Désobstruction horizontale de trémie 381

L'aventure et l'évasion

Désobstruction horizontale de trémie 381

14 février 2021 carrières diverses Spéléologie 0

Désobstruction horizontale de trémie          381

Le désobstruction, dans les domaines spéléologique et subterranologique est une activité collatérale essentielle…nombre de cavités actuellement connues n’ont pu être découvertes, en tout ou partie, que grâce à ce processus de dégagement des conduits et dépressions  donnant des accès.
Il arrive que, parfois, une désobstruction se produise « naturellement » par le fait d’effondrements secondaires ou de l’action de l’eau (gros orages, inondations…), ou suite à une surcharge accidentelle du sol, ou encore en conséquence de tremblements de terre et/ou de secousses volcaniques.
Mais bien souvent, ce sera le travail humain, mécanisé ou non, qui (re)mettra au jour une cavité.
La désobstruction est un petit monde à elle seule, dans lequel la chance, l’instinct, l’analyse, la réflexion, les méthodes et l’inventivité sont autant de facteurs de réussite (ou d’échec !) en sus du travail, qui peut être harassant et durer très longtemps, réclamant une motivation et une constance, voire un acharnement, considérables.

Il est donc illusoire de dresser un tableau exhaustif de cette activité, et le présent article va se contenter, modestement, de brosser une tentative de désobstruction lancée dans une trémie pour prolonger une galerie horizontale qu’elle a comblée.
Rappelons ici qu’une « trémie » est un remplissage par le haut, selon la force gravitaire, souvent issue d’un décollement puis décrochage du toit de cavité, ou du déversement d’éléments par les eaux circulantes, par des humains, pas simple éboulement dans un espace plus ou moins vertical.
Lorsque cela coupe le passage on est tenté de le retirer, et cela passe presque toujours par un travail de sape et/ou de tunnelisation.

La sape se fait par soutirage progressif, plus on en retire plus ça descend, et si le remplissage était « léger » on va vider la trémie ou créer un passage à travers par auto- blocage de son contenu, et il faudra très probablement consolider, étayer…

La tunnelisation se fait par un creusement subhorizontal, le plus souvent en suivant le plafond ou une paroi latérale, plus rarement en suivant le sol…
Ceci répond à une logique, car une trémie tend à s’étaler, elle sera moins épaisse à traverser au niveau supérieur du cône d’épanchement. Par ailleurs, il y a forcément d’autant moins de matière au-dessus que l’on se trouve haut placé dans le cône, ce qui peut autoriser une sape, mais tendra à offrir un remblai moins tassé donc moins compact à creuser et moins de volume à évacuer.

1) L’analyse de la situation
Cette étape est bien sûr essentielle, ne serait-ce que pour s’éviter des heures ou jours de travail inutile !
L’étude des plan et coupe (quand on en dispose) ou d’un relevé actualisé, permettent d’évaluer les chances de réussite, et de poser un plan de creusement.

2) L’étude sécuritaire préalable
Incontournable, va permettre d’évaluer les risques à creuser dans la trémie, risques de chutes d’éléments de cette trémie, risques d’intoxication selon nature des éléments constitutifs, risque de blessures, des mains notamment, risques liés aux poussières et projections lors du creusement (Yeux, nez , oreilles…), et de mettre en œuvre les protections adaptées en conséquence.

