TGRLIFRA 7 B 819
TGRLIFRA 7 B 819
La TGRLIFRA est la Très Grande Randonnée LIttorale FRAnçaise, une promenade pédestre de quelques milliers de kilomètres sur la côte manchoise puis atlantique, avec quelques particularités…
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– le parcours suivi est préférentiellement et autant que possible, au plus près du flot, quel que soit le niveau de marée.
Bien entendu, il peut arriver que des structures artificielles interdisent tout passage pédestre, que la marée rende impossible un franchissement durant des heures…
Voire qu’un arrêté municipal, préfectoral, voire ministériel déclare un passage illégal.
– le randonneur, la randonneuse, sont autonomes, sont donc indépendants de tout commerce, mais susceptibles de quémander de l’eau potable si aucune source ou fontaine n’est accessible durant leurs étapes. Bivouac systématique.
– L’impact écologique est réduit au maximum, donc pas deux véhicules pour les navettes…ouvertes à l’auto-stop ou transports en commun locaux, selon les cas
– Equipe de 1, 2, 3 ou 4 personnes au maximum.
– étapes calibrées à 25/30 km en moyenne, conditions rustiques, portage minimalisé.
Cette activité ne pouvant être menée en continu (estimation à 100 journées de la Belgique à l’Espagne) car nécessitant une trop importante disponibilité, elle est menée selon un séquençage chiffré, chaque séquence.
(Ici la septième: 7 ) étant composée d’étapes lettrées… (Ici la deuxième : B )
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Les points kilométriques maritimes (PKM) sont comptés depuis la frontière belge, en suivant le trait de côte majeur.
Il peut donc y avoir des longueurs non parcourues à pied du fait d’obstacles incontournables.
Les parcours pédestres sont comptabilisés en kilomètres effectifs, (PK) qui diffèrent régulièrement des PKM du fait d’incursions dans les terres ou dans les villes et villages.
Etape 7 B : D’Isigny/mer à Réville ( PKM 497 à PKM 531 général)
Réveil un peu matinal à la stèle de Poupeville, à 3 km du Musée du Débarquement, que je rejoins par le GR 223, aucun sentier n’étant disponible dans la Réserve Naturelle de Beauguillot. Je démarre la marche vers 8 heures.
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Ce musée est entouré d’une vaste étendue où sont implantés divers monuments, sculptures et quelques éléments militaires mis en valeur, le tout accompagné de plusieurs plaques et panneaux explicatifs.
Si on considère que, d’un point de vue géographique, Utah Beach commence ici et s’achève à Quinéville, ce sont 15 kilomètres de sable, quasiment en ligne droite, à fouler !
D’un point de vue historique, on la limite à 5 km, où eurent lieu les affrontements majeurs du 6 juin, cette plage étant l’une des cinq distinctes du Débarquement.
Il y a des blockhaus en ruines tous les 1200 à 1500 m du côté des terres, sur ces quinze kilomètres…mais aussi des parcs à huîtres et des bouchots à moules sur 6 à 7 km d’affilée, du côté de la mer !!!
Sur cette immense étendue sableuse, je vais croiser presque exclusivement des cavaliers, notamment au trot attelé, avec des sulkies très élégants.
Vers 9 heures, je passe auprès de l’unique arbre visible en bord de mer, une sorte de pin et la classique déformation du houppier « en drapeau », torturé par le vent qu’il est depuis des décennies.
Il y aura ensuite, pour succéder aux chevaux, une collection de tracteurs et remorques « Porte-à-flot » sagement stationnés en haut de plage, après avoir mis autant de bateaux à la mer, notamment pour la pêche de loisir.
Mais absolument personne à pied sur cette interminable plage !!!
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Au PK 7,00, je suis au Monument Leclerc, avec, là aussi, quelques véhicules blindés exposés.
Presque en face, on voit nettement les deux îles Saint-Marcouf, à 7 km en mer.
Peu après les derniers bouchots, un groupe de blockhaus va retenir mon attention par son agencement et les graffs qu’ils supportent.
