Le mal de corde en spéléologie 557

L'aventure et l'évasion

Le mal de corde en spéléologie 557

29 juin 2022 Spéléologie 0

Le mal de corde en spéléologie      557

Tout le monde ou presque a déjà entendu parler du « mal des transports », qu’il est préférable de nommer « cinétose » car il n’apparaît pas que dans une situation de transport, que ce soit en voiture, en train, ou en avion, mais tout aussi possiblement dans toutes les situations où le corps en mouvement répété impose des discordances sensorielles émanant simultanément des récepteurs visuels et de ceux de l’oreille interne.
La cinétose se manifeste d’abord par des sensations de malaise combiné à un manque d’appétit, ce dernier symptôme étant évidemment occulté si on sort d’un repas.
Puis des nausées peuvent advenir, souvent accompagnées de sudation , voire de vertiges et parfois d’une salivation plus ou moins importante.

Des vomissements peuvent survenir jusqu’à ce que l’estomac soit vide. À ce stade, la cinétose ne disparaît pas forcément, et ressentir des nausées reste encore possible…notamment si on ne peut se rincer abondamment la bouche.

Au pire, il en résulte un abattement général, et une sorte d’apathie voire d’hébétude.
Quitte à surprendre nos lectrices et lecteurs, cette pathologie, presque toujours bénigne, peut survenir à l’occasion de sorties spéléologiques pour peu qu’elles contiennent une suite de puits , non entrecoupés de pauses et/ou de déplacements divers hors-corde, et que ces puits dépassent 20, 30 mètres ou plus. Surtout si ces cordes ont 9 mm de diamètre.
C’est en effet leur élasticité, bien que cordes semi-statiques, qui va être la cause intrinsèque de l’apparition potentielle d’une cinétose chez certaines et certains spéléologues sensibles à la différence de perception du regard et de l’oreille interne, du fait des oscillations que génère la remontée sur corde aux bloqueurs.
Sur une corde de 9mm, et dans un puits de 30 m par exemple, le mouvement de « yoyo » pour une charge de 80 kg est de l’ordre de 1 mètre pour peu que la remontée soit un peu « sportive ».

Pour l’organisme, ces variations sont comparables à celles rencontrées sur un bateau lors du tangage de celui-ci si on se trouve plutôt à l’avant ou à l’arrière, ou lors du roulis si on se trouve très latéralement positionné(e).
On est donc proche du « mal de mer »
Ce mouvement va durer tout le temps de la montée en se réduisant peu à peu, et lors de la reprise de pied, ce sera une quasi-immobilité, ce que le corps peut aussi désapprouver ! Et curieusement, c’est plutôt là que les vomissements peuvent survenir, et feront parler de « mal de terre »

A cette désynchronisation du traitement cérébral des stimuli peuvent aussi s’ajouter les mouvements des aliments à l’intérieur de l’estomac et les contacts réitérés de ce dernier contre le diaphragme, qui accentuent les haut-le-cœur.
Viennent encore aggraver la situation, les équipiers et équipières qui évoluent de conserve dans un même puits sur cordes différentes, car les « yoyos » interfèrent, et de façon irrégulière, démultipliant les effets optiques contrariés.
Plus l’espace est restreint, plus le mouvement apparent est perceptible, car les repères fixes sont plus proches.
Les désagréments peuvent aussi être amplifiés par le fait que la personne tourne sur-elle-même. « Effet tournis »

Il est clair que la survenue d’une cinétose sous terre, sans être dramatique, peut importuner sérieusement la « victime » de ce dysfonctionnement, en créant un malaise général peu propice à une sortie sereine, en compromettant une alimentation satisfaisante, et en pouvant accentuer une déshydratation si on n’y prend garde (vomissements et sudation intensifiée).

Comment l’éviter ou, à tout le moins, comment ralentir son apparition et/ou limiter ses conséquences ?
Tout d’abord, ceci n’apparaît que dans les cas où il y a de « grands » puits et qu’ils se suivent de près, le plus généralement.

Bien sûr, l’absorption de médicaments anti « mal des transports », presque tous délivrés sans ordonnance et peu coûteux, peut être une option prudente.
L’efficacité est probable, mais pas garantie, si les puits se suivent et se ressemblent…
Ensuite, ne pas trop manger, ce qui laisse l’estomac à petit volume.
Ne pas se côtoyer dans un même puits
Éventuellement, progresser sans éclairage ou avec  la lumière diffuse des autres à distance, ou encore fermer les yeux

 

Évoluer lentement pour réduire les oscillations au maximum (mais pas trop non plus…sinon ça dure, ça dure, ça dure…)
Profiter des temps d’arrêt, d’attente, de progression hors-corde pour se divertir d’une façon ou d’une autre, faire bouger le corps autrement

Essayer de bavarder, plaisanter, chanter…car le facteur psychologique est influent, plus on est obnubilé par le risque de survenue des nausées, et plus on risque de les connaître !

Boire à petites gorgées espacées. Si possible, absorber du sucre ou boisson très sucrée.

Un petit sucre à l’alcool de menthe…voilà un truc qui a fait ses preuves pendants des décennies dans les autocars des colonies de vacances…
Tisane de mélisse un peu avant et/ou jus de gingembre… ce n’est pas mauvais non plus !

Enfin, nous déconseillons la visite du puits de  Xiaozhai  Tiankeng, en Chine, avec ses 662 mètres de verticalité…   🙂 !

   

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