Un aspect souvent négligé est celui de la composition de l’air dans la cavité elle-même puis dans le passage que l’on creuse… Si on se trouve dans un point bas de la cavité avec peu de volume, il est possible que du CO2 y soit accumulé.
Le fait d’y respirer à plusieurs, en y séjournant, et, en plus, en travaillant, donne toutes les « chances » de développer une concentration anormale de ce gaz qui a tendance à occuper la partie basse des espaces.
Dans la galerie que l’on creuse, a priori étroite et borgne, le CO2 expiré s’accumule aussi, et ce, tout particulièrement si on creuse en descendant…ceci entraîne en premier lieu une gêne respiratoire, un essoufflement excessif, des coups de « chaud », qui sont des avertissements…il faut ressortir de là !
Un bon moyen d’éviter cette concentration est de faire aller et venir un équipier dans la galerie creusée, notamment pour remplir la navette…ces mouvements d’un corps qui occupe la majeure partie de la section de galerie créent un brassage d’air très efficace, l’équipier(ière) faisant office de piston aspirant/refoulant.
Si la galerie s’approfondit franchement, que les mouvements humains ne suffisent pas, un dispositif d’aération avec une gaine devra être envisagé, et un équipier ou une équipière devra se coller à la tâche de pompage (gonfleur manuel ou à pied  pour matelas pneumatique, par exemple).
Enfin, on ne peut exclure l’existence de gaz ou matières toxiques, notamment l’hydrogène sulfuré, mais sa mauvaise odeur prégnante le fait repérer très vite. La nature du remblai, ses couleur, odeur, texture…renseignent ou alertent…et, comme toujours, il faut savoir renoncer, le cas échéant !

3) L’accès et le transport du matériel
Selon le mode opérationnel retenu, divers outils vont devoir être acheminés, il faudra s’assurer que leurs dimensions et leurs masses ne soient pas insupportables…et restent portables !
Le conditionnement doit protéger les outils fragiles, dont l’électroportatif, mais aussi boussole, matériel de relevé…tout en protégeant aussi les porteurs, et compatible avec les caractéristiques de la cavité, notamment si passages aquatiques, avec aspersion, pluie ou immersion plus ou moins volontaire…
Il peut être très efficace de réunir dans un même sac les matériels et matériaux correspondant à une même opération et/ou à un(e) même opérateur(trice). Gain de temps et sérénité garantis, en sus de la rentabilité du travail.

4) Le ravitaillement


Il est bien rare qu’une désobstruction ne dure qu’une ou deux heures (hélas !!!) ni même qu’une ou deux journées, c’est pourquoi s’alimenter et surtout BOIRE peut devenir un facteur « clé » de l’opération, car en dehors des cas où on se trouve constamment dans un espace largement ouvert, la température du petit coin creusé a tendance à s’élever sensiblement, et, tout comme les mineurs de fond, finir en tee-shirt, voire torse nu, n’est pas exceptionnel !
Il faut donc le prévoir, et s’alourdir des réserves utiles, l’économie de l’eau étant parfois réalisable si la cavité en offre…un filtre fiable suffira alors pour s’abreuver sans limite.

5) Les protections individuelles

A priori le casque est de rigueur, mais il peut gêner par son volume additionnel et il tient chaud.
Dès lors que l’activité est lancée, le conserver évite de se cogner ou s’érafler le crâne, ou de se mettre des tas de poussières et de débris dans les cheveux. Si on éprouve le besoin de le retirer, il faut s’astreindre à le remettre dès que l’on se retire du lieu strictement travaillé.
Les gants solides sont très fortement recommandés, on ne sait jamais exactement ce que l’on va rencontrer dans les trémies, surtout si elles sont rapprochées de la surface.
Des genouillères…peuvent s’avérer très utiles !!!
Des lunettes contre les éclats sous les coups de pic ou de bêche et même de raclette…à apprécier selon le substrat.

6) Le matériel le plus fréquemment utilisé pour le creusement

Une Gratounette (GSAM)

Il y a des adaptations selon la nature des remblais, et selon les pratiques et morphologies des manipulateurs, mais une liste standard peut être proposée : 
Une pelle creuse, genre pelle à charbon courte
Une martelette ou un pic avec panne plate
Une binette racleuse
Une bêche à manche court
Une navette d’évacuation des déblais
Une « gratounette » 
Une truelle large, genre briquetière
Un perforateur-burineur sur batterie peut être efficace selon le contexte, c’est à bien réfléchir, vu le coût, l’encombrement et le poids…
On ne parlera pas ici de minage à l’explosif, domaine de spécialistes, et particulièrement soumis à moult contrôles administratifs, douaniers, techniques, policiers…

