdeuse » dont l’appellation rend compte de la réalité !
Pour la traversée, il faut au contraire descendre au point le plus bas de cette salle, sur la droite, riche en galets, et se faufiler pour trouver une galerie confortable remontante sur 40 mètres environ. Elle donne sur une salle oblongue, d’où continuent des couloirs confluents donnant
accès à l’ensemble majeur du réseau.

La traversée, quant à elle, demande de repartir complètement à droite, presque en arrière, pour trouver un peu plus haut à main gauche une vire terreuse qu’on atteint aisément, et que l’on peut parcourir avec précaution si elle est sèche, avec une main courante dans le cas inverse ( deux spits au départ, deux amarrages naturels à l’arrivée ).
On atteint alors une courte galerie et un passage surbaissé avec laisse d’eau dans un bassin concrétionné en type « chou-fleur ». ce passage donne accès à la grande galerie du porche.

Il s’y trouve une grande laisse d’eau, et beaucoup de concrétions dont certaines s’appuient même sur des cadavres de Scoliopteryx libatrix, la plupart constituées de Mond-milch ce qui n’a rien d’étonnant pour cette galerie proche de l’extérieur.
Le mond-milch a ici un aspect blanchâtre, crémeux, mou car très imprégné d’eau. Mond-milch calcitique, garnissant les rives noyées de la grande laisse d’eau , et probablement un mond-milch d’origine biochimique décalcifiant et recalcifiant les concrétions initiales, remarquablement épais ( plus de 6 cm spongieux sur d’anciennes stalagtites de forte taille ) et le plus souvent à l’allure de « brocolis » ou coralliforme sur le bas des parois.
La galerie, vaste, s’achève sur l’extérieur flanquée de deux banquettes dont celle de droite mène à un relais chaîné d’aspect vétuste mais encore fiable.
Celle de gauche permet une descente par un petit ressaut de 2 ou 3 mètres. On est alors dans le porche avec un joli point de vue par-dessus les frondaisons, porche colonisé par des Alliaires et des Géranium Herbe-à-Robert, et décoré d’un arbre tortueux pouvant servir de relais intermédiaire.
Mais c’est inutile car deux goujons à plaquettes dotées de cordelettes de 8 non reliées sont installés sous le premier cran de descente de 2 mètres environ.

De là, deux possibilités : soit gagner un arbre à main droite (en faisant face à la paroi) en main courante rappelable pour un relais presque d’aplomb avec frottement minimalisé sur une croupe herbeuse puis très tangentiel sur le calcaire, soit continuer à la verticale sous le relais précédent et venir poser la corde sur la rupture de pente. Le frottement y sera conséquent si on n’utilise pas un protège-corde, ou un déviateur vissé dans un spit légèrement sur la gauche ( face à la paroi). Il reste aussi la solution de déplacer le nœud de relais pour décaler les frottements de cordes à chaque passage. ( corde 50 m du relais supérieur ou 35 m du relais inférieur ). Une dizaine de mètres de descente est alors envisageable, moyennant une purge attentive des plaquettes de calcaire de cette roche très fragmentée.

Les Moulins

Bien entendu la traversée, une fois réalisée en ce sens, peut être envisagée à l’envers…si la corde de descente n’a pas été posée en frottement.
Nous avons compté 1 heure pour le tour complet, et 1 heure de plus pour admirer, photographier, observer et soigner l’équipement.
NB 1 : la traversée est balisée d’affreuses et grossières marques rouges dont ( heureusement ) la plupart sont maculées de boue, ou estompées. Elles peuvent néanmoins être utiles à confirmer l’itinéraire puisqu’elles sont là…
NB 2 : Il y a plusieurs espaces d’hivernage de chiroptères ou de site nuptial vers la zone du grand porche, donc traversée à éviter de novembre à mars…ou avec grandes précautions.
NB 3 : Le torrent, vers le petit pont, se prête bien au lavage des cordes, et l’eau de la fontaine est réputée potable.
NB 4 : Dans la grande salle à une soixantaine de mètres de l’entrée, il existe des spéléothèmes originaux en forme de stalagmites argilo-sableuses creuses aussi curieuses que fragiles, sur la gauche du sol de cette salle.
Il convient d’en préserver l’existence et le développement en les contournant soigneusement. Elles ne sont pas signalées par du « Rubalise »…
NB 5 : la cavité est remarquablement propre et respectée, seules de très anciennes inscriptions dates et « signatures » étant encore visibles au grand porche. L’éventuelle utilisation de lampes à carbure dans les galeries basses et/ou étroites en roche claire et immaculée demanderait de grandes précautions…ne parlons même pas du déchaulage qui serait ici quasi-délictuel !

Fin de sortie……on lâche tout !!!

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