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Au PK 11,00, voici Ravenoville et son curieux alignement de maisons côtières, toutes peintes de couleurs différentes !
On se croirait en Islande ! J’en dénombre 70 côte à côte sur 400 m environ.
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Vers 11 heures, la grande chapelle des Gougins est devant moi, au PK 14,00, aux portes de Quinéville, plutôt imposante, excentrée et si proche du bord de mer.
De là, 10 km de plage supplémentaires m’attendent, dans la Grande rade.
Pour changer un peu de décor général, je vais profiter de la marée bientôt basse en choisissant de marcher au coeur de l’ostréiculture, dans les grandes allées dédiées aux tracteurs, j’en aurai pour 7 km !
A raison de 4000 poches d’huîtres à l’hectare, on imagine le décor…
Et cela d’autant mieuxd’autant qu’elles sont en grande partie vertes du fait des algues qui profitent de ces supports, malgré leur retournement régulier, qui est un travail pénible, à raison de 4 fois par an en moyenne, en plus du dédoublement des poches lorsque la taille acquise des jeunes huîtres va l’imposer.
Comme je me déplace dans la partie supérieure des exploitations, seule à être découverte à coefficient 45, ce sont essentiellement des naissains de 1 à 18 mois…les autres sont élevées en pleine mer ertdécouvertes au-delà des coefficients 65 à 70. (on compte 3 à 4 ans d’élevage pour la majorité des huîtres consommables du commerce).
L’ambiance est particulière, car ces immenses alignements de tables ostréicoles peuvent évoquer des petits jardins, ou des cimetières, ou des marchés de carpettes, ou des champs cultivés vus du ciel, voire une mosaïque géante, selon l’état d’esprit dans lequel on est installé.
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Difficile aussi de ne pas faire un rapprochement avec les milliers de soldats morts au combat sur les plages, dans les dunes ou les marais de cette région…
Sur cette plage géante d’Utah Beach, dans les 12 premières heures, ce seront quand même 23 250 hommes, 1 700 véhicules de combats et 1 695 tonnes d’approvisionnement qui seront débarqués…bien que l’image soit osée, ça correspondrait à 6 hectares d’ostréiculture si on asseyait un soldat par poche.
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C’est d’ailleurs vers midi et demi, à l’heure de l’étale de basse mer que je vais prendre siège sur une de ces poches, avec un mal de pied droit inhabituel, mais mes pieds sont mouillés depuis un bon moment à cause de la traversée de multiples petits chenaux d’écoulement…trop long et fastidieux de se déchausser et rechausser à chaque fois, donc chaussures pleines !
Après un échange d’explications avec un jeune ostréiculteur et son équipe au travail, quant aux nouveaux systèmes de contenants rotatifs de naissain, poches cylindriques groupées en cages, je décide de passer tout droit au travers du marais du Crau, guère plus de 600 m à parcourir, mais ça ne sera pas facile !
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Evidemment beaucoup de vase, mais ça ne se passe pas trop mal. Je vais cependant éviter d’abîmer la zone protégée en la contournant par la pelouse-parking de la Hougue, où je m’étonne de ne trouver que bien peu de voitures. (?) PK 22, 20.
Je rejoins alors la promenade de la digue de la Hougue pour atteindre la Chapelle des Marins et ses très nombreux ex-votos (PK 23, 30).
Au bas de la cale de calfatage, je vais pouvoir laver à l’eau de mer jambes et chaussures, noires de vase, ce qui me demandera environ dix minutes…ça en surprendra quelques-unes perchées sur le quai tout proche.
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De là, on ne peut que suivre la bordure du port, avec ses quelques bateaux de pêcheurs, mais surtout, des centaines de bateaux de plaisance (près de 800 emplacements possibles !)
Il n’y a que peu de monde, terrasses de cafés et restaurant presque vides.
Puis, la mer ayant rejoint la grande digue du XVIIIe siècle, dite « trava crochu », il n’y avait qu’à marcher sur ses énormes blocs de granite. « Trava crochu », pour « travail pénible », car avant l’édification en gros rocs, ce n’était qu’une digue de pieux, de terre et de sable qu’il fallait reconstruire après chaque gros coup de chien… un travail régulièrement crocheté par la mer !
