Tout simplement Hors-normes…Berger 2020 341

L'aventure et l'évasion

Tout simplement Hors-normes…Berger 2020 341

18 septembre 2020 Grottes Spéléologie 0

Tout simplement Hors-normes…Berger 2020          341

Cet article émane d’une équipière elle-même hors-normes (au niveau du club SJV)…nous la félicitons pour cette belle réussite personnelle.

L’aventure n’a pas commencé ce jour de juillet où j’ai pris la route pour me rendre dans le Vercors, mais bien avant… On ne peut bien évidemment pas croire que la découverte du mythique gouffre Berger ne démarre qu’au moment où l’on se rend sur place. Il aura fallu des mois de préparations tous azimuts pour me sentir enfin prête à descendre… (…et à remonter !) 

La préparation matérielle est, somme toute, la plus aisée à organiser. Christian se charge comme toujours du matériel spéléo : harnais, longes, bloqueurs, descendeurs, poignées, casques, lumières et piles en suppléments, sacs, bidons, sous-combinaisons et combinaisons.

Pour cette expédition, il nous faut aussi un Pantin de pied pour faciliter les remontées et le matériel de bivouac (un duvet léger et un change sec pour la nuit). Le matériel, c’est aussi la nourriture, notre carburant pour avancer. On la choisit compacte et nourrissante, ne craignant pas les chocs !

 De mon côté j’opte pour une belle collection de barres chocolatées au caramel et cacahuètes, des cacahuètes natures, des fruits secs pour le petit-déjeuner et deux petites portions de saucisson et fromage accompagnées de leurs chips pour les deux « vrais » repas pris sous terre. Pour la boisson, nous aurons chacun une bouteille d’eau et nous portons avec nous un filtre pour la remplir avec l’eau disponible sous terre, les cascades et rivières ne manqueront pas. 

Aborder un tel projet exige une bonne préparation physique si on espère le mener à bien. C’est donc dès le mois d’avril que je m’attelle à courir quotidiennement une dizaine de kilomètres pour consolider le foncier ! Courant mai, je rajoute des renforcements musculaires au niveau des bras cumulant les pompes et bientôt les tractions… Cela ne suffira cependant pas si les mouvements des ascensions et descentes sur cordes ne sont pas automatisées.

 Un beau hêtre sera donc mon compagnon de travail. Equipé de cordes pendantes sur une branche latérale à dix mètres du sol, il deviendra mon camp d’entraînement où j’alignerai d’abord 10, puis 20, 30 et finalement 40 montées aussi régulièrement que possible. Cet effort paie et me permet de me projeter dans la grotte, dans les efforts à y accomplir, dans l’endurance à atteindre pour toujours me sentir sûre de ma force, malgré le sommeil et la fatigue. 

C’est finalement à travers ces deux préparations que la dernière s’aiguisera : la préparation mentale. Une spéléo, ce n’est pas une randonnée. Ce n’est pas une gigantesque partie d’accrobranche non plus. L’engagement y est bien plus grand et quand on parle d’une grotte comme le Berger, l’engagement est total. En conséquence, humilité, persévérance, économie et confiance mutuelle sont des valeurs fondamentales à la réussite de cette entreprise.

 L’humilité, car il nous faut bien avoir conscience que nous serons des visiteurs acceptés dans les entrailles de la terre aussi longtemps que les conditions y seront favorables et que peut-être il faudra renoncer.

La persévérance, car particulièrement pour moi qui ne suis jamais descendue à plusieurs centaines de mètres sous terre, il faudra chercher dans ses ressources pour toujours aller de l’avant.

 

 L’économie en tous sens pour gagner en confort et en endurance : économie de poids dans les sacs (nourriture et habits), économie d’énergie pour s’assurer du tonus jusqu’au bout des montées et ne jamais être dans ses derniers retranchements.

 La confiance mutuelle, car comme je l’ai dit, l’engagement est total et ce n’est qu’ensemble que l’on peut réussir. Réussir ne veut pas dire aller jusqu’au fond, même si c’est clairement notre objectif affiché, cela veut dire sortir en forme et heureux de l’aventure.