7 ) Le matériel de soutènement

Il peut apparaître prudent, voire indispensable, d’étayer une galerie creusée où auto-créée par la sape.
Pour cela il faut s’équiper de planches  prédécoupées de 50 à 60 cm, en guise de chapeaux, et de planchettes solides de 90  cm minimum, mieux : 1 m  voire 1,2 m pour les montants. Il n’est pas luxueux de bloquer les assemblages par des tasseaux vissés. L’écartement entre deux cadres dépend bien sûr de l’état et de la cohérence du toit de tunnel…
Dans le cas des sapes, il peut apparaître plus utile d’étayer seulement les blocs principaux avec des potelets taillés à la cote pour tenir en force. Une scie égoïne courte est donc quasi-indispensable, des vis et tournevis recommandés.
Bien évidemment, des variations sont possibles autour de ce modèle !
C’est la formule la plus simple, la plus économique, restant passe-partout avec une bonne efficacité.
Mais ce ne peut être qu’une formule provisoire, les bois ordinaires et minces n’étant pas fiables très longtemps sous terre.
Si le passage doit devenir durable, des soutènements durables eux aussi seront à poser à la place ou en sus des provisoires.

8) La sape…


C’est presque toujours un soutirage. La gratounette ou un crochet simple costaud permettent de faire riper des éléments, lesquels en soutenaient potentiellement d’autres…la trémie « descend » ainsi peu à peu avec trois issues probables :
a) elle se vide, c’est à dire que tous les éléments supérieurs sont éliminés…le passage sera alors au-dessus de ce qui reste d’elle, donc pas de soutènement. Cependant, pas d’emballement non plus si on ne sait pas où est le socle de cette trémie, car il peut y avoir un vide invisible, surmonté d’un tas de blocs pas forcément autobloquants de façon sûre et qui peuvent lâcher tout d’un coup. C’est, dans ce cas, une trémie suspendue…gare !
b) les blocs descendent peu à peu quand arrive un très gros élément qu’on ne pourra pas éliminer en sapant. Généralement, seuls des explosifs sont raisonnablement la solution, sauf à buriner comme des bêtes…et encore n’est-on pas sûr de réussir à passer….c’est la pire des issues !
c) Les blocs ne descendent pas ou plus, on a fini par créer un passage entre eux, mais bien sûr, c’est là que le soutènement va devoir s’imposer, en tout ou partie du passage, afin de stabiliser la partie de la trémie supérieure.
Pour autant, on reste prudent comme en a) si on ne sait pas où est le socle…

9) La tunnelisation par creusement.


On est là dans l’imagerie la plus répandue, celle des évasions de camps de prisonniers, celle des « casses » de banques du passé, celle des souterrains secrets entre forteresses, celle des franchissements de frontières, hélas encore d’actualité…
Celle des taupes !
Un premier « secret » est de ne pas lésiner sur les dimensions dès que l’on dépasse  le mètre de longueur, car le travail devient épuisant autant qu’improductif. Une largeur de 60 cm et une hauteur de 1m sont des minimales pour les gabarits corporels moyens. Il peut être bon de former des « ampoules » de temps à autre, c’est à dire des mini-salles où les dimensions sont un peu plus grandes, ceci pour donner de l’aisance et/ou permettre les retournements plus faciles.
La section peut être ovoïde ou ogivale, on économise du travail et des déblais, mais il ne faut pas trop abuser des rétrécissements inférieurs et supérieurs, ça crée de la gêne au travail et un  sentiment d’oppression carcérale, à la longue.
Le second « secret » est d’adopter un rythme régulier et lent, ce genre de travail est très fatigant, très inconfortable, et doit être pensé dans la durée… »chi va piano, va sano, e va lontano… ». Si c’est un travail d’équipe, ce qui est préférable et recommandé, prévoir une rotation d’équipiers assez serrée, et adaptée au potentiel physique de chacun(e).
Le troisième « secret » est de très bien gérer l’évacuation des déblais pour l’équipier en pointe, les ôter du front de creusement très régulièrement et les repousser suffisamment loin pour ne pas en être gêné.  Jouer sur la gravité, comme le font les carriers du calcaire…le creux du dessous facilite l’abattage de ce qui surmonte !
Le quatrième « secret » est de varier les gestes du travail, de changer de bras autant que possible, de changer d’outil, d’alterner creusement et évacuation, creuser en bas puis en haut puis à droite puis à gauche puis au centre…etc.
Ceci permet au corps d’encaisser les efforts (très souvent inhabituels !), de varier ses postures, de récupérer, de travailler plus longtemps sans le payer très cher le soir ou le lendemain voire surlendemain ! (Boire régulièrement…)

