Une ancienne carrière reconquise (2) 308

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Une ancienne carrière reconquise (2) 308

15 juin 2020 carrières diverses Spéléologie 2

Une ancienne carrière reconquise (2)   Galeries, principale et secondaires orientales   308    

Pour des raisons bien connues de toutes et tous, aucune localisation ou dénomination de cette cavité ré-ouverte ne pourra apparaître dans cet article, notamment par souci de sécurité, car il s’agit d’une  carrière présentant de nombreux secteurs très menaçants.
Sa description commentée se fera en plusieurs articles car on compte près de 2000 m de développement encore visitables et les points d’intérêt ne manquent pas.

Là encore, tout un travail d’étude de documents et de prospection sur le terrain furent nécessaires pour dénicher l’ex-entrée, laquelle, comme pour la quasi-totalité des anciennes exploitations souterraines de Seine-et-Marne, a été volontairement fermée, de façon massive, par foudroiement de la galerie d’accès, les puits d’aération comblés ou condamnés par des obstacles indestructibles et indéplaçables sans un engin de chantier.
Un assez long travail de désobstruction a été mené par deux équipes de groupes différents (95 et 77), avec succès, donnant un passage relativement facile vers un superbe tunnel voûté plein cintre en briques pleines rouges.
Ce Grand Tunnel d’une longueur avoisinant 700 m est décrit dans l’article (1) du même titre.

Ce second article débutera par un rappel du codage des galeries défini par SJV.


Le balisage se pose toujours à main gauche dans le sens de la découverte.
La galerie principale est arbitrairement notée « 1 »
Toute galerie s’y branchant à gauche porte un N° impair s’ajoutant à celui de la galerie d’accès, avec un point de séparation entre nombres (on trouvera donc successivement 1.1,  1.3, 1.5…etc.)
Les galeries branchées à droite portent des N° pairs, le « Zéro » étant exclu. (on aura donc, 1.2, 1.4, 1.6…etc.)
On procède ensuite avec la même méthode pour les galeries branchées sur des galeries, branchées sur des galeries…etc.
De la sorte, tout individu égaré n’a qu’à remonter le balisage à main droite en respectant la réduction codée. Par exemple : 1.2.2.1…vers 1.2.2…vers 1.2…vers 1…vers la sortie !

En cas de galerie à deux débouchés dans des galeries distinctes (ou dans la même) on lui conserve le codage numériquement inférieur, puisque antécédent.

Ce codage ne sert pas seulement pour s’orienter, il permet de localiser les éléments remarquables de toutes sortes, de donner des points de rencontre…

A] Les Galeries Secondaires (GS) branchées sur le GT 

a) GS 1 . 1   » La gare »
Il s’agit d’une galerie de 45 m, qui boucle avec la GP 1, déterminant une voie de garage ou de croisement des trains
Elle fut entièrement voûtée par un coffrage de plâtre et moellons. Voûtage à plâtre coffré.

b) GS 1 . 2   « Galerie Archée » 10 m.
C’est la première galerie latérale ouverte, re-comblée partiellement et murée à mi-hauteur, laissant une arche.

c) GS 1. 4   « Galerie de la Jonction »  22 m.
Cette galerie rejoint une galerie majeure (1.6) 

B] La Galerie Principale 1  ( GP 1), qui est le prolongement du Grand Tunnel  (GT)

