Je rampe, donc je suis ! 392

L'aventure et l'évasion

Je rampe, donc je suis ! 392

28 mars 2021 carrières diverses Spéléologie 0

Je rampe, donc je suis !          392

Lors d’une récente exploration souterraine, nous fûmes amenés à progresser dans des galeries basses à très basses, durant plus de 400 mètres…Le support n’étant pas trop caillouteux l’épreuve s’est finalement passée avec facilité, même peu entraînés à cet exercice sur une si longue distance.
Cette « facilité » nous l’avons due à une technique de progression dite « à l’économie », qui nous aurait permis d’en faire deux fois plus sans problème, s’il en avait été question.
Cette technique « à l’économie » pouvant être bénéfique aux personnes peu endurantes, ou dont le physique n’est guère favorable dans ces situations, ou encore fatiguées quelle qu’en soient les raisons, ou gestionnaires de leurs ressources et capacités face à une exploration au long cours, nous nous sommes dit qu’elle devrait être suggérée à nos lectrices et lecteurs, à tout hasard…
On ne traite pas ici des étroitures, chatières ou boyaux, les premières étant pas définition des passages étroits voire très étroits mais sur très courte distance, les seconds sur plus longue distance, le corps étant quasi-complètement enserré !
Dans les galeries basses à très basses il persiste quand même une certaine mobilité, c’est elle qu’il s’agit de gérer au mieux.
Le premier principe est d’économiser l’énergie musculaire dépensée en mouvements ascendants, ce qui implique de chercher à privilégier les passages horizontaux ou descendants sans une remontée derrière. Autrement dit on évite d’avoir à lutter contre la pesanteur. Cela peut paraître chiche et négligeable, mais qu’on s’en garde bien, car sur de grandes distances, ne pas avoir à descendre et remonter son poids de 20, 30, ou 50 cm tous les cinq ou dix mètres, ça finit par faire des dizaines de mètres de dénivellation…
Le second principe est de marquer des pauses à intervalles réguliers de temps ou de distance parcourue.
Un bon soutien de la motivation peut être de se fixer des étapes marquées par des objectifs visibles, bien concrets.
Par exemple, « je vais jusqu’au gros caillou blanc plus loin sur la gauche… » ou « je vise la stalactite la plus grande qui pend là-bas… » etc. Bien sûr, on dose les étapes en fonction des difficultés et de l’état de forme.
Ces pauses doivent être prises avec le plus de confort possible, notamment en détendant le corps et en reposant la tête dans le casque en l’appuyant, car dans ce type de progression, la musculature du cou est sollicitée en permanence et en tous sens, ce qui se traduit rapidement par des petites douleurs, et, plus tard, par de probables courbatures durables voire un bon « torticolis » douloureux et pénible !

Le troisième principe est de garder son calme, se ventiler au mieux pour éviter surchauffe et sudation excessive, il faut être patient, sauf si le but est de se prouver qu’on peut aller très vite ou on ne sait quel concours de vitesse…mais aussi parfois parce que avancer au pus vite est une nécessité (secours, réserve d’éclairage venant à bout, train à prendre…).
Enfin, le quatrième principe, gardé pour la fin car le plus fondamental : varier son modus operandi.
Car c’est bien là que se trouve la clé de la « facilité » instantanée mais aussi pour ressortir indemne de séquelles a posteriori, car on va ainsi faire travailler le corps de façon la plus équilibrée en postures ad hoc et donc  en efforts musculaires et articulaires.
Tant que l’on peut rester bipède, de semi-plié à croupetons, chercher à prendre des appuis sur les genoux avec les mains, puis les coudes quand ça baisse encore, progresser de face ou en travers, en passant de gauche en premier à droite en premier, et alternant ainsi régulièrement sur ces trois variantes.

