La « Grotte » des Paillards 382

L'aventure et l'évasion

La « Grotte » des Paillards 382

17 février 2021 carrières diverses 0

La « Grotte » des Paillards     382

En étudiant une carte d’Île-de-France, nous repérons quelques sites susceptibles d’intéresser les subterranologues ou les spéléologues du club. 
Parmi eux se trouve une grotte (peu fréquent en IDF !) située sur le territoire d’une commune dont nous garderons le nom secret afin d’éviter toute incitation à une visite éventuellement dangereuse, notamment pour des mineur(e)s qui lisent régulièrement nos articles.
Parvenus sur les lieux, après un parcours d’à peine 500 mètres sans aucune difficulté, nous constatons que son accès n’est empêché par aucune clôture, et qu’une grille sans aucune fermeture non plus en garnit l’entrée…
la propriété est à priori privée, mais nous y pénétrons sans « ruse », sans « violence », sans « menace », sans « effraction », ce qui nous évite d’enfreindre une loi.
Néanmoins, c’est une propriété privée, nous nous attacherons donc à n’y causer aucun préjudice d’aucune sorte.
Des photos serons prises, mais aucune donnée ne permet de les relier à un site extérieurement connu, ne permet de situer cette grotte, donc ne peut causer de trouble.
En vertu d’une jurisprudence désormais bien établie par un arrêt de la  Cour de cassation en date du  7 mai 2004 par lequel il a été jugé que :  »  le propriétaire d’un bien ne dispose pas de droit exclusif sur l’image de celui-ci. Il ne peut donc pas s’opposer à ce qu’une personne photographie son bien et exploite cette image ».
Nous étant donc assurés que nous ne contrevenons à aucune règle ou texte législatif, nous faisons pivoter la grille sur ses gonds, et entrons dans cette cavité…
De toute évidence, nous sommes pour l’instant plutôt dans une carrière ancienne désaffectée…
Pourquoi l’IGN a-t-il indiqué qu’il s’agit d’une grotte?
Nous imaginons aussitôt qu’il doit exister une vraie grotte, d’origine karstique et/ou tectonique, mise au jour par un recoupement de galerie de carrière, ce qui est relativement fréquent…
Nous décidons donc d’aller plus avant à la recherche de cette cavité naturelle supposée…malgré diverses pancartes dont les informations concernaient essentiellement l’exploitation quand elle était active.
Le classique « propriété privée défense d’entrer » n’ayant qu’une valeur d’information, potentiellement dissuasif, mais aucunement injonctionnelle au plan juridique, nous confirme bien le caractère privé des lieux.
Nous voilà donc à arpenter les galeries…en quête d’une grotte !
Pour autant nous serons sensibles à une certaine beauté de cette carrière de gypse, au vu de la forme et des dimensions, et même de gypse de première masse…au moins 15 mètres, à vue d’œil.

Très grande régularité des sections, et aucun signe de dégradation, les parois étant très bien purgées, sans faille, sans diaclase, sans écaillage, et les ciels soigneusement étayés, boulonnés, grillagés, ou garnis d’un enduit cimenteux armé de grillage noyé dans la masse.
Certaines galeries ont été remblayées et bourrées…et nous craignons que la fameuse grotte soit ensevelie à tout jamais…(?)…mais nous poursuivons.
Des remblais terrassés nous rapprochent des ciels par degrés successifs, on peut gagner certains souchets, mais pas de signe de karstification.
Plusieurs boisages sont encore en place, les classiques « chapeaux et brindilles », de gros étais verticaux ou posés obliquement en appui sur les parois grâce à des potelles, et des appuis pariétaux pour soutenir des surplombs aux angles des croisements de galeries.
De grosses conduites d’eau circulent, suspendues à plusieurs mètres du sol, partant de puits ou d’une grande réserve d’eau obtenue par surcreusement jusqu’à la nappe phréatique, à 3 ou 4 mètres sous nos pieds. Il persiste quelques éléments vestigiaux d’une installation de pompage.

Nous sommes en admiration devant certaines parois couvertes de griffures mécaniques formant de arabesques par milliers…on supposera qu’il s’est agi d’une « purgeuse », cet engin aux mâchoires rotatives effrayantes destiné à éliminer des parois les morceaux de roche qui n’y sont plus totalement adhérents suite à l’extraction de la masse de gypse, cela afin de protéger les employés.
Mais toujours pas de traces de karst !!!
Nous constatons, du fait de notre observation scrupuleuse du site, qu’on n’y trouve quasiment aucun déchet, aucune inscription douteuse, aucun tag, et ce avec satisfaction bien sûr.

Seuls quelques très gros pneus utilisés comme ronds-points ou protection des véhicules, un camion et une remorque remisés là depuis longtemps rompent avec la désertitude de cette carrière…ainsi que de curieux « rouleaux » de fers à béton de toutes dimensions entortillés ensemble, le tout de grandes dimensions et pesant plusieurs tonnes…(???)
Cette carrière nous a paru très sèche, aucune zone boueuse, aucune marque de ruissellement sur les parois donc pas de concrétionnements de type coulée calcitique.
Aucune cristallisation de gypse particulière non plus.
Pas de traces d’animaux remarquables hormis un étron de renard…Aucune chauve-souris aperçue en vol ou au repos.


Notre promenade nous aura donc fait visiter une jolie carrière très bien conservée…mais de grotte nous n’aurons rien vu !!! On la baptise quand même du nom du sentier le plus proche….car elle existe peut-être ou a existé, si ce n’est pas un abus de langage de l’IGN qui aura nommé « grotte » ce qui n’est qu’un « cavage » !
Un peu déçus, nous aurons quand même fait quelques découvertes…et passé un peu de bon temps sous terre !!!
On ne saura jamais si cette grotte présumée abrita les joyeuses chansons et les débauches de paillards…qui s’égaraient de leur chemin !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *