La descente de l’Ourcq inférieure 879
La descente de l’Ourcq inférieure 879


On ne trouve nulle part de topographie, topo-guide, fiche technique qui seraient relatifs à la pratique du canoë-kayak sur la rivière Ourcq…
Rien d’étonnant surtout pour ce qui concerne son cours inférieur à compter de Port-aux-Perches (Silly-la-poterie) !
Cette partie de la rivière dénivelle 5 m en plus de 20 km soit 0,025% de pente, on n’est pas loin du lac !


De quoi désintéresser les familiers de descente sportive, et/ou les flemmards de la pagaie.
Par ailleurs, on peut détailler le cours inférieur en deux parties : la rivière canalisée jusqu’à Mareuil-sur-Ourcq et ce qui reste de la rivière « sauvage » jusqu’à la Marne. La première partie est une navigation monotone qui n’est agrémentée que par le paysage général et le passage de quatre écluses (par portage ou roulage).


La seconde partie, qui est le sujet principal de cet article, est un parcours extrêmement méandrique et semé de très nombreux obstacles
Enfin, cette seconde partie se développe à 100% dans un cheminement en creux jusqu’à Lizy-qur-Ourcq, entre des berges le plus souvent très raides voire quasi-verticales, de 1,5 à 2,5 m de hauteur.
On comprend pourquoi la pratique est réservée à une catégorie bien spéciale de gens adeptes des gymkhanas nautiques !
Gymkhana : « Parcours hérissé de difficultés » au sens large donné par Larousse !


Ce parcours a été testé à deux reprises, dans les années 80 et 45 ans plus tard, il n’a guère changé sinon en pire !
Mais ce sont justement ces multiples obstacles « naturels » qui en font une sortie appréciable, dès lors que l’on sait et cherche ce que l’on va y trouver !
L’Ourcq a un cours de 86 km avec un débit moyen de 2 m3/s, mais connaissant des crues pouvant dépasser 20 m3/s, en amont de Mareuil.
Elle portait plus de 20 moulins au XVIe siècle, avant qu’on en détruise plusieurs aux fins de permettre la navigation.
PARCOURS de Mareuil-sur-Ourcq à Ocquerre : 18 km


Le parcours est limité en aval au déversoir d’Ocquerre, car sinon on se heurte au grand moulin de Lizy, infranchissable qui est 3 km plus loin, mais aussi pour la proximité d’un méandre avec le canal, et la tranquillité de l’endroit plutôt qu’en ville facilitant les diverses opérations et manipulations.
Rien n’empêche de passer outre, et d’aller jusqu’à la Marne.
Pour ce test, pas de navette automobile, mais un retour en VTT auparavant parqué au déversoir, bateau garé pour deux heures en fin de parcours.


On démarre à Mareuil, à la rampe de mise-à-l’eau officielle sur le canal. On n’embarque pas directement sur le bras d’Ourcq issu du bief amont de l’écluse à environ 700 m de là, pour des raisons d’accessibilité du véhicule et d’impossibilité d’y rester garé sans risquer d’être sanctionné d’ une amende, bien que cela soit peu probable.


Mais cette option d’embarquement serait faisable.
Ce bras reçoit le chenal de régulation du déversoir, lequel est géré à distance. Selon le débit lâché, la rivière peut donc avoir une vivacité et un niveau très variables et peu prévisibles quand on est en période pluvieuse soutenue.


Le test du jour a été réalisé avec les vannes du déversoir fermées. Et après trois semaines sans pluie.
Le débit estimé avoisinait 1,3 m3/s ce qui est proche du mimimum officiel estival connu pour le cours supérieur (1,1 m3/s)
La station limnimétrique à la base du pont de Marnoue indiquait 30 cm.


A ce niveau-là, un bateau de 20 cm de tirant d’eau passe encore partout sans portage (mais en jonglant en permanence pour trouver les veines d’eau porteuses).
La rivière mesure environ 6 m de largeur moyenne variant entre 4 et 8 m, la profondeur (ce jour-là) pouvant passer de 0,2 à 1,5 m (« trous d’eau »).
L’observation des laisses de crue dans les arbres montre que le niveau peut régulièrement grimper de 1 à 1,5 m.


