Une torpille aérienne de l’Aisne

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Une torpille aérienne de l’Aisne

10 juillet 2018 Détection Non classé Randonnée 0

Une torpille aérienne des batailles de l’Aisne (14/18)

Une torpille aérienne est un engin de guerre assez rarement utilisé au cours de conflit mondial, dans cette région de France.

On parle aussi de « bombe-torpille », et il ne s’agit pas forcément de munitions mises en oeuvre à partir d’un avion mais aussi de celles tirées au mortier de tranchée.
Dans des usines françaises, elles furent d’ailleurs fabriquées avec un fort contingent de femmes ( près de 25% vers 1918) qu’on surnommera les « Munitionnettes ».
Ces dernières ne se contentaient pas des tâches basiques ni de responsabilités secondaires, car comme la photo ci-contre l’illustre, elles pouvaient être amenées à effectuer des travaux difficiles, délicats, très techniques…mais hélas, avec des salaires très faibles ( 40 % des salaires des hommes, qui étaient déjà très modestes, disparité sexiste qui ne choquait presque personne à cette époque, bien que déjà très injuste et injustifiable !).

 

Lance-torpille reconstitué

Ces bombes-torpilles impliquaient d’être dotées de 4 ou 6 ailettes, soit annexées-soudées longitudinalement sur le corps de la torpille, soit annexées-soudées en un module directionnel à l’arrière du projectile.
Ci-après, une citation :

« La torpille est un engin dont la portée varie de 200 à 1000 mètres selon le calibre, et se tire comme un obusier, sous un angle très court. Elle consiste en une mince enveloppe renfermant une énorme charge de mélinite . Elle est de forme allongée et munie d’une queue et d’ailes. La queue seule s’enfonce à l’intérieur de la pièce et repose sur la charge de poudre qui la projette. Les ailes sont pour donner la direction. Chez nous, nous en avions de 18, 40 et 100 kilos. Les Boches en avaient d’un kilo qu’ils lançaient comme des grenades. La torpille marche lentement. En entendant le coup du départ de la pièce, on peut la voir monter presque à angle droit, et on l’entend grâce au bruit particulier que font ses ailes en tournant. En déterminant son point de chute, on peut avoir le temps de se garer. Elle est généralement à fusée retardée et s’enfonce profondément en terre où elle éclate avec un bruit épouvantable et surtout démoralisant en faisant des cratères énormes. Elle est surtout employée pour la destruction des ouvrages, abris ou tranchées. » (C’est à Craonne, sur le plateau…, Journal de route 1914-15-16-17-18-19 de Xavier Chaïla, Carcassonne, FAOL, « La Mémoire de 14-18 en Languedoc, 1997, pp.55-56, Vosges, août 1916).

A cette occasion, parlons brièvement de cette mélinite…(aspect jaune prononcé)
L’acide picrique (trinitro-phénol) explose vers 300°C lorsqu’on le chauffe brusquement, mais Eugène Turpin découvrit qu’on pouvait le fondre dans un bain-marie d’huile sans danger, et qu’une fois fondu il devenait nettement plus difficile à faire exploser. Turpin imagina alors d’utiliser un détonateur d’acide picrique non fondu et une amorce au fulminate de mercure. En 1884, la direction des poudres récompensa Turpin pour l’importance technique de ses recherches.
En 1886, on commença à fabriquer en France la mélinite, composée de 70% d’acide picrique fondu et 30% de collodion. Plus tard elle a été constituée d’acide picrique fondu seul, coulé dans des obus dont la surface intérieure était recouverte d’un vernis spécial ou bien étamée pour éviter l’attaque du métal par l’acide nitrique et éviter ainsi les dangers d’explosions.

Il est assez rare de retrouver entières ces torpilles
Encore plus rare de retrouver celles tirées d’un avion !

C’est pourtant  ce qui est récemment arrivé à l’une de nos randonneuses cependant qu’elle cherchait à s’asseoir sur un tronc d’arbre couché par une tempête et dont le système racinaire avait emporté une large motte de terre…mettant au jour un corps métallique ressemblant fortement à un obus classique, mais dont l’aspect conique en diffère.
Ne se méfiant pas plus que cela, car ne connaissant rien aux munitions, elle entreprit de sortir l’objet d’une dizaine de kilos, et de l’exhiber au groupe SJV…dans lequel l’un des marcheurs qui vit immédiatement le danger potentiel de la chose, s’en empara et le cala contre un arbre…pour s’en écarter rapidement ainsi que tous les autres…sauf un intrépide photographe qui prit le temps de faire un cliché.
Une recherche menée par des curieux nous apprit plus tard qu’il ne s’agissait effectivement pas d’un obus mais d’une bombe torpille tirée d’avion.

La méprise venait de ce que le module arrière n’étant pas présent, il ne persistait que l’ogive…et donc aucune ailette directionnelle. Très probablement le modèle « 12 Kg » présenté sur cette photo, incomplet donc, torpille aérienne allemande de 14/18.  la légende manuscrite précise bien : « Bombes torpilles lancées par avions allemands« .
Comme il se doit, bien que très contents de cette découverte, mais aussi conscients de très grand danger de ce type d’engin, même centenaires, nous fîmes une déclaration de découverte fortuite d’engin de guerre auprès de la Gendarmerie compétente.
Il est en effet possible que bien d’autres éléments explosifs encore intacts puissent être présents dans cette zone, bien que rien ne le laisse supposer.

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