10) L’évacuation

Si ce n’est généralement pas le plus fatigant, ce n’est pas toujours le plus simple !
On commence par bien observer et jauger tous les espaces utilisables pour entreposer les déblais, sans dégrader la cavité plus que absolument nécessaire, sans rendre les progressions ultérieures de plus en plus difficiles, et en essayant de ménager une sorte de chenal dans lequel vont circuler les déblais.
Au départ, c’est souvent un simple refoulement à la main puis au pied, mais cela devient vite insuffisant surtout s’il n’y a pas de large dégagement à proximité. Un équipier ou une équipière va alors prendre le relais, en tirant à son tour les monticules de déblais. Toujours à la main et au pied.
Puis, la distance s’étire, les espaces de rejet les plus proches sont remplis, et on passe à la navette…
Cette dernière est, le plus souvent constituée d’un bidon en matière plastique solide (polyéthylène) de 20 ou 30 litres découpé à 60% de ses côtés les plus étroits, ce qui en fait un tiroir doté d’une poignée.
Comme il faudra tirer ce récipient dans les deux sens, on s’applique à créer une poignée à l’opposé de celle formée dans la masse plastique du bidon, généralement un bout de cordelette passée dans deux trous.
Il ne reste qu’à la doter de deux cordes de tirage mousquetonnées de part et d’autre et la navette est faite.
L’idéal est d’en avoir deux (mais un seul jeu de cordes), quand la vide est revenue, on la remplace par la pleine, on transfère les deux cordes, et c’est reparti !
Il est clair qu’une équipe de trois sera très efficace, avec un sapeur-creuseur, un collecteur-distributeur, et un manoeuvre-évacuateur !

11) Relevé-report-photos.
Au-delà de quelques mètres, et lorsque certains obstacles (paroi, gros bloc noyé dans le remblai, poche de marne très difficile à  travailler, concrétion à protéger…..)  impliquent des virages de contournement, il peut être intéressant voire indispensable si la distance s’accroît et les angles se multiplient de faire des relevés boussole/clinomètre/décamètre avec reports, afin de mieux cerner la progression pour éventuellement la corriger.
Ca peut aussi être bon pour le moral de voir où on en est par rapport à l’objectif visé (Parfois mauvais aussi, si on en est encore  très loin ou si on s’est fourvoyé…).
Les photos de la progression, des acteurs dans l’effort, de divers éléments de l’action, peuvent aussi être des facteurs d’encouragement, des sujets de partage avec ceux et celles qui restent à l’extérieur et qui peuvent soutenir moralement aider techniquement dans les préparatifs et la logistique, et plus tard des supports de bons souvenirs à relater.

Voilà un tableau relativement complet de ce que recouvre cette activité de volontaires dévoués et un peu dans l’abnégation, car beaucoup savent que ce boulot parfois énorme en quantité comme en durée ne sera pas forcément « payant », et/ou que bien peu s’en rendront compte en passant par là, tranquillou, en deux minutes là où il a fallu trimer deux jours ou deux semaines pour percer la voie !
D’aucuns et aucunes, en revanche, auront une immense satisfaction en effectuant une « première », même modeste, et parfois un grand bonheur en livrant à bien d’autres des trésors, grâce à eux et elles découverts, et jusque là inconnus de tous et toutes.
Le spectre de la désobstruction s’étend de l’échec désespérant à l’exultation…un monde d’extrêmes !

 

 

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