Si la règlementation générale de la navigation fluviale intérieure prévoit déjà l’interdiction de pratiquer sur les rivières en crue, la seule prudence permet ici de s’abstenir car les innombrables embâcles deviennent autant de pièges potentiellement mortels, sans parler des morceaux de bois et autres branchages mis en flottaison qui deviennent alors des projectiles menaçants.
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Sortir du lit de cette rivière ou y effectuer des « stops » en contre-courant est très difficile, le cours ayant été façonné de main d’homme dès le XVIe siècle pour permettre la navigation de bateaux chargés de bois, ou de céréales, d’où la circulation actuelle dans une sorte de couloir creusé en pleine terre, de 1,5 à 2 m de profondeur, pour donner du tirant d’eau et de la réserve en eau nécessaire au franchissement des perthuis de cette époque, qui ne connaissaient pas de sas entre deux portes.
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Du fait de l’option avec démarrage sur le canal, il faut effectuer un transfert, au lieu choisi au PK 1,15, là où les cours d’eau ne sont distants que de 18 m de berge à berge, avec 3 m de dénivellation entre eux.
Ce transfert est facilité par une végétation abondante qui permet le glissement sans difficulté et sans altérer le fragile polyéthylène réticulé du kayak de mer.


Ce dernier a été choisi pour sa forme fuselée, propice au faufilement, mais bien moins manoeuvrier qu’un kayak de rivière vive…on ne peut pas avoir tous les avantages dans un même bateau !
La remise à l’eau dans un abrupt terreux qui devient très glissant dès qu’il est mouillé (notamment par les bottes qui sortent de l’eau, elles-mêmes mouillées voire enduites de boue vaseuse) n’est pas commode mais ce sont surtout les orties qui peuvent gêner !
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Commence alors la navigation, 18 km pour 11 km à vol doiseau, moyennant une cinquantaine de méandres, certains très serrés !
On peut estimer à plus de cent le nombre d’embâcles et/ou d’arbres tombés en travers sans générer d’embâcle.
Cette rivière en couloir se développe presque toujours en milieu forestier, peu de risque d’insolation !
Son incrustation de terrain et ses contorsions protègent du vent, mais aussi d’éventuelles balles perdues en période de chasse (au sanglier notamment).


La navigation ne peut y être interdite (sauf si crue) sans qu’un arrêté préfectoral à durée limitée et dûment motivé ne soit pris.
En revanche, il peut être interdit de débarquer sur les propriétés privées riveraines.
Sur 18 km, une relative transparence des eaux peut être constatée, sauf s’il a plu récemment, ainsi que la quasi-inexistence de déchets, ce qui est appréciable.
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Pas d’odeurs anormales détectées, ni colorations ou irisations, en dépit des inévitables stations d’épuration de l’amont (sept repérées sur le cours direct ou de certains affluents).
Végétation aquatique abondante, (Vallisnérie notamment) , poissons de belle taille (Carpes ?), rats, canards, poules d’eau, foulques macroule…


On trouve une multitude de Corbicula fluminalis, espèce asiatique invasive, qui est comestible mais a aussi la fâcheuse tendance d’accumuler les toxines bactériennes et les métaux lourds…et on est là en aval des stations d’épuration sus-évoquées !
Des oiseaux (canards) ou des rats voire des sangliers les consomment allègrement ! On trouve aussi des petites « moules » aux coquilles nacrées en face interne, dans les fonds gravillonneux.
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Cependant, le fond est le plus souvent terreux, avec de curieux « récifs » bourgeonnants, mais aussi avec des bancs de sable très fin.
En bordure et dans les zones à décantation, fond bourbeux voire vaseux, parfois profondément, où l’on peut perdre ses chaussures !


Passons aux embâcles et arbres tombés sans créer d’embâcle…
Cette rivière, déjà manoeuvrière avec ses 50 nuances de méandres, le devient bien davantage encore lorsqu’il s’agit de louvoyer d’un obstacle à l’autre. Bien que le courant très faible (de l’ordre de 10 à 20 mètres à la minute hors crue) laisse le temps de réfléchir, il faut une bonne dose d’anticipation pour déterminer le passage le plus probable sans être obligé de descendre de l’embarcation.
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C’est donc une très bonne rivière-école, de ce point de vue.
De plus, toutes les configurations de franchissement sont rencontrées, donc toutes les méthodes applicables selon les cas.
– Méthode frontale en force, utilisable sur petits embâcles flottants qui s’enfoncent sous le poids du bateau chargé, on prend un peu d’élan et on pagaie fort pour aborder l’obstacle.


