Randonnée fraternelle 377

L'aventure et l'évasion

Randonnée fraternelle 377

31 janvier 2021 Randonnée 1

Randonnée fraternelle              377

 Fin septembre, début octobre, Tonio m’appelle et me dit « Dominique, c’est toujours d’accord pour le 17 sur la Dhuys ? ». Sans trop réfléchir, je réponds rapidement que oui. Je fais plutôt partie de ceux qu’on appelle les « pourquoi pas ». Mais à ce moment, je ne sais pas ce qui m’attend. 

Un peu plus tard, il m’annonce la couleur : 23 km à pied ! 

Ah ?! 

Pas trop d’activité physique ces derniers mois, mais bon, je me suis engagé, donc j’assume. 

Ce matin du 17 octobre, nous nous donnons rendez-vous chez Kiki, et nous sommes rejoints par Gigi. 

Nous voilà en route pour Nogentel, ou plus exactement Etampes sur Marne, juste à côté, dans l’Aisne. 

Tout d’abord, l’aqueduc de la Dhuys est un sujet qui me passionne, et plus généralement les ouvrages hydrauliques, et que j’ai déjà traité dans quelques articles. 

Mais comble de l’histoire, notre point de départ pédestre se situe dans la région de ma plus jeune enfance, à côté de Château-Thierry. Cet aqueduc, tout gamin, j’y en ai sali des vêtements, lors de ballades avec mes cousins de Nogentel !

Voiture garée, mon premier regard se porte sur la première borne hectométrique qui caractérise le parcours de tout l’aqueduc, sur ses presque 131 km : point 237 ! Soient mes fameux 23 km à parcourir…

Pour avoir déjà effectué des visites de sites sur la Dhuys, ou d’autres comme l’aqueduc de la Vanne, je savais que ça n’allait pas être de tout repos, car le parcours de l’aqueduc, ce n’est pas le « billard » que l’on peut connaître à certains endroits, notamment Gagny, Clichy ou Montfermeil. 

Mais j’étais encore loin du compte. 

Heureusement, un vélo avait été emmené, ce qui m’a permis d’effectuer quelques kilomètres quand le parcours était relativement plat. 

Le ton fut vite donné lors du passage du premier siphon. Entendez par « siphon », la descente et la remontée d’un vallon, sur souvent plusieurs dizaines de mètres de dénivelé. Les descentes sont bien sûr faciles, bien que rendues incommodes du fait d’un sol gras et glissant. Mais la remontée de ce premier siphon fut, je dois l’avouer, un calvaire, et entama fortement ma bonne volonté, engendrant chez moi un doute quant à ma capacité à aller jusqu’au bout. 

Mais c’était sans compter sans le soutien très fraternel et sans faille de mes trois autres compagnons de randonnée. 

Souvent à la traîne, je ne me suis jamais senti pour autant lâché. 

Connaissant pourtant la région depuis ma plus tendre enfance, que j’ai sillonnée avec mon père de long en large, j’ai découvert des lieux inconnus, souvent insolites. J’étais dans un autre monde. 

Un monde créé par l’homme à la fin du XIXème siècle, mais comme oublié, hors du temps. Les ouvrages que nous rencontrons au gré de notre parcours sont là pour nous le rappeler. 

Et j’ai la prétention de penser que notre entreprise s’inscrit comme une volonté de perpétuer une mémoire collective, qui a souvent trop tendance à disparaître, et surtout parce que ce vaste ouvrage, comme celui de l’aqueduc de la Vanne ou de l’Avre, est une des clés de la mission du Baron Haussmann que lui a confié Napoléon III dans le réaménagement de Paris. Dans ce XVIIIème siècle qui voyait augmenter sa démographie, et notamment dans la capitale, comment cela aurait pu être possible sans apport d’eau potable, à une époque où les usines de retraitement n’existaient pas ? 

Ces siphons, descentes et montées de vallées, nous laissent pantois quant à l’ingéniosité déployée par Eugène Belgrand il y a 160 ans ! 

L’aqueduc de la Dhuys, qui, pour beaucoup, s’apparente à un long fleuve tranquille, l’est en fait souvent à des montagnes russes, agrémentées d’obstacles dignes d’un parcours du combattant. 

Mais…quelle magie !

Non seulement nous sommes plongés près de deux siècles en arrière, mais nous avons accès à un monde « caché ». 

C’est ainsi que nous longeons une réserve de cerfs, dont la période est propice à certains échanges entre congénères de sexes opposés, et ils nous le font bien savoir au travers du brame des mâles que cette période automnale, accompagnée d’un ciel couvert, rend le moment quelque peu inquiétant. A tel point, qu’encore une fois restés très en arrière du groupe, l’intensité des sons émis me laisse penser qu’un animal de 200 kg est tout près de moi, me faisant ainsi hâter le pas. 

Au gré de la progression du parcours, les bornes hectométriques défilent, les unes après les autres, en ordre décroissant. Un premier tiers est accompli, puis la moitié, puis les trois quarts, et ainsi de suite. 

Mais si, malgré ce que je pensais, le physique répond globalement présent, ce sont les pieds qui commencent à faire défaut. Cependant, la magie du groupe que nous sommes, sa bienveillance et sa fraternité, renforcent ma volonté d’aller jusqu’au bout, et je tiens vivement à les en remercier, rendant ainsi possible ce qui me semblait au départ impossible. 

Parti au départ sur mes pieds, sur mes jambes, c’est à la fin la tête qui me porte jusqu’à l’arrivée, et quasiment en même temps que les autres. Ceci me fait d’ailleurs penser à une citation d’un pasteur américain « Les pieds sur Terre, mais la tête dans les étoiles ». 

Et même un peu plus, car avec l’un d’entre eux, nous transgressons un peu les interdits, puisqu’avec précaution et respect, nous allons jusqu’au point de captage, prenant soin de ce lieu, pour avoir ce sentiment de : « J’y suis allé ». 

Plus qu’une simple randonnée, ce fut pour moi une belle aventure humaine !

 

 

Encore un grand merci à mes compagnons de route, surtout à celui qui non seulement nous a véhiculé, mais est retourné, à vélo, rechercher sa voiture pour nous ramener. 

Et puis, cher amis, la bouteille de champagne est toujours de mise, c’est quand vous voulez ! 

 

 

 

Une réponse

  1. Antony Munoz dit :

    Sympa quel bon moment passé

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