Orages sur le Ruisseau des Gorges 546

L'aventure et l'évasion

Orages sur le Ruisseau des Gorges 546

10 juin 2022 Canyon 0

Orages sur le Ruisseau des Gorges     546

Cet article relate la troisième activité d’un séjour qui en compta cinq…il est rédigé en style hybride, mêlant deux narrations de la même « aventure ».

 

Nous avons prévu une descente de canyon, volontairement longue et comptant beaucoup de crans de descente à installer, et, de préférence, à caractère « confidentiel »…La veille au soir, des orages nocturnes sont annoncés « localement ».
Connaissant le régime hydrologique de ce cours d’eau, qui monte très vite et redescend presque aussi vite, et qui reste praticable par gros débit, hormis une ou deux cascades, avec un engagement limité, nous ne remettons pas cette descente à plus tard, d’autant que les prévisions météorologiques redeviennent favorables pour l’essentiel de la journée.
De fait, cette nuit-là, il y eut trois séquences orageuses pluvieuses, un orage dits « de chaleur » sans pluie, suivi de deux pluvieux dont le dernier de type unicellulaire à cumulus bourgeonnant qui nous valut de fortes précipitations accompagnées d’un martèlement sévère du toit en bardage d’acier…

Le flux liquide était tel que l’élan et la masse de l’eau la faisait fuser au-dessus des gouttières pour se jeter directement sur un boulodrome adjacent, transformant ce dernier en pédiluve de piscine géant.
C’était en début de nuit, et on paria sur une décrue quasi-totale du torrent d’ici à notre horaire de pratique 8 à 10 heures plus tard.
On put donc s’endormir paisiblement en rêvant de canyonisme !

Réveil du matin…un drôle d’oiseau chante à notre porte… Il est 7h, le Cricri des montagnes est en effet une espèce matinale…
Après un rangement rapide, petit déjeuner consistant, préparations matérielles, c’est le départ pour le canyonisme Rogna / Vaux-lès-Saint- Claude, avec une petite balade en mode 4×4 pour la première phase d’approche.
Nous entamons en effet la descente automobile du gros chemin forestier, heureusement très bien empierré, relativement égal et rarement déversant, qui permet à une petite berline, même chargée, de progresser en sécurité pour elle et ses passagers.

Parvenus au terminus pour les voitures ordinaires, nous sommes rejoints par une paire d’autochtones qui prodiguent quelques conseils de prudence, et nous nous garons au bord de l’aire de débardage…commencent alors les préparatifs individuels, qui, avec SJV, sont particulièrement longs en vertu du souci de protection maximale des gens et de leur matériel…double combinaison Néoprène + Cordura et harnachement spéléologique.

Puis on descend en bordure de rivière, en seconde phase d’approche, avec 950 mètres sur un bon sentier fort heureusement ombragé, puis 150 m de crapahutage dans une belle pente feuillée et arborée s’achevant en talweg…nous jonctionnons exactement à l’endroit prévu, marqué de cairns instables ! Depuis le sentier supérieur, une écoute attentive du torrent nous avait déjà renseignés quant à son faible débit, et nous constatons effectivement que si son eau est trouble, il ne coule pas bien fort !
L’eau est donc présente, ni trop ni pas assez, malgré le bon orage de la nuit, car le bassin versant est assez limité, les pentes généralement raides ce qui pousse les eaux à ruisseler rapidement sur les roches et les terres nues, et là où la végétation est épaisse, l’humus desséché depuis des jours et des jours qui fonctionne comme une éponge, cette eau est au contraire retenue durablement.
Au final, un ruisseau débonnaire vers 9 heures !

C’est donc parti pour 6h de descente prévue pour ce qui nous concerne, le parcours normalisé étant estimé à 4 heures pour une équipe de 4  qui « trace ».
Nico et Mimi vont équiper à tour de rôle les rappels…le premier étant une petite C4, gentille comme tout, avec un petit bassin insuffisant pour sauter.
La seconde est en revanche un joli petit morceau de 16 m, avec un rebond surplombant, dont on ne voit pas le bas, et que l’on testera avec un bidon suspendu.
L’équipement vu par SJV ne tolérant pas de frottement sinon faiblement tangentiel, sur roche non abrasive, et avec décalage séquentiel, on utilisera la technique de l’interposition d’un sac solidarisé au brin de rappel, au point majeur de frottement, rupture de pente, avec une petite crevasse d’échancrement en prime…tout pour plaire !
A défaut on aurait pu fractionner, mais cela aurait été très long et assez peu commode !

