Excursion au Gouffre Joseph Berger 222

L'aventure et l'évasion

Excursion au Gouffre Joseph Berger 222

24 juillet 2019 Spéléologie 0

Excursion au Gouffre Joseph Berger   (article intemporel)

Une excursion au Gouffre Berger, ça réclame en premier lieu une observation exemplaire de l’arrêté préfectoral qui s’y rapporte.
Ca suppose une très grande attention quant à éviter un accident qui nécessiterait le déclenchement d’un secours, car tout événement de ce type pousse les collectivités locales à réglementer de plus en plus voire à interdire carrément.

Une excursion au « Berger », ça peut s’envisager en autonomie absolue, c’est à dire en équipant soi-même tout ce qui ne l’est pas lors des rassemblements…c’est à dire des centaines de mètres de cordes, des centaines d’amarrages…des dizaines d’heures !!!  Peu le font…
Ca peut aussi s’envisager, avec grand intérêt, lorsque l’équipement complet est pré-réalisé par des organisateurs et leurs bénévoles (ici chaleureusement remerciés), et qu’il n’y a plus qu’à porter ses petites affaires personnelles !
C’est dans cette seconde hypothèse, que s’inscrit la suite de cet article pratico-pratique ! 

Le Gouffre Berger est une cavité dont la profondeur dépasse les 1100 m avant siphon, et fut un temps la grotte connue la plus profonde du monde dans les années soixante.

Comme la plupart des visiteurs ordinaires de ce gouffre extraordinaire, quelques commentaires ou conseils nous viennent à l’esprit et peuvent être utiles à d’autres.
Bien évidemment, chacun  et chacune ont leur façon d’appréhender une course souterraine, et donc prendront ou laisseront ce qui leur semble intéressant ou non quant à leur pratique et leur philosophie.

Ce qui suit reflète une course alors que la cavité n’est pas en eau, c’est-à-dire pas de pluies depuis plusieurs jours…d’où un petit niveau des cours et des plans. Quand ça coule davantage, même s’il n’y a pas de danger de crue pour cause de beau temps annoncé durablement dehors, des difficultés de franchissement peuvent apparaître en sus de celles signalées…

  • L’inscription

Elle est remarquablement simple et rapide, et le conseil est de la faire au plus vite pour pouvoir choisir le jour d’entrée (toujours sous réserve de conditions météorologiques favorables)

  • Le bivouac préparatoire
    Si le principe du camp de base à Méaudre reste essentiel pour tout campement durable, la plupart des spéléologues vont bivouaquer au parking de La Molière la nuit précédant leur incursion. Ce bivouac n’est que toléré, du coucher au lever du soleil et en contrebas du parking. Bien évidemment, il ne doit en rester aucune trace. Pas de feu ouvert bien sûr !
    Le conseil, outre les recommandations de grande discrétion, est de faire une nuit complète, et non pas se lever à 4 heures du matin pour passer avant tout le monde ou pensant se donner ainsi plus de temps d’évolution.
  • Le cheminement jusqu’au gouffre : 3300 m et environ 200 m de dénivellation.
    Les erreurs de promenade ne sont pas rares…

De la Molière « parking » partir vers le Nord et parcourir 800 m pour prendre un bon chemin sur la droite, vers l’est, balisage vert et jaune.
Le suivre sur environ 1700 m jusqu’à croiser le GR9 balisé rouge et blanc comme il se doit. Le prendre vers le nord (à gauche donc).  Ce chemin se courbe peu à peu vers l’ouest.
200 m à peine sur ce GR pour trouver un chemin sur la droite à nouveau plein nord que l’on suit sur 600 mètres environ pour trouver un sentier partant sur la gauche et ponctué de gros cairns bien visibles.

Encore 400 mètres et on trouve l’entrée du gouffre en lisière d’un lapiaz.

Conseil : laisser de l’eau potable pour la sortie du gouffre et le retour pédestre

  • Zone des puits et méandre jusqu’à -250
    N’appelle guère de remarques sinon que les petits sacs sont préférables aux gros (ce qui n’est pas toujours vrai). Conseils : laisser de l’eau potable vers -150 pour le retour. Si les cordes des puits sont doublées, donner la priorité à la descente sur celles sans fractionnement. S’il n’y a pas de croisement d’équipes, ne pas hésiter à remonter (ou à descendre) sur les deux cordes simultanément.
  • Grande Galerie et Grand éboulis

Pas de problème particulier si ce n’est une vigilance à bien conserver car l’euphorie des profondeurs (!) tend à la faire perdre…et déjà à cette profondeur, vu l’itinéraire parcouru, on imagine qu’un secours ne serait  pas une mince affaire ! Gare aux passages sur les strates marneuses hauterivienness (- 130 Ma) de couleur crème, très glissantes. De même, attention aux blocs instables et/ou glissants dès que l’on sort du cheminement le plus fréquenté.
Conseil : bien repérer les balises fluorescentes et doser l’effort…qui veut voyager loin ménage sa monture, surtout si la monture n’est autre que soi-même !