 Christian et moi avons évolué ensemble en spéléo pendant presque dix ans. Tout ce que je sais, tout ce que j’ai pratiqué, c’est avec lui que je l’ai fait. C’est lui qui m’a formée et nous avons partagé bien plus d’aventures encore… Nous sommes les maillons d’une même chaîne !

Le cumul de tous ces niveaux de préparation me permet d’arriver le jour-J sereine et confiante sur les routes du Vercors. L’aventure du Berger a pris au fil du temps des allures de chance offerte à notre équipée. C’est bien évidemment un défi sportif et mental, une spéléo hors du commun mais au jour du départ, je la perçois fondamentalement comme une chance.

Une chance de vivre des moments incroyables dans un milieu protégé avec un ami , le tout dans des conditions privilégiées puisque l’équipe du Berger 2020 a équipé le gouffre jusqu’au plus profond pour rendre possible ce beau moment. Merci à elle ! 

 

Samedi 18 juillet 

 

Après quelques détours sur les routes de l’Est de la France, nous arrivons au camp de bivouac vers 21h30, au lieu nommé la Molière, atteint depuis le col de la Croix Perrin entre Lans-en-Vercors et Autrans-Méaudre. Nous dînons et préparons l’ensemble du matériel à mettre ou à emporter avec nous le lendemain pour être efficace au réveil.

Nous passons une agréable nuit sous la voûte céleste décorée de milliers d’étoiles scintillantes, confortables sur nos larges lits de camp molletonnés pour l’occasion. Seul petit nuage à l’horizon, mon dos bloqué le matin même lors de charriage d’arrosoirs… Christian applique un gel pour l’aider à se détendre et le sommeil m’embarque. 

 

Dimanche 19 juillet 

Réveil vers 6h30. Nous entendons un autre groupe de spéléo se préparer sur le parking. Eux n’ont pas prévu de passer la nuit sous terre et feront la course d’un trait. Ils étaient huit au départ mais un « rapide » part seul devant. Deux autres prévoient de s’arrêter au bivouac à -494. Il en restera cinq sur la dernière partie. Ils sont moins chargés que nous… …enfin, à bien y regarder, ils transportent quelques cordes avec eux car ils doivent  doubler les équipements sur les puits supérieurs pour faciliter les déplacements des différentes équipes et permettre le croisement aux endroits où les puits se succèdent. 

Nous entamons la marche d’approche vers 8h00. Chaque pas est douloureux et je m’inquiète pour mon aisance sous terre et sur corde. Le Vercors est beau de bon matin. La journée sera chaude en surface. Un tapis de fleurs violet et jaune du Mélampyre vaudois et le lapiaz décorent la forêt que nous traversons. Nous passons à proximité d’autres gouffre et grottes… Nous sommes sur un véritable gruyère de calcaire !

 Les souvenirs de Christian et quelques indications sur plan et sur site nous guident. Tout à coup, une tente, de la rubalise et des voix. Nous avons rejoint l’entrée du gouffre et l’équipe Grenobloise qui enfile ses habits de spéléo !  

Au moment de pénétrer la cavité, un coup de stress. L’impression de sérieux. L’impérieuse nécessité de ne pas flancher, de croire que l’activité assouplira mes articulations dorsales. Nous commençons une impressionnante succession de descentes de puits, parcourons un long et haut méandre parfois pieds à terre, parfois en opposition sur les parois.

 Concentrée et prudente, je retrouve petit à petit mes marques de spéléologue. Puits, déviations, fractionnements se suivent et se franchissent avec aisance. Je suis stupéfaite par la profondeur que nous atteignons en moins de deux heures.

La hauteur des fissures laisse sans voix. A la fin de cette suite de puits, j’ai déjà établi un nouveau record personnel : je suis à -236m !

Nous nous faufilons encore un peu dans des méandres avant de rejoindre ce qui est modestement appelé la « Grande Galerie ». Elle n’est pas seulement grande, mais gigantesque, impressionnante de démesure… S’ouvrant sur plus de 500 mètres de long et au moins 30 mètres de large avec une hauteur au-delà de la portée de nos lampes, elle est jonchée de gros blocs de roches à escalader.