 

Dans ce torrent, on rencontre un mixage de cascades souvent déclives, de parties en toboggan, et des secteurs à marcher où il est préférable d’utiliser les berges exondées pour protéger le milieu naturel aquatique mais aussi parce que tout ce qui est mouillé est très glissant, même les zones d’eau courante où des algues tenaces et des dépôts limoneux créent de véritables patinoires !
On enchaîne donc ces cascades et la randonnée de torrent…

Les cascades sont belles, très diversifiées et harmonieusement étagées, certaines bien impressionnantes en hauteur, dans des passages escarpés et resserrés, couverts de végétation vert sombre, surplombés d’arbres  tortueux très moussus, qui créent des ambiances fort sauvages…qu’on aime beaucoup !
Quelques uns de ces arbres sont tombés récemment et bouchent plus ou moins le lit de la rivière…ils créent une diversité de progression, sont souvent la cause d’embâcles qui nécessitent un peu d’attention…nous apporterons une très modeste contribution à la communauté canyoniste en dégageant quelques passages des plus gênantes entraves…mais avec nos seules mains, notre action resta limitée.
Il y a en effet de très gros troncs, des enchevêtrements de branches, des roches arrachées du sol, des masses terreuses non stabilisées, des bois flottés, le tout mêlant des éléments mobilisés le jour même à d’autres bien plus anciens et plus ou moins pourris, créant des pièges sournois sous les bottes…mais aussi une ambiance de « jungle » !

Les marmites et toboggans nous baignent et nous refroidissent avec plaisir, car on a un beau ciel bleu et de la chaleur.
Vers la fin de parcours, on passera également un ancien barrage, on l’on s’amusera à mettre le rappel sur tronc d’arbre avec mousqueton…comme à l’ancienne des pionniers, le reste du parcours étant équipé de chaînes de rappels ou d’anneaux isolés. 
L’occasion fut bonne pour remarquer la vétusté grandissante de l’anneau de corde et de la sangle…qu’une prochaine visite verra remplacés par de la corde « fraîche »…faut être sérieux !
A la base de ce petit barrage désormais entièrement comblé de sédiments et de rochers on trouve encore un bout du tunnel qui servait de chasse d’eau et de curage, et où une très brève incursion est encore possible, en traversant un rideau d’eau selon la tradition « Indiana-Jones ».
Nous voila arrivés au bout du secteur le plus pratiqué, le peu restant à descendre n’étant que de très faible intérêt… on ressort du canyon vers 15h30 et nous rejoignons le village de Vaux-lès-Saint-Claude, après une séance de « dépoilage » en règle dans un grand virage de la petite route…où nous dissimulerons presque tout le matériel, soit environ 30 kg…que nous n’aurons pas à porter pour remonter au point de départ.
Cricri prendra rendez vous à 18h avec la dame du Proxi-Market pour revenir chercher son pain…(prétexte)
Du coup il nous offre une magnifique et romantique remontée pédestre à bonne allure…environ 500 m de dénivelée sous une superbe hêtraie.
Si ce parcours démarre avec une suite de sentiers, petite route et laie forestière confortable, cette dernière s’amenuise progressivement pour devenir une sente à peine visible entre ravin et fourré ronceux, heureusement de courte durée grâce à une reprise d’exploitation forestière récente qui permettra de rallier le grand chemin forestier supérieur, puis le véhicule !
Franchement elle était longue cette remontée.  1h30  environ pour retourner à la voiture, 1h30 sur chemin forestier souvent bien raide !!!
Mais nous restons toujours enthousiastes !!!(NDLR)
 
On profite d’une légère pause, et allons chercher nos victuailles après récupération du matériel caché en sortie de canyon. On aura la chance de voir une salamandre noir et jaune planquée sous nos sacs…remarquable par sa livrée de taches très symétrique.
 
Il est maintenant l’heure de partir vers nos futures aventures. 1h de route pour rejoindre la Balme d’ Epy, pour notre sortie spéléologique du lendemain.
Mais pour nous remettre de nos émotions du jour et nous réparer à celles du lendemain, nous ferons un petit détour gastronomique à l’Auberge de la Chevrière de Nantey…
Ancienne ferme recyclée, cadre extérieur très agréable.
Accueil sympathique, décor intérieur classique agrémenté de quelques objets anciens sans excès, la propriétaire n’en a pas fait un musée !
Sol au dallage de respectables roches massives , de même que le plafond réalisé en double couche quinconcée de tranches de contre-dosses ou de faux-quartiers de chêne sur poutres, de remarquable facture.
Service efficace par une brave dame d’âge vénérable encore très alerte, pour une cuisine de qualité, et en quantité largement suffisante.
On appréciera le plateau de (bons) fromages laissé au service du convive et non pas parcimonieusement rationné comme on le rencontre trop souvent même dans des restaurants à tarifs élevés qui ne sont pourtant pas à 10 grammes de fromage près ! (NDLR)
Quant aux tarifs, justement, on découvrira trois formules à des prix très raisonnables, et nous recommandons chaudement cette auberge à nos lectrices et lecteurs, discrètement situé dans le petit village de Nantey (à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Saint-Amour par de bucoliques petites routes )!
Cette auberge est aussi un gîte d’étape.

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