Mieux vaut être sûr de son coup, au risque d’abîmer le bateau et/ou de dessaler.
– Méthode frontale de traversée du couvert, utilisable lorsqu’un passage en flottaison reste encore ménagé, avec ou sans gêne de petites branches et feuillage en travers…mais gare aux yeux, aux mains sans gants, aux griffures et piqûres, et aussi aux insectes potentiellement piqueurs.
On peut aussi facilement y perdre sa casquette !
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– Méthode de chevauchement frontal, qui suppose d’abord de descendre du bateau, soit en prenant pied au fond, soit sur l’obstacle lui-même en l’abordant parallèlement. On fait ensuite passer le bateau à vide, et il faut se réinstaller dedans.
– Méthose de faufilement sous l’obstacle, soit en s’inclinant très bas sur le côté (gare au dessalage !) lorsque l’obstacle est incliné, soit en s’aplatissant dans le fond du bateau, disposition autorisant un passage avec 35 à 40 cm de tirant d’air seulement.


– Méthode de la bascule, à éviter et interdite pour les bateaux fragiles, consistant à se jeter sur l’obstacle semi-immergé ou peu submergé pour le chevaucher frontalement au plus loin possible, puis à progresser dessus à coups de soubresauts, en se tractant et se poussant sur tout ce qui présente, jusqu’à basculer puis se dégager. Les bateaux n’aiment pas…méthode à réserver aux cas incontournables, et encore…
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Cette rivière aux berges si hautes et raides a l’avantage de créer des passages de section triangulaire sous les troncs d’arbres déracinés du bord, tout contre la berge, pas tous et pas toujours suffisants, mais fréquents.
Le moins que l’on puisse dire c’est que l’intervenant gestionnaire qu’est le SIAGRO, responsable de l’aval de l’Ourcq, censé se substituer aux propriétaires, ne satisfait pas son obligation d’entretien du cours d’eau !
Entretien des cours d’eau :
L’article L.215-14 dans sa nouvelle rédaction, précise que le propriétaire riverain est tenu à un « entretien régulier du cours d’eau, notamment par enlèvement des dépôts, embâcles et débris, flottants ou non, par élagage ou recépage de la végétation des rives. » Il définit, pour ce faire, l’entretien comme devant maintenir le cours d’eau dans son profil d’équilibre, permettre l’écoulement naturel des eaux, assurer la bonne tenue des berges et contribuer à son bon état écologique où, à défaut, à son bon potentiel écologique. Il indique que cet entretien peut être réalisé selon les anciens règlements ou d’après les usages locaux, sous réserve de leur conformité avec les lois et règlements en vigueur.


En l’occurrence, ce défaut d’entretien offre un terrain de jeu pour les kayakistes de la jungle !
Un test avec pagayeur-baroudeur expérimenté verra 18 km parcourus en… 8 heures, sans pause, soit 2,2 km par heure…dans le sens du courant !
Car il y a, de temps en temps, une légère accélération de l’écoulement, justement à cause de certains embâcles qui créent une forme de retenue avec un couloir d’écoulement.
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Sous les ponts routiers on trouve une sorte de radier avec petit seuil. Souvent caillouteux.
En certains passages, des blocs de roche sont rencontrés, qui n’ont pas d’origine géologique locale, mais résultent de l’écroulement progressif d’enrochements de berge anciens destinés à limiter l’érosion. Ils nécessitent un peu d’attention pour être évités car copieusement recouverts d’algues et de dépôt terreux qui les dissimulent.
L’itinéraire…
PK 00,00 Mise à l’eau de Mareuil
PK 01,15 Transfert Canal-Rivière (18 m)
PK 02,40 Pont-canal du Clignon
PK 04,10 Passage proche SNCF et du chemin pour Neufchelles (à 400 m)
PK 04,25 Passerelle du GR 11, dangereuse si le niveau est haut.
PK 05,45 Pont ferroviaire
PK 07,35 Pont de Crouy-sur-Ourcq et sa route (D94). La gare et le donjon à 100 m
PK 08,05 Déversoir de Crouy, le canal à 80 m par le chenal ou 45 m un peu plus loin. Peut élever le débit, s’il est actif.
PK 09,25 Pont de Gesvres (à 300 m)
PK 09,70 Débouché de la Grivette en RD. Peut élever le débit, si active.
PK 11,00 Passage proche du canal (à 45 m)
PK 11,20 Pont SNCF
PK 13,30 Pont SNCF
PK 13, 95 Pont interdit…les piles en gros moellons sont déstabilisées. Dangereux si le niveau est haut.
PK 14,85 Pont SNCF
PK 15,45 Passage proche du canal (à 45 m)
PK 15,70 Passage proche du canal (à 30 m)
PK 16,30 Passerelle dite « des chasseurs »
PK 17,98 Débouché du déversoir d’Ocquerre. (Canal à 75 m). Ocquerre à 500m par D102
Récit (allégé) du testeur.


