Aqueduc de la Dhuys 294

L'aventure et l'évasion

Aqueduc de la Dhuys 294

29 mars 2020 Urbex 0

Aqueduc de la Dhuys     294

En 2015, une opération technique de comblement bétonné d’une petite portion de l’aqueduc de la Dhuys  a été menée près de Courtry (77) sous la D 84, pour sécuriser cette dernière qui connaît des déformations notoires en plusieurs endroits du fait de mouvements de terrain…et de ce qu’elle est très fréquentée y compris par des véhicules lourds.
A cette occasion nous avons été exceptionnellement autorisés à y effectuer une visite « rapide » par un chef de chantier compréhensif qui nous a accordé 1 heure, montre en main, avec, en contrepartie, l’engagement de ne révéler à personne la position d’autres accès possibles (même si, de fait, ils sont visibles de l’extérieur sous la forme de regards maçonnés dits »cabanons » et très fortement verrouillés).
En ce temps très court mais précieux, nous pûmes, à l’époque, parcourir près de 2 km et réaliser quelques photographies. A la faveur du « confinement Covid-19 », un tri de nos archives nous fait retrouver ces clichés ce qui nous permet d’offrir une visite commentée à nos lecteurs, visite d’un ouvrage d’art souterrain dont l’accès est STRICTEMENT INTERDIT, même si cet aqueduc est désaffecté.

L’entrée du jour est permise grâce au défoncement d’une dalle de béton armé coulée à l’emplacement d’un ancien regard au PH 1112.
P.H. pour Point Hectométrique…l’aqueduc est en effet jalonné de petites bornes blanches en pierre ou en béton moulé, implantées tous les hectomètres, soit, en théorie, 1310 sur son parcours ! Dans la réalité actuelle, il en manque pas mal sur certains tronçons, et dans le département de l’Aisne, elles ont été remplacées par des potelets métalliques porteurs de plaques en plastique.
Celles qui restent peuvent aussi être difficilement repérables car souvent dissimulées dans la végétation herbacée, à demi-enterrées ou renversées, ou encore fortement dégradées, défigurées…
A l’opposé, certaines sont soigneusement entretenues, le plus souvent par des riverains attentionnés ou des associations protectrices du patrimoine.

Barreau d’échelle scellé

 
Nous entrons donc grâce à une courte échelle, car on trouve aussitôt un large escalier de 3 marches bétonnées assez hautes, qui donne directement sur le conduit principal. On se trouve alors à peu près à 3 mètres sous la surface du sol.
Ce qui frappe tout de suite c’est la forme ellipsoïdale du conduit…environ 1,7 m de hauteur (les grands doivent se courber !) sur 1,2 m de largeur, et sa régularité. 
La surface est enduite d’une sorte de mortier cimenteux. Au sol, un canal un peu en creux semble servir de décanteur, débouchant dans un radier plus profond au droit du regard d’accès.
Nous progressons vers Paris, c’est à dire dans le sens de l’écoulement…quand ça coulait, car ce n’est plus le cas !

Blocage de coulée

On passe sous la route, facilement repérable car le bruit du roulement automobile est très fort. Et on bute sur un blocage en parpaings ancien, qui fut la limite du bétonnage opéré quelques années auparavant. 
Nous repartons, à l’envers donc, pour constater qu’effectivement le conduit est sévèrement déformé, avec de grandes fissures longitudinales, et qu’à la longue, sous la pression des terrains sus-jacents et des vibrations intenses transmises par la route, tout cela pourrait craquer subitement, avec diverses conséquences, éventuellement graves.

Tuyaux pour future injection

Revenus à l’accès, et après un petit signe au chef de chantier en passant, (il supervise un ouvrier qui pose des colliers destinés à maintenir un tuyau d’écoulement qui sera noyé dans le béton…de sorte à ce qu’il n’y ait pas un bouchon étanche total entre compartiments laissés vides ), nous allons arpenter l’amont, vers la source donc !
Nous rencontrerons divers éléments que nous présentons séparément :

1) Des inscriptions de PH, réalisées à la peinture noire et au pochoir, à une hauteur telle que l’eau circulante ne les atteint jamais. En effet, selon les marques bien repérables sur les parois, le niveau ne dépassait pas 70 à 80 cm environ.  Ces inscriptions ne sont pas systématiquement présentes, certaines ont été recouvertes par des enduits récents.

  • 2) Des inscriptions variées, soit d’inspiration technique, semblant anciennes, soit plus ou moins fantaisistes, et relevant de pénétrations clandestines, sans doute exceptionnelles car les marques sont très rares, et n’indiquent pas une diversité de leurs auteurs.
  • 3) De nombreuses fissures, parfois très grosses, souvent avec déplacement des compartiments, et marquant bien la déformation du conduit, très clairement provoquée par la poussée des terrains supérieurs, liée au fluage des marnes.
  • 4) La pénétration opportuniste de radicules, racines, voire troncs racinaires imposants, formant des chevelus denses.

