La Carrière du Village (3) 264

L'aventure et l'évasion

La Carrière du Village (3) 264

15 janvier 2020 carrières diverses Spéléologie 0

La Carrière du Village (3) 264

Cet article est le troisième d’une trilogie (Voir articles N° 262 et 263 ) Il complète généreusement l’article N° 051

Préambule : De nombreuses carrières de calcaire se sont développées au cours des siècles autour du village et sous le village  de Savonnières-en-Perthois, dans la Meuse ainsi que dans sa contrée.


La synthèse qui suit résulte de recherches succinctes sur Internet, de dialogues locaux, d’observations directes. Le seul ouvrage sérieux que nous connaissons a été rédigé par l’historien local Yvon Gaillet, mais divers auteurs d’articles spécifiques ont apporté leur pierre (si on ose dire !) à la meilleure connaissance des lieux, soit pas essais, par hypothèses, soit avec des certitudes étayées.
L’objectif de ce travail modeste de synthèse, volontairement courte et accessible à toutes et tous, est de permettre à ceux qui ont « visité » cette carrière ou qui la visiteront un jour, la plupart du temps très partiellement et en coup de vent, d’en savoir un peu plus s’ils le souhaitent.
Mais cela intéressera peut-être aussi celles et ceux qui n’y sont jamais allés et n’y iront jamais !
Il est possible aussi que cela vienne compléter ou corriger des informations données oralement lors d’excursions de tout poil par des « guides » improvisés, le plus souvent de bonne foi et de bonne volonté, mais dont les connaissances sont floues, voire incomplètes et/ou erronées…ce qui est bien dommage !

Spéléologie et karstologie

 Comme vu précédemment des viailles (ou vialles) sont observables en divers points. Elles ne sont pas seules, on compte aussi bon nombre de gouffres ( 15 au moins), dont plusieurs spéléologiquement  intéressants bien que mineurs quant à leur profondeur qui ne peut dépasser 50 à 60 m environ pour les plus développés restant visitables.
Plusieurs de ces gouffres ont servi de déversoirs pour les déchets de carrière et ont soit disparu soit été réduits à peu de profondeur. On les dit « aveugles » car sans issue sur l’extérieur…et sans le recoupement par les carriers ils seraient parfaitement inconnus.
La formation de ces structures est antérieure à 150 00 années.
On en dénombre environ 60, représentatives (mais beaucoup d’autres très petites).
Le niveau de base est représenté par un calcaire marneux dit « Pierre-châline » vers – 65 m par rapport au niveau de cheminement de la carrière, et interdit donc toute cavité plus profonde à découvrir !

Les galeries, de 4 à 5 m de largeur et les piliers de 2 à 3 m de côté, le plus souvent carrés ou presque, donnent des accès faciles et rapides aux cavités.


Les principales sont brochées, les autres « spitées » ou dotées de gros crochets scellés voire de bouts de rails solidement implantés.
Les fiches d’équipement et topos (parfois anciens, pas très fidèles…) sont disponibles sur Internet (Maison Lorraine de la Spéléologie).

La Carrière du Village offre aussi des milliers de concrétions au visiteur attentif.
Elles sont au ciel, au sol et sur les parois ainsi que sur divers objets laissés là.
Très nombreuses, rarement spectaculaires mais souvent esthétiques et/ou surprenantes, elles méritent de longues promenades avec ou sans appareil photographique.
Fistuleuses, stalactites coniques, draperies, coulées stalagmitiques, gours, stalagmites, anti-stalagmites, voiles calcitiques, bourgeonnements, coralliformes, planiformes, hélictites, colonnettes, pisolithes, cannelures de puits…Il y a de quoi découvrir et/ou s’émerveiller.


Les colorations sont diversifiées allant du blanc presque pur au presque noir, passant par ambre, miel, rouille, jaune, orange, rouge…ceci dû à des colorations par des oxydes métalliques (notamment ferreux) et/ou des agents organiques de surface décomposés notamment en acide fulvique (teintent en jauned’or) et acide humique (teintent en marron foncé).
L’éventuelle présence de cuivre (fils électriques) peut faire apparaître des couleurs bleu-vert.

Des concrétions d’argile, méritent aussi le regard quand on a la chance d’en trouver encore intactes.

Des colorations ont mis en évidence des exsurgences.

Les entrées sont nombreuses (35 au minimum !), pas toutes autorisées ! Quelques-unes condamnées, plusieurs nécessitent une technique de corde (entrées inutilisées a priori) ou une clé banalisée LISPEL.
Puits d’aérage, puits d’extraction, tourelle en colimaçon, descenderie, rampes, entrées carrossables à niveau, escaliers, voire tunnels « secrets »…La variété est là !