Après une heure de préparatifs et de chargement de véhicule, VTT + kayak, je démarre pile à l’heure voulue : 8 heures.
45 minutes plus tard, je suis au Déversoir d’Ocquerre, qui ne coule pas, et constate que le niveau du canal est inférieur d’au moins 20 centimètres à sa cote pleine habituelle…normal, il ne pleut pas depuis 2 ou 3 semaines sur le bassin de réception des eaux météoritiques de cette vallée.
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Je descends le VTT et l’amarre à la grille du déversoir, avec deux antivols, roues et cadre, et vais même jusqu’à retirer la selle, fort de l’adage « l’occasion fait le larron » et conscient de ce que notre époque fait que tout ce qui peut se « piquer » et être troqué ensuite est bon à prendre… vu que je n’ai pas envie de perdre une cinquantaine d’euros (minimum) ni de devoir rouler 20 km sans selle après le kayak !
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Reprise de route jusqu’à Mareuil-sur-Ourcq.
J’ai décidé de ne pas embarquer directement sur le bras d’Ourcq, l’accès est peu pratiqué, on ne peut s’y garer durablement.
Je vais donc tradionnellement utiliser la rampe de mise à l’eau du grand bassin fluvio-portuaire.
Déchargement, conditionnement, équipement, rangement…et parquage du véhicule à proximité…coup de chance, une belle place à 50 mètres !

Vérification technique avant le départ, ce n’est pas une simple sortie, et elle se déroule en solitaire… siège, bidon, pagaie, gilet, pique-nique et 1;5 litre d’eau, tenue vestimentaire de rechange « au cas où », documents utiles sous pochette étanche, appareil photographique, gants, sécateur et scie à branches, ces derniers éléments propres aux expéditions « sauvages »…et le fameux chariot à roues démontables d’un seul « clic » issu d’une poussette recyclée, très efficace !
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Et bien sûr…la selle du VTT !Ne pas oublier non plus pull-over et casquette…eux aussi très protecteurs.
Tout cela sous les yeux d’un mareuillois qui m’expose que sa bonne ville connaît des actions regrettables de loustics imbéciles contre les magnifiques cygnes et oies peuplant le plan d’eau.
Sous un ciel encore couvert, démarrage nautique à 9 h 30, toujours dans le temps prévu.


Un bon kilomètre plus tard, c’est le lieu du transfert entre cours d’eau, même pas 20 mètres entre eux !
Un jeu d’enfant, si ce n’est la quasi-verticalité de la rive droite de l’Ourcq, faite de terre très glissante, de surcroît !
Et couverte d’orties toutes fraîches, très piquantes…le pantalon épais et les bottes sont ici d’efficaces protections.


L’embarquement réalisé, les premiers coups de pagaie se font dans une eau bien claire, mais immédiatement opacifiée à chaque coup de « pelle » car il n’y a que peu de fond et il est limoneux..
Je découvre rapidement l’existence de monticules de marnes brunes qui forment des reliefs sculptés par les courants, quand ils sont forts, ce qui n’est pas du tout le cas en ce jour d’avril qui ressemble à l’été !
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Il n’y a pas encore d’obtacles qui obligeraient à s’arrêter, mais il y a déjà quelques manoeuvres d’évitement.
Je rencontre bientôt des hauts-fonds gravillonneux, couverts de coquilles vides de bivalves immédiatement reconnues comme étant celles de Corbicules asiatiques, sans trop garantir l’espèce précise de fulminalis, vu que ce genre en compte des centaines !


Je trouve ensuite çà et là des espaces de dégustation de ces coquillages par des canards (probablement), de véritables tables de banquet !
Mais vont bientôt commencer les véritables festivités, avec des embâcles majeurs impossibles à franchir sans avoir recours à au moins une des diverses méthodes précédemment résumées.
Je vais être à plusieurs reprises à la limite du chavirement !!!


Ces embâcles sont presque tous liés à des arbres tombés, ou certaines de leurs grosses branches.
Quelques fois, lesdits arbres n’ont pas atteint l’eau, et forment des ponts, plus ou moins hauts, et c’est lorsque l’on ne peut pas passer en-dessous qu’ils deviennent le plus gênants… car passer au-dessus implique de débarquer et rembarquer, a priori sans se mettre à l’eau.