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J’atteins bientôt le Pont de Saire, les portes de flot sont fermées, et les habituelles aigrettes blanches sont au rendez-vous.
C’est ici le PK 26,80
Il me reste à longer toute la côte de Jonville, cependant qu’un bon vent s’est levé, et que quelques courageux véliplanchistes ou kite-surfeurs s’amusent comme des petits fous dans la grande baie du Cul-de-Loup de Réville…mais ils ne s’amusent pas tous, car il faut déjà un bon niveau de maîtrise pour ne pas passer la majorité de son temps dans l’eau !
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Cela me conduit à la Pointe de Saire, et son petit sémaphore vert lumineux. La aussi, peu de monde pour un samedi après-midi ensoleillé de juillet… (?). Je vais m’arrêter là pour ce jour, car le retour en auto-stop exige…des routes ! PK 29,00
Au-delà de cette pointe en mer, il n’y a en effet plus guère d’accès routiers fréquentés avant Landemer où passe la D1.
Déjà, dans Jonville, il n’y aura aucun véhicule susceptible de m’embarquer, peu nombreux, tous à 2 places ou déjà bien garnis.
La longue route D1 rectiligne jusqu’à Saint-vaast ne verra passer que peu de voitures, et ses accottements ne permettent pas de s’arrêter sauf en quelques points…mais très courts, ce qui me vaudra 5 km de marche en tout depuis la Pointe au coeur de ville. PK 34 , 20…
Et là, le miracle se produit : pris en charge en pleine voie urbaine par une dame d’un âge certain…pour aller jusqu’à Quettehou.
Peu de distance, mais une partie très citadine, où l’auto-stop est difficile à pratiquer et les chances sont minimisées par la quasi-impossibilité de s’arrêter sur le côté. Très bon service rendu par cette dame, donc !
Dans Quettehou, même problématique, qui me fait rapidement décider d’aller me placer extra-muros, au Hameau du Pont, soit 1500 m à pied…pour trouver un excellent poste, entrée de ville, visible de loin, juste après un ralentisseur et juste avant une aire d’arrêt de bus ! PK 35,70
Très efficace, car peu de temps va s’écouler avant d’être pris par une seconde dame, d’un âge tout aussi certain que la précédente, qui m’emmènera 8 km plus loin, au carrefour de Quinéville.
Me plaçant sur la D 42, je suis presque aussitôt embarqué par la deuxième voiture qui passe, conduite par une jeune femme qui me déposera 4 km plus loin, sur la D 421, c’est à dire la route côtière qui mène directement là où je souhaite me rendre !
A Quinéville, quelques minutes plus tard, c’est un couple en camping-car qui s’arrêtera, cas très rare, les camping-cars ne « prenant » presque jamais car ne disposant que de deux places à l’avant, et rechignant à installer un quidam inconnu dans la partie aménagée habitable. Encore 6 kilomètres gagnés !
Je suis à Ravenoville, à 9 km du but…au pire j’y serai dans une heure et demie environ…mais il y a déjà un vaillant conducteur qui s’arrête, en me prévenant qu’il ne va qu’au prochain camping…à 1 km !
Bon, je monte à bord et bien m’en a pris, car il décidera finalement de m’emmener jusqu’au Musée du Débarquement !
C’est à dire 7 km de plus !
Arrivé à la voiture, un peu de pluie apparaîtra…puis tombera durant un quart d’heure, alors que je suis abrité…j’ai vraiment de la chance ! Moins de deux heures pour le retour de ce jour, à comparer aux 5 heures de la veille !
Je n’ai plus qu’à rouler jusqu’à la Pointe de Saire. Et comme je suis finalement arrêté vers 18 heures, ça va me donner le temps de prendre quelques photos de plus, de remplir deux mots croisés, et, après le dîner, le temps de lire deux petites nouvelles d’un roman récupéré dans la boîte à livres de Saint-Vaast… Ensommeillement avant la nuit !
Bonne étape, plutôt facile, avec 36 PK pour 34 PKM