Expérience de crue en grotte

L'aventure et l'évasion

Expérience de crue en grotte

25 février 2019 Grottes Spéléologie 0

C’est encore « sec »

Expérience de crue en grotte….à Savonnières !

Une expérience, ajoutée à beaucoup d’autres, donne de l’expérience ! Cette Lapalissade reste une illustration de ce qui contribue à faire les meilleurs spéléologues, s’ajoutant bien sûr aux compétences techniques et connaissances théoriques. Il peut arriver cependant que telle ou telle expérience survienne sans qu’on l’ait recherchée, même si on l’avait supposée possible. Elle n’en est que plus formatrice dès lors qu’elle ne tourne pas au fiasco…voire à l’accident.

C’est une telle expérience qu’ont vécu quatre débutants à la faveur d’une petite crue survenue dans le Gouffre de l’Avenir à Savonnières-en-Perthois.
Les données météorologiques des jours précédents laissaient à penser que le ruisseau circulant et cascadant dans cette cavité serait relativement actif, ne rendant pas la progression difficile mais probablement arrosée à chaque cran de descente dès le second passé. L’expérience des cadres leur avait fait préventivement opter pour les fameuses combinaisons « jaunes », quasi-étanches aux projections d’eau, et conservatrices de l’air tiédi par le corps contre ce dernier.
Les données du jour de l’activité, prises au plus près de son démarrage, laissent clairement deviner qu’il y aurait une augmentation du débit, avec peu de décalage, car la mise en charge est rapide dans cette cavité…peu d’épaisseur de roche au-dessus et fracturations multiples.

Ca pleuviote…

L’expérience des cadres, là encore, leur fait décider d’équiper la cavité en mode « hors-crue », soit au plus loin des cascades…ce qui demande plus de temps et plus d’efforts, voire plus de matériel, mais reste une sage précaution.
La descente jusqu’à – 60 m se déroule sans difficulté, seuls quelques embruns et gouttelettes éparses atteignent les pratiquants…lesquels ont été conseillés quant à leur habillement ici un peu renforcé et complété (bonnet de laine fine ou gants de soie sous les gros gants, collants chauds sous les pantalons , par exemple) prévoyant des refroidissements à la remontée si la crue survenait…

Déséquipement humide !

 

Flot boueux !

Et elle survint !
Pratiquement à l’heure prévue, le débit du ruisseau augmenta légèrement, ce qui fut aisé à repérer dans le chenal étroit du méandre précédant la cascade du fond, car les parois servent de limnimètres !
Les cadres  veillent alors à ne pas créer de stress, se contentant d’activer discrètement et faciliter les manœuvres pour le premier puits à remonter, dont la gerbe d’eau sera atténuée avec un sac en barrage partiel.
Pour la suite, une corde d’aide à la progression sera systématiquement préparée, prête à la traction en cas de difficulté ou de fatigue qui retarderaient la remontée…l’équipe comptant 6 personnes. Là encore, les manoeuvres sont partiellement assistées pour accélérer le mouvement et limiter les refroidissements aux attentes…les débutants pas suffisamment aguerris pour se débrouiller totalement seuls dans ces conditions, donc ne permettant pas une progression continue.

Douche gratuite…

Dès le troisième puits, le débit augmente sensiblement, perceptible visuellement et auditivement. De plus l’eau devient de plus en plus boueuse…Divers passages « à sec » sont devenus douchants, il est de plus en plus difficile se stationner à l’abri des éclaboussures. A cet instant, l’encadrement informe calmement le groupe de ce qui se développe et de ce qui va être mis en oeuvre pour que l’expérience soit tout simplement enrichissante et non pas invalidante. Dès lors, la dynamique va prendre une accélération sans précipitation cependant.
L’équipement hors-crue prend alors tout son sens ! Il ne reste que deux crans à remonter sous pluie potentielle, l’eau est à environ 6°C venant d’une surface proche de  zéro et ne circulant que peu de temps dans la roche encaissante proche de 10°C. 

We’re singing in the rain !

Cette fois, les capuches seront mises si nécessaire, et les manœuvres de tête de puits sont effectuées avec une aide pour réduire l’attente au pied et rendre les personnes plus actives. Le débit s’accentue encore lorsque le dernier passe sous les petites douchettes de plafond qui se multiplient…le groupe arrive alors au niveau presque exempt d’arrosage. 
Il s’agit alors de se méfier des refroidissements, car malgré les combinaisons jaunes, l’eau a peu à peu gagné du terrain sur les corps, s’insinuant par tout orifice possible !

Les corps vaporisent…

 

La dernière au sec !

C’est pourquoi, l’expérience des manipulations acquises et répétées du premier au 6ème cran, les derniers puits pourront être remontés sans une attente totale, contrôlables d’un même point par un cadre.
A chaque attente, des consignes d’agitation des membres ont été données pour entretenir la thermogénèse, et, dès la sortie, une bonne marche rapide permettra une remontée de la température corporelle générale et aussi du moral !!!
Au final, le plus « dur » sera de changer l’habillement complet à l’extérieur…encore qu’une agréable grange à paille en facilitera beaucoup l’opération…car un petit vent frisquet s’ingéniait à se glisser partout !

Tout va mieux !!!  

 

C’est ainsi que la crue, bien que restée modérée, a permis d’acquérir une expérience, avec l’observation, l’analyse, la réflexion, les bonnes réactions, la maîtrise comportementale, l’entraide, qui en sont les constituants principaux.
Tout le monde en est ressorti satisfait et indemne, après une séquence de solidarité…c’était là l’essentiel ! 
Une petite crue finalement bienvenue !!!

Pas seulement de l’eau !                                                                                                                                                                                                                                                                                      

 

 

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