En plein été, on pourrait opter au contraire pour systématiquement se mettre à l’eau, passer le bateau et y remonter, mais avec une grande attention à porter à tout ce qui pourrait blesser, car dans un embâcle on trouve un peu de tout, dont ronces, aubépines, prunelliers, bouts de bois pointus…et l’eau, bien que claire, n’est pas d’une grande qualité sanitaire. Les obstacles vont ainsi s’enchaîner, très fréquemment, durant quelques heures…

Cinq d’entre eux nécessiteront de sortir du bateau, ce qui est très peu vu leur multitude !
Mais au prix de beaucoup de « jardinage » et de quelques passages en force.
Les ponts rencontrés n’auront qu’assez peu d’intérêt, si ce n’est le pont-canal arché du Clignon, précédé des vestiges d’une ancienne ligne de chemin de fer qui desservait la vallée du Clignon depuis Mareuil sous la forme de deux grosses piles en moellons.

Leurs fondements sont fortement érodés et corrodés par la rivière.
Viendra ensuite la passerelle métallique soutenant le GR 11, qui porte les marques végétales des crues, atteignant la base du tablier et inondant les marais alentour. Surnommée « Pont d’Arcole », par allusion comique au premier pont de fer (et non plus en fonte) construit à Paris en 1854, il est un exemple de grave danger pour un navigateur qui serait emporté par le courant d’une crue, car trop bas.
Puis un premier pont ferroviaire entièrement métallique dont le principal intérêt est la multitude de stalactites qu’il a généré, certaines atteignant 20 cm de longueur…à tel point que l’on peut s’interroger quant à la provenance du minéral nécessaire à leur formation ? Issu d’un ballast ?

Le pont de Crouy-sur-Ourcq, précédé d’un agréable coup d’oeil sur le donjon médiéval surgi au sortir d’un méandre, le pont lui-même restant fort banal, et suivi de petits et courts « rapides », tout étant ici relatif !
Un batardeau moderne à double rang est rencontré peu après, porteur d’un limnimètre qui permet de noter ici un niveau de 55 cm.
En rive gauche, on remarque la potence de manoeuvre des poutrelles de barrage.
Le limnimètre affiche jusqu’à 2 m, ce qui est le niveau de débordement et de l’inondation généralisée de la prairie du Corroy en rive droite et des Terres fortes de Crouy en rive gauche !

Le pont de la petite route de Gesvres présente ensuite son arche unique, habillée de mousses et lichens, sombre, assez impressionnante…
Un second pont ferroviaire en béton précède le pont de la route de Marnoue-les-Moines, lui aussi en béton, et doté d’un limnimètre. Il est calé de sorte qu’il affiche actuellement le niveau à 35 cm. 14 heures…un rapide déjeuner s’impose.
C’est alors un troisième pont ferroviaire toujours sur la même ligne, avant de passer sous le « pont interdit » qui permet de rallier Vernelle, mais désormais interdit à toute circulation, même piétonnière, du fait de la déstabilisation des piles, sérieusement rongées par les eaux.
Ce petit pont matérialise aussi l’emplacement du Moulin du Viron, totalement détruit.

J’arrive alors au grand viaduc de la L.G.V. près de 475 m de longueur en pente douce, et à une hauteur de près de 35 m au-dessus de l’eau.
Le cours naturel originel était censé passer trois fois sous ce viaduc, mais un chenal a été creusé déjà au XIXe siècle, court-circuitant un méandre.
Arrive alors la « Passerelle des chasseurs », qu’aucune carte ne répertorie, au niveau du petit gazoduc dit « L’arc de Dierrey » (300 km de longueur).
Etroite et sans garde-corps, elle n’a pas été vraiment faite pour le tout public ! Mais tout en acier très haut placée et très solide !
Ce sera le pont de la D 102 desservant Ocquerre qui achèvera la liste de ces onze ouvrages d’art, de l’humble passerelle en ferraille au super-viaduc, successivement construits du XVIIIe au XXIe siècles !