 

 

  • 5) La présence d’animaux divers, principalement Arachnides, Insectes, Mollusques, d’autant plus nombreux qu’on est à proximité de regards.
  • 6) Des regards, justement, à peu près tous les 500 mètres, comprenant quelques gros barreaux de fer rond scellés menant à (ou partant de !) deux portes battantes en fer, très épaisses et très solidement bloquées par un crochet de fer et un verrouillage à clé à trois pênes … Presque un coffre-fort !

  • 7) Des concrétions très nombreuses, la plupart sous forme de coulées stalagmitiques pariétales minces, quelques unes de type stalactites tubiformes fistuleuses, parfois confluentes en draperies naissantes. Plus rares et plus originales sont des concrétions formées dans l’eau soit à partir de radicelles immergées, soit à partir d’irrégularités constitutives du bâti, concrétions vermiformes parfois denses, formant un réseau aggloméré et que nous avons appelées « Flipsites » par analogie morphologique avec certains aliments apéritifs.

  • Cette appellation est conservée par défaut, tant que personne n’en aura donnée une plus officielle, car ces formations, soumises à quelques « experts » de la FFS ne semblent pas avoir été déjà observées, donc sans identité minérale connue.
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  • 8) Une partie chemisée, durant laquelle le conduit « normal » est remplacé par une tuyauterie en acier de 100 cm de diamètre, vraisemblablement pour corriger une zone de trop forte dégradation de l’aqueduc original.
  • 9) Une partie à section très modifiée, avec  un plafond plat à 1 m de hauteur, constitué de plaques de ciment armé juxtaposées…formant un tunnel sous l’autoroute francilienne. 

Réseau radiculaire

Les extrémités ouvertes de ce tunnel permettent de constater qu’il y a un second tunnel beaucoup plus vaste au-dessus, entièrement en béton armé, et soutenant l’autoroute parcourue par des semi-remorques de plusieurs dizaines de tonnes…L’aqueduc n’aurait jamais supporté de telles contraintes ! Il est difficile de comprendre pourquoi l’aqueduc a été amputé de sa partie supérieure…même le chef de chantier questionné au retour n’a pu nous le dire.

Insectes !

Nous n’avons pas eu le temps de parcourir plus de deux kilomètres, il a même fallu courir au retour pour respecter le délai imparti ! Mais cela  a suffi pour avoir une bonne idée ce que qu’est cet aqueduc un peu mystérieux sous nos pieds. S’il n’est plus en service d’acheminement d’eau potable à Paris, le chef de chantier a affirmé qu’en périodes de pluies régulières il pouvait être rempli d’eau, progressivement, et ne se désemplissait que lentement. (d’où des contraintes d’intervention pour eux).

Il est et a été d’ailleurs la cible de petites atteintes régulières, soit par des individus espérant sans doute pouvoir y trouver des métaux recyclables intéressants à voler, tels que cuivre ou plomb, soit pour y installer des pompages « sauvages » permettant de puiser de l’eau potable « gratuitement » (pour le seul prix de la pompe et du courant électrique pour cette pompe), notamment dans des sites non desservis par le Service des Eaux.
Nous avons effectivement pu observer un vestige d’une telle installation !

Contrairement à certaines affirmations, on peut sans problème pomper de l’eau sur bien plus de 10 mètres de dénivellation. Et cela avec une seule pompe.
Cette limite théorique de 10 m, liée à 1 bar de pression atmosphérique, ne s’applique en effet que pour les pompes à aspiration !
Les pompes à refoulement viennent résoudre le problème !
A titre de curiosité, une pompe trouvée en magasin pour  seulement 130 euros TTC a les caractéristiques impressionnantes suivantes :

  • Matériau : Acier inoxydable  et  Dimensions : 10 x 58,5 cm (Diamètre x H)
  • Alimentation : 230 V ~, 50 Hz et  Puissance : 750 W   avec Capacité maximale : 4 500 L / h
  • Hauteur de refoulement maximale : 40 m   Profondeur d’immersion maximale : 16 m
  • Température maximale de l’eau : 35 °C   Pression maximale : 4 bars
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  • Au prix actuel du m3 d’eau, c’est vite rentabilisé !
  • Mais bien sûr, il ne fallait pas que des visiteurs, plus margoulins que le margoulin, « empruntent » l’objet ! (Humour…)…et pouvoir bien se tenir au courant des visites d’entretien de la Ville de Paris pour escamoter le dispositif, ce qui était prévu par les resquilleurs (juste deux orifices discrets aisément colmatables au ciment) !

On peut aussi imaginer qu’en des temps très troublés cet itinéraire souterrain a pu être utilisé pour des déplacements secrets et protégés, même du temps de l’aqueduc fonctionnel, du moins entre deux siphons…Par exemple, du Raincy à Carnetin…ce qui fait déjà une belle promenade ! Des hommes pouvaient en effet s’y déplacer facilement et rapidement, par tous temps, même un peu chargés pour peu qu’ils ne soient pas de grande taille…avec de l’eau jusqu’aux cuisses !
Mais ce n’est là qu’une hypothèse plausible…

Cet article pourrait tenter des personnes d’aller visiter cet aqueduc…nous rappelons donc que son accès est STRICTEMENT INTERDIT…il faut se contenter de ces photos et de quelques unes publiées sur internet.

https://www.in-cognito.org/visites/urbex/la-dhuis/ 

 

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