Démarre à la Salle de la Table Carrée donc, globalement orientée à 120°, et dénommée « Galerie aux 72 piliers », dont 50 dès sa première partie, la plupart encore bien conservés.
Quelques-uns sont tombés, et il y a des effondrements mineurs à espace réguliers. Des piliers encore debout montrent des phénomènes d’écrasement et de fracturation en cours.
Cette voie donne accès  à une dizaine de galeries annexes avant de s’achever sur une  coupole de décompression qui remonte le ciel à l’étage stratigraphique de la marne à fers de lance. L’accès est instable, la structure générale assez menaçante. Des groupements de gypse cristallisé et maclé sont bien visibles, de dimension décimétrique, leur récolte serait à la fois dommageable au site et fort périlleuse pour les opérateurs !
La GP1 présente d’importantes accumulations de plaques de gypse tombées par décollement du ciel, notamment au niveau d’un double voire triple litage de cristallisations « pied-d’alouette », lequel restant en place latéralement donne un aspect scintillant à cette galerie.  On l’a nommée « Le Mille-feuilles ».
Elle contient encore quelques soutènements en bois dont l’unique pilier encore visible dans toute la carrière, et des barres de rail, ainsi qu’une portion de tunnel avec deux « fenêtres » latérales borgnes dites : « Les soupirails Borgnes ».
Un boisage de clavage offre une formation « végétale » très curieuse, un « touffu » très dense d’une croissance anarchique de tigelles(?)  ou de radicules (?)  ou de champignon (?) à morphologie aberrante.
Derrière ce « touffu », une courte remontée donne dans la grotte du Faux-Espoir, car un petit courant d’air laissait espérer une suite vomumineuse, voire un puits d’aération.
Cette galerie était dotée d’un chemin de fer. On y trouve aussi quelques inscriptions « modernes » de la fin du XXème siècle et l’unique dessin obscène de toute cette carrière.

La GP 1 déroule environ 250 mètres, relativement linéaire à 120° en moyenne.

C] Les Galeries Secondaires (GS) branchées sur la GP 1

Dans l’ordre de leur rencontre.

  • 1.8, 17 m à 190° dite Galerie de la Dalle en Pente », son terminus étant précédé d’une grande dalle de gypse inclinée.
  • 1.3, 14 m à 35° dite « Galerie de la Poussière de fée », du fait d’un large dépôt d’une substance pulvérulente blanchâtre éparse, ressemblant à un grattage de plâtre. Cette galerie s’achève sur un éboulis à figure de trémie, pas forcément consécutif d’un effondrement. (?)
  • 1.10, 9 m à 185°, dite « Galerie des Piliers jumeaux », très dégradée, où deux piliers subsistent encore
  • 1.5, 12 m à 27 °, dite « Galerie du Tronc » qui n’a rien à voir avec Jacques le chanteur, mais est repérable grâce à un bout de tronc d’arbre gisant à l’entrée. (Ancien boisage de tête de pilier)
  •  1.12, 23 m à 187° ,  dite « Galerie de la Coupole Max », qui s’achève par une coupole de décompression de 6 à 8 m de diamètre, où abondent des blocs de marne grise litée et lustrée, aux surfaces onctueuses, laissant bien comprendre en quoi elles sont grandement responsables de l’instabilité des ciels de carrière par leur feuilletage, leur imbibition aqueuse et la plasticité qui en découle. Le « Max » provient d’une inscription pariétale.
  • 1.7, 16 m à 52°, dite « Galerie des Plafonds Carrés », s’achevant sur éboulis, et qui se remarque à son ciel tabulaire lié au joint de stratification, ici bien représenté.
  • 1.14, 28 m dont 14 m à 180° puis 14 m à 140°, dite Galerie des Cristaux Noirs », très remarquable par l’existence de gisements à caractère géodique , offrant des garnitures cristallines très sombres surimposées au gypse saccharoïde.
    Cette sur-cristallisation est elle-même décorée de « boutons » cristallins blancs ou d’un lignage cristallin très fin.
    Les poches de gisement sont fracturées par des mouvements consécutifs du creusement par les carriers.
    A mi-chemin se présente un bref diverticule dit « d’Emilie », qui l’a découvert.
  • 1.16, 7 m à 206°, dite « Galerie Naine » du fait de son extrême courtesse, sans autre particularité que celle-ci.
  • 1.9, 20 m dont 10 à 42° puis 10 à 70 ° dite « Galerie de la Sélénite » le dernier décamètre dans un éboulis peu stable, débouchant dans une coupole de décompression remontant bien dans les marnes intermédiaires, dont celle recelant des fers de lance. Un bloc de fers-de-lance plus ou moins maclés et intriqués, détaché de sa marne-mère, a pu y être découvert. La marne grise y présente aussi un flanc de scission verticale bombé assez étonnant.
  • 1.18, 15 m à 180°, entièrement développée dans une très grande coupole, et présentant un éboulis intégral mono-incliné, ce qui a valu le surnom de : « L’Amphithéâtre ». On peut y lire la coupe stratigraphique sur quelques mètres d’épaisseur. Ce lieu a déjà été utilisé pour une réunion de cataphiles, comme en témoignent quelques bougies chauffe-plat  disposées çà et là et des balises-fanions abandonnées là. Mais aucun déchet de consommation n’y a été trouvé, ce qui caractérise une époque, et confirme les premières impressions : carrière respectée, hormis le fait des inscriptions pariétales.
  • 1.20  20 m à 180°, avec piliers à bras, dite Galerie « Philips » car il s’y trouvait une pile électrique de ce nom, n’ayant pas été utilisée, et là depuis longtemps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette petite prospection avec topographie intégrée réalisée en groupe de cinq, aura demandé 4 heures tranquillement, qui sont passées bien vite…pour environ 1000 m x 2 de promenade facile et 150 m de galeries moins confortables à orienter et mesurer.