C’est donc un véritable patrimoine géo-karsto-minéralogique qui est ici offert…
Pour plus de développement  :

 https://www.persee.fr/doc/karst_0751-7688_2002_num_40_1_2505

 

Peuplement animal et végétal

 

Une telle étendue et autant d’entrées ne pouvaient laisser la Carrière du Village exempte de colonisations diverses.
On se bornera ici aux plus visibles et identifiables.


Dans toutes les zones d’entrée, sur plusieurs mètres voire décamètres, on peut rencontrer toutes les espèces végétales les plus fréquemment liées à ce milieu semi-caverneux, lichens, mousses, fougères (dont Capillaires et Scolopendres) et  quelques fleurettes opportunistes et autre lierre dans les jointoiements défectueux des pierres. Idem pour les animaux dont vers, larves diverses, insectes et araignées, myriapodes, mollusques…

L’étagement dans les puits ouverts à la lumière du jour est très typique.
Plus avant dans la pénombre puis l’obscurité, s’ouvre le domaine des Chiroptères et de quelques insectes dont papillons (pas très loin).
On estime les populations de Chauves-souris à 800/1000 individus environ, en plusieurs colonies ou isolées, surtout dans la partie méridionale.
Les trois espèces les plus fréquemment observées sur les six répertoriées classées en annexe de l’INPN  sont les Petit et Grand Rhinolophe, les Murins à museau noir (A moustaches probablement), parfois la Barbastelle se laisse admirer…

Les murins de Bechstein et à Oreilles émargées sont rares et difficiles à déterminer…on en voit sûrement sans savoir que ce sont eux !
Dans les eaux ont été découverts des crustacés de taille centimétrique dont Caecosphéroma et Niphargus, le second bien plus connu des spéléologues.

 

Du fait de la persistance de morceaux de bois pourrissants dans le sol ou au-dessus, il n’est pas rare de trouver des champignons macroscopiques en plus des moisissures ubiquistes, notamment des Coprins noir d’encre dans les chemins et des champignons pseudo-Xylaires non identifiés, en touffes noires importantes décimétriques.

 

L’eau…

Il y a toujours de l’eau dans la Carrière du Village. Son abondance est bien sûr variable notamment dépendante des précipitations liquides extérieures et sa localisation très inconstante pour les zones à petit débit.
On lui doit, outre la cavitation principale, la formation de tous les spéléothèmes de cette cavité très majoritairement d’origine anthropique.


On peut la rencontrer en myriades de gouttelettes suspendues au ciel de carrière, en stillation aléatoire, en ruissellement pariétal ou au sol.
La trouver accumulée en flaques dans les dépressions, en délicats bassins ou bassinets dans les gours étagés, en véritables lacs souterrains temporaires, ou accumulée dans des bacs en ciment, en tôle, en plastique, tonneaux et baquets en bois…

La rencontrer en sources souvent captées par l’Homme, dans des réservoirs et citernes parfois énormes, en ruisseaux paisibles, en torrents vifs, en cascades, en siphons…

Il est difficile de parcourir plus de 100 ou 200 mètres sans la voir et/ou l’entendre
Elle est sujette, si on ose dire, de bien des surprises !
Par exemple la trouver sous forme de glace dans les zones proches de l’extérieur l’hiver, ou sortir en jet sous pression d’une paroi calcitée…ou encore perlant sur la fourrure d’un Murin hibernant !

Les eaux de la carrière circulent au-delà pour ressortir en une résurgence majeure à Cousances-les-Forges.
A la question de savoir si l’eau est potable, la réponse prudente ne peut être que NON, compte tenu des cultures et pâtures en place, et d’une couverture de terrains qui ne va que de quelques mètres à 30 mètres au maximum.
Pour autant il est certain que des générations de carriers et champignonnistes l’aient bue, de même que quelques aventuriers imprévoyants assoiffés…
De par le passé, les pollutions chimiques étaient moins intenses, et les individus souvent bien plus « résistants » que de nos jours. De nos jours, sauf nécessité impérieuse, éviter de boire les eaux de la Carrière paraît sage.


Cette eau fut très utile et donc très utilisée par les carriers pour différents usages professionnels (lavage, refroidissement des lames, toilette…), par les militaires et encore plus par les champignonnistes, pour leurs cultures.

Avec tous ces renseignements, les visiteurs en sauront déjà bien davantage .
Il est impossible de tout voir en une seule journée, ni même 2 ou 3..surtout si elle servent à autre chose que fureter un peu partout.
Nous souhaitons que cet article en trois parties sera utile et surtout donnera envie d’aller ou de retourner à Savonnières !

 

 

 

 

 

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