 Nous progressons dans de grands espaces, suivons le lit de la rivière qui ne coule pas très fort. Certains petits puits et ressauts nécessitent le guidage par une corde tendue voire l’usage des descendeurs afin d’éviter les zones d’eau. Nous utilisons un mousqueton à poulie pour limiter les frottements. 

Bientôt le « Grand Eboulis », lui aussi immense en taille et impressionnant en morphologie. Là aussi de petits signaux réfléchissants nous guident et nous aident à choisir le bon chemin parmi les roches. 

Il est l’heure de manger quand nous arrivons au camp de bivouac. Nous profitons des installations pour nous mettre à l’aise : des roches disposées en rond autour d’une autre roche bien plate et rectangulaire faisant office de table !

 Le long de la paroi le bivouac est installé. Il est formé de trois ou quatre abris sous « tente » avec porte soulevable et propose au moins trois couchages par abri rendu « douillet » par des mini-mousses disposées au sol. Des couvertures de survie et une pharmacie sont disponibles ainsi que des bougies.

 Nous nous délestons d’une partie de notre charge pour « voyager léger » sur la seconde partie de la descente. Nous conservons toutefois avec nous de la nourriture et de quoi nous aider en cas de coup dur : un duvet et un change sec complet. 

C’est reparti ! L’équipe de Grenoble nous a rejoint. Nous traversons la « Salle des Treize » décorée de stalagmites géantes d’une blancheur surprenante, nous marchons sur les lèvres des gours géants presque vides ce jour-là. Sur les côtés davantage de concrétions et de gours semis remplis s’offrent à nous.

 Nous suivons le cours de la rivière souterraine jusqu’à l’entrée de la « Salle des Coufinades » où un panneau de mise en garde nous attend… Sommes-nous prêts, en forme, capables ?…Oui !
Nous entrons dans une partie plus engagée de la cavité. Il faut comprendre qu’elle est presque entièrement submersible en plusieurs points en cas de forte crue. Le temps est au sec depuis un moment. Nous n’avons donc rien à craindre de ce côté-là. Christian me l’a expliqué … la « Salle des Coufinades » est également un passage technique où les méandres à passer en hauteur sur main courante ou en opposition sont fatigants.

Nous visons bien sûr l’économie d’énergie. Conseillée par Christian, je modifie ma longe courte pour en faire une longe très courte grâce à un mousqueton placé en son milieu alors qu’elle est crochetée sur mon delta. C’est autant d’économie d’énergie dans les bras et de confort gagné. 

Les Grenoblois et nous-mêmes nous suivons en accordéon, suffisamment proches pour ne pas se savoir seuls, suffisamment éloignés pour ne pas se ralentir et prendre froid. 

Vient ensuite le temps des cascades et du « Grand Canyon ». Cordes verticales dans les puits et cascades et obliques sur les pentes glissantes du canyon nous permettent de progresser sans encombre. 

Après de nouveaux puits et la Grande cascade, nous rejoignons la « Chatière de la Baignoire », lieu où Christian et Rémy avaient rebroussé chemin l’année dernière mais cette fois-ci, Christian ayant pris la tête juste pour l’occasion,  trouve le passage et « ouvre » la voie.  Nous sommes presque au bout… Encore une vire ou l’autre. Encore quelques belle verticales dont le fameux puits du Pendule.


 Nous y serons. La Cascade de l’Ouragan est la dernière cascade à descendre. Elle porte bien son nom. Vent. Vacarme. Bruine. Encore un peu plus bas, c’est le camp Berger. Nous y accédons vers minuit. Reste un talus à descendre et le cours d’eau qui marque la fin de l’exploration. Nous avalons un goûter alors que l’équipée grenobloise a sorti popote et dîner pour reprendre des forces.
Nous prenons le parti de commencer la montée avant eux afin d’éviter un long temps d’attente en bas des hauts puits qui nous attendent très rapidement.  