Peu après, j’arrive au seuil du déversoir d’Ocquerre, qui marque la fin de la navigation, à la faveur de laquelle j’aurai gagné deux ballons…
Mais l’aventure ne s’arrête pas là…
Le transfert inverse…va s’imposer !!!
Il faut cette fois remonter au canal, soit près de 7 m à déniveler sur 70 m…10%. Mais cela ne se présente pas en une pente régulière, le déversoir étant réalisé par paliers séparés de petites verticales allant de 50 à 120 cm.
Heureusement, tout cela est maçonné et le sol est bien ferme !


L’extraction du kayak Tempo (0,35 x 0,7 m x 4,5 m, 26 kg armé à vide + 6 kg de chargement moyen) en évitant les râclements sur les rocs, palplanches d’acier et arêtes de béton est déjà une petite séance d’haltérophilie équilibriste…
Puis, le bateau équipé du chariot, on passe au franchissement des grandes marches, que les étraves très résistantes au frottement vont faciliter car il s’agit à chaque fois de hisser le bateau jusqu’à pouvoir poser les roues…et enfin rouler !


Mais même le roulage sera délicat du fait de bourrelets de concrétion au sol formant des gours, à passer en douceur.
Parvenu au tunnel sous la RD 102, après 55 m de chenal, récupération du bidon, du sac à dos et de la selle, ainsi que des baskets sèches à échanger contre des bottes trempées, après essorage manuel très serré des chaussettes !
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Tout bien dissimulé sous la route, il n’y a plus qu’à retrouver le VTT et lui remettre sa selle, le libérer de ses deux antivols, et pédaler 19 km sur chemin de halage il est 18h20.
A peine une heure plus tard rangement du VTT dans le véhicule et retour vers Ocquerre.
C’est maintenant l’extraction du kayak retrouvé, là encore avec un peu de manoeuvres de fort des Halles, un peu de roulage sur la route et la pente d’accès.


Vidage et nettoyage grossier (beaucoup de brindilles et de feuilles, et aussi de boue sédimentée dans les alvéoles de pieds) puis enfournement, calages, fixations diverses… départ à 20 heures passées !
Retour au bercail un peu avant 21 heures où il faudra encore tout décharger et ranger…le séchage sera pour demain !


Une belle et bonne journée de 14 heures…dont 15 minutes de pause et 2h15 de route cumulées, 1 heure de VTT…restent 10 h30 d’activité « kayak-jardinage-élagage-portage-roulage-équilibrisme-contorsionisme…mais aussi près de 200 photos prises, plusieurs ayant nécessité de reculer un peu et/ou de pivoter…ce qui « coûte » au moins 1 heure et demie et sans efforts.
Désert humain absolu jusqu’à 19 heures, de très rares personnes au bord du canal !
A noter que cette descente peut être segmentée avec des transferts vers le canal à hauteur du Clignon (PK 02,40) de Neufchelles ( GR 11 PK 04,10 ou o4,25) de Crouy PK 07,35, du déversoir de Crouy PK 08, 05, du Pont de Gesvres PK 09,25, de Marnoue PK 11,70.
Qu’une formule « tout kayak » est aussi possible en sortant à Gesvres avec un portage-roulage d’à peine 300 m, et moins de 10 km à remonter le canal.
Ou encore une formule kayak-marche (compter 2 bonnes heures de plus pour marche au lieu de VTT sur parcours complet)
Ou Kayak-marche sur demi-parcours ( 9200 m kayak, 9500 marche ) ce qui représente 4,5 h de navigation avec photos + 2 heures de marche, il ne reste plus qu’à revenir à Gesvres et charger les bateaux. Si retour VTT, seulement 1/2 heure.
Cette formule réduite en longueur et simplifiée, ne réclame plus que 2 h de déplacement automobile, 4 h d’activité nautique et ses annexes, 1 heure de VTT et manoeuvres…on passe à 7 heures au lieu de 12 ! Avec un dosage raisonnable de nautisme-jungle !
Et bien d’autres variantes à inventer autour du principe de base : descendre la rivière, remonter le canal.
Mais la formule complète reste la plus riche en aventures !
1) Mise à l’eau 2) transfert initial 3) piles de l’ancienne ligne ferrée 4) Pont-canal du Clignon 5) Pont d’Arcole du GR 11 6) Pont SNCF
7) Pont de Crouy 8) batardeau 9) Déversoir d’Ocquerre 10) Pont de Gesvres (1/2 parcours) 11) Pont SNCF 12) Pont de Marnoue
13) Pont SNCF 14) Pont Interdit du Viron 15) Viaduc du TGV 16)Passerelle des chasseurs 17) Pont d’Ocquerre 18) Déversoir d’Ocquerre