  • Bivouac -500
    Très bien aménagé, et même accueillant !
    Conseil : si la course est prévue avec bivouac possible (ou certain) déposer à cet endroit le matériel et la nourriture non utiles pour la suite…car tout poids superflu se paie cher dans les Couffinades, au moins. Conseil : boire l’eau en présence n’est pas recommandable, se doter d’un filtre à microfibres léger et peu encombrant est préférable à un traitement chimique ou à un filtre à cartouche céramique microporeuse.
  • Salle des Treize et suivantes
    Très grand intérêt esthétique et spéléothématique…prendre le temps d’admirer de toutes parts et faire des photos !!!
    Conseil : si on n’est pas en grande forme, et/ou pas bien entraîné, et/ou de petite condition physique, et/ou sans trop de temps devant soi, s’arrêter avant les Couffinades et se concentrer sur les beautés minérales foisonnant  entre -500 et -650 permet de s’offrir une magnifique course.
    Ce tronçon mérite qu’on lui consacre du temps…
  • Les Couffinades
    Précédées du Vestiaire, ce qui suppose qu’on y enfile des combinaisons en néoprène mince si on décide de passer majoritairement dans l’eau (plutôt froide, de l’ordre de 7°C). Cette option suppose un débit de la rivière pas trop élevé, elle a évidemment le mérite d’éviter beaucoup d’efforts physiques sur les mains courantes et de passer bien moins de temps à franchir ce tronçon…mais il aura fallu porter la combinaison à l’aller, il le faudra aussi au retour et passer du temps à se changer deux fois !

Par ailleurs, il y a quand même des passages verticaux qui ne débarrassent pas le spéléologue des franchissements sur corde.
L’option « mains courantes » quant à elle, est plus fatigante et plus technique. Conseil : avoir une longette courte (genre dégaine d’escalade) ou bien user de la méthode de la longe longue repliée en deux dotée d’un mousqueton au pli…ce qui soulagera beaucoup les bras !
Il y a plusieurs passages guidés…disposer d’une poulie ou d’un mousqueton-poulie est un avantage certain, en temps comme en fatigue.
Le mousqueton-poulie est d’ailleurs aussi un bel atout sur plusieurs des mains courantes du Gouffre Berger.

  • Le grand Canyon

Il comprend un toboggan boueux fort glissant et bien pentu, heureusement doté de cordes sur le côté droit quand on descend, et il ne faut pas se priver de s’en servir ! Grand danger de chute douloureuse, voire handicapante.

10) Grande Cascade et Baignoire
       A cet endroit, on croit se trouver dans une triple impasse, et donc s’être trompé quelque part avant. En effet, sur la gauche, la rivière débouche dans une grande baignoire en contrebas, sans issue franchissable, sur la droite, une chatière calcitée finit sur une étroiture exigüe sableuse et tout droit on trouve une accumulation de gros galets formant un couloir giratoire sur quelques mètres…Finalement, la suite est effectivement une chatière discrète qui part à angle droit et en retrait sur la gauche de ce couloir, pas évidente à voir, et donc susceptible de mettre une fin involontaire à la course à – 950 !
Dommage, car la suite est sans autre surprise, mais pas la plus facile de la cavité, avec le puits du Pendule, la Vire tu Oses et le puits final de l’Ouragan…on est à – 1025, le passage de l’affluent débouchant dans ce puits marquant le – 1000.

11) La suite rend le néoprène indispensable, sauf surhomme ! Eau très froide jusqu’aux aisselles pour gagner le siphon – 1122

12) Le retour…
Conseil : revenir à rythme bien dosé car il faut tenir la « longueur ». Si la course est prévue avec bivouac -500, quelques heures de sommeil avant de repartir, il n’y a guère de souci à se faire. Si c’est la sortie directe + retour Molière, qui ira lentement ira sainement, hormis les athlètes complets, les « Iron men » et autres créatures surhumaines !

13) Le temps passé sous terre…c’est un serpent de mer ! Il est souvent question de 15 h pour l’aller et retour à – 1000. Bien évidemment, c’est une moyenne à laquelle il est difficile de se mesurer tant les variables sont nombreuses. Mieux vaut compter plus large que plus court…ne serait-ce que pour profiter au mieux de cette fantastique cavité, sauf bien sûr, si l’objectif de la visite est d’établir une performance de vitesse, ce que nous ne conseillons pas s’il s’agit d’une première visite.

Une première visite au « Berger », ça mérite beaucoup mieux qu’une course technique contre la montre !!!

N.B. Toutes les photos de cet article ont été « empruntées » sur Google Images, merci aux auteurs pour leur accord tacite supposé. 

 

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