 

De jolies surprises par-ci par-là, et de petites choses à apprendre dans ces « rues » souterraines où trimèrent des générations de carriers, et d’où sortirent des milliers de tonnes de calcaire et de gypse dont la plupart des maisons anciennes des environs sont encore bâties et bien debout !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 réponses

  1. Emmanuel Ronarc'h dit :

    Bonjour

    Nous avons poursuivit l’ouverture avec succès, déjà commencée par votre équipe, le samedi 6 juin, en obliquant plus a droite.

    nous avons rencontré, au carrefour de la « table », un personnage qui nous précise qu il était sur ce coup, mais nous félicite d avoir réussi a ouvrir assez vite.
    Il est revenu une heure plus tard, accompagné de deux amis.
    Nous avons parcouru les diverses galeries pendant ce temps
    Nous échangeons un numéro de téléphone avec Ange.

    Nous somme repassés en petit comité pour faire des photos posées avec un reflex.
    Nous avons vu les marques de la topo faite avec grand soin.

    Nous avons refermé l orifice avec des débris forestiers comme le 6 juin.

    Mieux vaut obturer au mieux cette entrée et de ne pas ou peu médiatiser ce lieu, afin de lui éviter d’être trop fréquenté.

    Bravo pour vos articles bien sympas et bonnes découvertes et aventures futures a tous !

    Emmanuel

    • Christian dit :

      Bonjour Emmanuel,
      On a dressé une topographie « papier », pratiquement achevée, pour ce qui est accessible.
      Il existe des prolongements relativement longs pour deux d’entre eux, d’une très grande dangerosité, que l’on mesurera et orientera afin d’achever le plan.
      La galerie 1.6 se termine vers le sud et son terminus livre un courant d’air.
      La carrière des Chaudronniers que l’on a désobstruée il y a deux ans est orientée vers le nord, mais on ne l’a pas topographiée (Très très dangereuse).
      A vue de nez et après report sur carte, il se pourrait qu’il y ait communication entre les deux.
      Cette hypothèse est corroborée par l’existence d’un marquage ‘moderne’ à la peinture jaune, le même des deux côtés, laissant penser à une même galerie.
      Par ailleurs, les visiteurs des années 60/70 qui se promenaient à 4 ou 5 ont laissé leurs traces des deux côtés aussi.
      Compte tenu de l’état des galeries, nous ne tenterons pas d’établir une jonction comme on l’aurait peut-être fait pour une cavité naturelle, le jeu de la mort qui tue n’en valant pas ici la chandelle !!!
      On ne médiatisera pas plus que sur notre site, et les textes ne permettent pas de savoir où ça peut être. Les photos d’intérieur ne peuvent « parler » qu’à des visiteurs très anciens ( apparemment pas après 1999) à condition qu’il n’y ait pas de patronymes ni « Trou blanc » qui était un des noms locaux de cette carrière.
      Elle a livré des sujets intéressants, notamment les « cristaux noirs », le « touffu végétal », « les spicules de sélénite », les « concrétions ferreuses corbiculaires »…
      Il y a certainement des carrières de première masse, un ancien chemin en faible pente semble mener à une grande dépression, peut-être l’ancienne entrée de carrière…mais si oui, il faudrait une pelleteuse de chantier pour retrouver le passage !!!

      Bonne journée,
      Christian.
      On va vous transférer une ou deux galeries de photos, maintenant qu’on a une adresse de courriel.

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