Quand on passe à quadripède, conserver les appuis sur les pieds économise les genoux, mais va peser plus fort sur les mains, c’est donc selon  le profil de la galerie et selon la nature du sol. Quand tout cela est prévisible, les genouillères seront les bienvenues, partant du principe que les mains sont déjà gantées.
Dans cette situation, progresser « en crabe » en alternant comme précédemment avec la motricité la plus naturelle du « quatre pattes » de notre petite enfance sera aussi très bénéfique, pouvant passer des appuis des mains à celui des bras et coudes.
Concernant les mains, penser que selon le sol, les appuis peuvent être pluri-digitaux ou palmaires mais aussi phalangiens à poings fermés, ce qui, une fois encore, permet une variation posturale salutaire dès lors que l’exercice est durable. Ajoutons que dans la position palmaire, le fait d’orienter les mains vers l’intérieur ou l’extérieur peut apporte des bienfaits aux poignets…
Rien de tout cela n’est a priori spontané, c’est bien pourquoi il faut le préméditer et le réfléchir quant à la mise en application une fois dans l’action.
On va ensuite passer à des progressions de moins en moins couramment humaines sauf en se référant aux premiers mois de nos vies ! Il va s’agir de se traîner au sol ou de s’y rouler ou encore  glisser dessus !
Cette fois, les membres vont tendre à renouer avec l’usage qu’en avaient nos très lointains ancêtres, nous rapprochant des Sauriens, soit les crocodiles, caïmans, iguanes et autres lézards ! Ce sera une reptation ventrale…
Dans ces positions, il devient difficile de regarder devant soi, ce qui implique de relever la tête en permanence, induisant de fortes tension à la musculature complexe du cou. Il convient de reposer ce dernier au mieux possible, en posant la tête très souvent sur le sol, ce que le bord du casque autorise généralement sans se maculer ou se blesser le visage.
La poser de face est un peu plus risqué pour ce même visage, aussi peut-il être judicieux de le faire sur un avant-bras replié ou sur les poings serrés et joints.
Cette reptation « classique » trouve une variante avec les pieds en avant, généralement bien moins efficace mais qui peut être exigée par précaution « anti-blocage » ou dans les pentes descendantes…c’est parfois plus sage si on veut pouvoir remonter !!!

 

 


Mais progresser ventralement comme les Sauriens n’est pas la seule solution, car une reptation latérale est aussi possible si toutefois l’espace disponible le permet. 
Il peut s’avérer tout à fait possible et même parfois confortable et efficace de progresser dorsalement, en marche avant  comme ne marche arrière ou latéralement, tout est question de conformation du milieu, car ile n’est pas rare que le sol soit lisse ou mou et/ou glissant tandis que le plafond ou le haut des côtés  présentent de belles prises de pied et de mains,  bien sèches, idéales pour se propulser…
Bien sûr, dorsalement, on fait travailler le cou très différemment, et la position de repos se trouve tout naturellement !

Enfin, on en arrive à des solutions plus originales, mais qui ont fait bien des fois leurs preuves, que sont les glissades contrôlées, les roulades latérales, et les reptations sur tel ou tel côté, prenant alors les appuis sur l’ensemble formé de cheville, cuisse, hanche,  épaule et avant-bras
On constate, après cette énumération de possibilités, qu’un éventail d’une bonne trentaine de postures et orientations corporelles sont à notre disposition, certaines très spontanées, d’autres beaucoup moins, et ce sont justement ces dernières qui vont offrir une ouverture de potentiel, un accroissement sensible de l’endurance, une préservation de l’intégrité physique sur le long terme, et même une galvanisation psychologique fort bénéfique.

Le fait de « penser » sa variation posturale, de « réfléchir » sa progression, rend cette dernière beaucoup plus volontaire et dominée, donc pleinement maîtrisée, et non plus automatisée par réflexe ambulatoire basique, tout ceci apportant une efficience accrue, mais aussi un plaisir plus intense, s’il en est, et bien moins de petits maux à endurer ultérieurement…

C’est pourquoi nos 400 derniers mètres (au bas mot) sous terre en milieu surbaissé à 30 à 70 cm en moyenne, ne nous ont pas paru si longs, et que nous les aurions sans doute parcourus à nouveau si le temps ne nous avait manqué pour le faire !
Nous espérons que cet article pourra aider les personnes pratiquant spéléologie ou subterranologie qui rencontreraient de telles configurations lors de leurs promenades souterraines…auxquelles nous souhaitons quand même bon courage, car « plus facile » ne veut pas dire « très facile » !!!

Comme le montre la photo ci-contre que nous avons empruntée sur Internet, (Merci à l’auteur(e)…) certaines personnes parviennent même à se livrer à des travaux de secrétariat en galerie surbaissée !!! (on notera la tête reposée sur le bras…)

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