Lundi 20 juillet 

Nous sommes au milieu de la nuit, au cœur des montagnes et nous avons à un rythme régulier. Passant toujours en premier, je n’ai jamais froid. Je sais que mon co-équipier ne peut pas en dire autant puisqu’il est régulièrement obligé d’attendre que j’ai passé les fractionnements. Tout se passe bien jusqu’à cette tête de puits de la Cascade des Topographes (je crois)  où je me retrouve la tête en bas, en inversion sur mon pantin…je ne sais comment !


Gros moment de stress… Position inconfortable. Epuisement imminent si je ne fais pas les bons choix. Christian a vite compris la situation malgré la distance et l’obscurité. Il me donne des conseils que je n’entends qu’à moitié.
 Je commence à remonter sur le brin de corde qui doit m’amener plus haut mais je sens que je m’écartèle un peu plus…. J’entends alors Christian me dire de retourner sur le brin de corde mou, à l’exact opposé de là où je suis. Ma poignée est loin sur la corde montante. J’ai du mal à la récupérer. J’y parviens et la fixe sur la corde molle. Je suis encore tirée vers l’autre coté par mon bloqueur de poitrine.
Je repousse toujours plus loin la poignée pour tenter de rapprocher ma main de mon pied coincé et ouvrir le pantin. Chaque centimètre me rapproche du but. Et enfin j’y arrive. Ma jambe est libérée ! Que d’émotions ! Je me replace en position d’ascension et poursuis mon effort tout en reprenant mes esprits.
 Merci Christian ! Ce n’est qu’un ou deux puits plus haut que je me pose un peu pour respirer. 

A présent tout se passe bien et tranquillement. L’amorce de la remontée à sonné le début de la récréation. Nous prenons plus de temps pour observer et admirer. Je sens que les paroles se délient, que je me sens bien. Même le passage des Coufinades ne génère que de l’admiration.


Nous prenons le temps des photos et bientôt nous rejoignons la « Salle des Treize » et le camp de bivouac. Il est autour de trois heures du matin. Nous nous mettons au sec, nous nous offrons un bon repas, cherchons de l’eau, superposons quelques mini-mousses pour gagner en confort !! Eh,  oui !! Il est quatre heures du matin quand nous soufflons les bougies pour dormir enfin… Mes orteils froids me tiennent éveillée un moment.  

A huit heures trente nous entendons un groupe de spéléo qui descend, nous observons cinq lumières, les voix se font discrètes lorsque notre présence est détectée… Nous nous rendormons jusqu’à presque dix heures. Ensuite, c’est un matin sous terre normal ! Déjeuner, habillage, remise en ordre du camp pour les suivants. Nous chargeons tout à nouveau dans les sacs et nous nous lançons à l’assaut du « Grand Eboulis ». Nous y croisons un autre groupe de spéléos. Il y en aura plusieurs jusqu’au retour à la surface.


 Nous avançons doucement et régulièrement en prenant le temps d’admirer ce que nous n’avions que vu la veille. Certains passages sont familiers, d’autres moins. Nous progressons sans encombre jusqu’à la « Grande Galerie » et trouvons facilement le passage vers la succession de puits et méandres qui nous mèneront à la lumière.
 La remontée se fait plus facilement que ce que j’avais imaginé, le méandre est moins exigeant que dans mon souvenir. J’aligne les puits, les fractionnements, les dérivations, les méandres…Un peu de vent souffle vers le haut. Bientôt une lueur claire. Encore quelques crans et nous serons véritablement à la lumière du jour.  

Nous sortons vers 18h00. Les mousses sur les parois de ce dernier puits sont d’un vert tendre et humide, la lumière est d’un jaune doux…c’est beau et bon… A quelques mètres du haut la chaleur nous assomme.
Nous sortons heureux et rassasiés.
 Nous prenons le temps de nous dévêtir car le retour jusqu’au parking sera chaud. Il y a là le registre à remplir posé sur une table.
Nous inscrivons nos deux noms avec plaisir… objectif -1100 atteint !  

 

 

Cette belle aventure a été soutenue par un partenariat avec l’Office Municipal des Sports de Villeparisis.

 

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