Lait de Lune (Mondmilch) 290

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Lait de Lune (Mondmilch) 290

23 mars 2020 Grottes Spéléologie 0

Lait de Lune (Mondmilch) 290 

Le Lait de Lune que l’on rencontre parfois dans les cavités, dont l’appellation poétique tranche avec les noms les plus courants relatifs aux spéléothèmes, est un élément géologique assez peu fréquent, mais très représenté dans certaines grottes au contraire, (Alpes italiennes), quelque peu curieux et qui n’a pas encore livré tous ses secrets.
En ayant rencontré à plusieurs reprises et sous des formes différentes, nous publions un petit article à son sujet, pour mieux le faire connaître et en apprécier les caractéristiques.
Pour ce faire, voici une synthèse simplifiée de renseignements puisés çà et là dans des études scientifiques sérieuses.

Commentaire vers 1750

Cette forme minérale a été repérée de longue date, et déjà décrite en 1555 par un naturaliste suisse Conrad Gessner (1516-1565) qui explorait les Alpes Suisses (Montagne Pilaus) et découvrit une importante présence de ce minéral dans une grotte notoire. Du fait de son apparence et de sa consistance, il le nomma initialement lac lunae, en latin, comme cela était la norme au XVIème siècle en langage savant.
Littéralement « MondMilch » en allemand, puis, beaucoup plus tardivement, « moonmilk » en anglais.
Du coup, la grotte en question fut nommée Mondmilchloch.
Une grotte basque découverte récemment renferme une rivière de mondmilch figé de 300 mètres de longueur !

 

 

 

Ce spéléothème est une roche dite « d’écoulement », composée essentiellement de calcite, et secondairement, d’hydrocalcite, hydromagnésite, d’aragonite. Sa grande particularité est d’être doux, spongieux, parfois très mou, gluant voire presque liquide, d’une couleur très claire, presque blanc pur, un peu lactescent, d’où l’image immédiate du lait de Lune.
Pourquoi Lune ? Il semblerait qu’au moyen-âge on pensait que les astres brillants pouvaient déposer leur rayonnement sur la Terre sous une forme solide ou liquide. Le clair de Lune aurait donc pu être pétrifié en ce minéral étrange et très blanc.

Il existe bien sûr des formes colorées, par des oxydes métalliques et/ou des éléments organiques annexes.


Ce minéral peut décontenancer qui l’étudie d’un peu près, et il y a plusieurs thèses quant à sa formation, il n’est pas impossible que chacune détienne une part de la vérité !
Le Lait de Lune peut en effet se présenter sous des formes variées, en encroûtements, en coulées laminaires, en stalactites ou stalagmites même si ces dernières formes sont rares.
Le contact est souvent crémeux, friables au doigt, la surface pouvant se dessécher et former une petite croûte mince cassante comme celle d’un friand. Certains lui ayant trouvé une consistance et une apparence proches de la chair du champignon de couche l’ont aussi surnommé « agaric minéral ».


Au fur et à mesure des études menées, il semble qu’il existe plusieurs types de Lait de Lune, de compositions et de modes de formation diversifiés.

La calcite, principalement présente, forme des micro-cristaux linéaires de 1 à 10 micromètres plus ou moins enchevêtrés, très fins ( 0,1 à 0,5 micromètre) de façon « intissée », et on y trouve souvent des micro-organismes, champignons, algues et surtout des bactéries filamenteuses, notamment Macromonas bipunctata.
En moyenne, la proportion hydrique est de l’ordre de 2/3.

Il est possible que le lait de lune soit formé par l’eau qui dissout et adoucit les roches des grottes constituées de carbonates, et transporte des nutriments dissous ainsi que des éléments organiques microscopiques divers qui peuvent être utilisés par des microbes, tels que les champignons. À mesure que les colonies microbiennes se développent, elles piègent et accumulent des cristaux aciculaires précipités chimiquement dans la matrice riche en matière organique ainsi formée. Peut-être que ces microbes  qui produisent du CO2 comme déchet métabolique et éventuellement des acides organiques, contribuent à dissoudre le carbonate.
Dans les grottes des Alpes italiennes, les conditions optimales pour la formation de calcite le lait de lune sont:
– (1) une plage de températures de 3,5 à 5,5 degrés C,
– (2) de faibles volumes de rejet d’eaux d’infiltration légèrement sursaturés 
– (3) une humidité relative qui est égale ou proche de à 100%. .


Les conditions de formation du lait de lune se trouvent généralement dans des grottes situées sous les surfaces terrestres, qui sont couvertes de sol et soutiennent une forêt de conifères.
La précipitation très lente des cristaux de fibres de calcite impliquait apparemment des fluides légèrement sursaturés.
La basse température favorisant la croissance est liée aux bactéries psychrophiles  (ou cryo-tolérantes) notamment Macromonas et Rhofoferax, la « bactérie du fer ».

THESE de 2006

 

Le Lait de Lune offre généralement au spéléologue de belles images, et surprend par ses caractéristiques originales.
Comme à peu près tout dans l’univers, cette substance présente avantages et inconvénients, selon les points de vue humains !

Mondmilch… grotte de Lascaut !

Si elle peut décorer artistement des portions de grotte, elle a pu aussi détruire des œuvres pariétales de nos ancêtres lointains en les recouvrant voire en les décomposant à jamais.
Si elle crée des sols plus ou moins pentus d’une blancheur spectaculaire suscitant l’émerveillement, elle a pu aussi créer des accidents par des glissades imprévues car imprévisibles, tant on pourrait croire que l’on a affaire à un bon plancher calcitique ou coulée stalagmitique bien ferme et bien adhérente !
Mais elle a aussi donné à des artistes préhistoriques une matière plastique dans laquelle ils ont pu dessiner en relief, ou avec laquelle ils ont pu sculpter, modeler, et nous laisser des œuvres émouvantes.
Son mode de formation, très probablement physico-chimique associé à organique, peut aussi donner des indications paléo-environnementales précieuses.

Aiguilles de calcite du Lait de Lune

On rapporte aussi des indications thérapeutiques datant du XVIIème siècle jusqu’au XIXème, contre les acidoses, notamment dans le cadre de cardialgies…s’il est difficile d’en apprécier l’efficacité il semble qu’il n’y ait pas eu d’effets néfastes connus. En ces époques, comme d’ailleurs de nos jours, tout ce qui est un peu « extraordinaire » et/ou rare est censé pouvoir produire  des effets bénéfiques ou maléfiques…
Consommer ce minéral en solution revient, en gros, à absorber un liquide très calcaire…!
Quant aux bactéries et champignons voire algues(?) qu’il peut contenir, nul ne sait ou n’a encore dit quels effets ils pourraient avoir sur un organisme humain, selon informations disponibles.

Déjà en 1959, on s’intéressait beaucoup à cette substance…pour preuve, cette publication de « Persée » :
https://www.persee.fr/doc/bulmi_0037-9328_1959_num_82_4_5321
Dans laquelle on constate la diversité sus-évoquée !

Toutes les illustrations de cet article sont empruntées sur sites internet, nous remercions leurs auteurs respectifs.

Structures diverses, éléments organiques…(flèches)

 

 

 

 

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