La carrière Saint-Pierre de Première masse 012

L'aventure et l'évasion

La carrière Saint-Pierre de Première masse 012

7 février 2018 Carrières Gagny Spéléologie 0

La carrière Saint-Pierre de Gagny, haute masse.

La masse de gypse la plus « récente » est aussi la plu épaisse dans le Bassin  parisien…15 à 19 mètres !

Laissée totalement libre d’accès à tous publics, cette carrière, dont la principale entrée se trouve un peu partout sur les sites Internet, présente encore un certain intérêt malgré de nombreux comblements, bourrages, coulages qui en ont sensiblement réduit la surface visitable ou en ont dénaturé les paysages souterrains de sa belle époque.
Il en résulte une composition assez surprenante.

Quelques zones sont restées telles que la fin normale d’une exploitation de ce type les auraient laissées, c’est-à-dire d’immenses galeries de haute masse, de 15 à 19 mètres de hauteur, de section ogivale, transformant le sous-sol en cathédrale gothique. En plusieurs endroits, d’admirables et impressionnants boisages perdurent, plaqués au ciel, arc-boutés aux parois où les carriers ont taillé des sièges obliques que des cales en biseau solidarisent aux poutres, dont certaines monumentales.

D’autres espaces, septentrionaux, correspondent aux galeries de début de cavage, haut perchées, mais basses de ciel, en forme d e « T » pour préparer les futures galeries selon un schéma orthogonal. Celles-ci sont encore nombreuses à ne pas connaître de boisage, car de dernier n’est installé que lorsque le second palier d’exploitation commence à être mis en œuvre sauf si strate menaçante dès l’origine. On est donc dans la partie la plus récemment déposée de la haute masse.

Des secteurs présentent des bourrages « modernes » à base d’éléments inertes, dont terres lourdes, gravats, béton concassé, effectués par des engins de chantier dont les traces de roues ou de chenilles sont observables par endroits. Ces bourrages ont pour particularité de ne presque jamais atteindre les ciels, pour des raisons techniques et du fait du tassement progressif, ce qui laisse généralement le passage humain, quitte à devoir ramper.

D’autres endroits montrent clairement des remplissages par le haut, à la faveur de puits anciens ou récemment forés à cet effet. Les matériaux ainsi déchargés sont des granulats cimenteux de recyclage, souvent suivis d’une injection de boues marneuses épaisses donnant un aspect de pâte extrudée à leur émergence.

 

L’ensemble de ces opérations de comblement ou de consolidation donne l’impression de phases d’interventions successives plus ou moins anarchiques, mal coordonnées ou reflétant des méthodes fort différentes, voire des politiques de gestion technique variables.
Ceci transforme la visite de ces galeries en un véritable cross-country, où il n’est pas rare de déniveler 15 mètres dans un sens puis dans l’autre tous les cinquante mètres, cela sur des pentes à 45° voire un peu plus raides parfois, ces véritables petites collines impliquant des parties à quatre pattes ou à ramper lorsqu’elles sont oblongues. Il est aussi possible de trouver des gradins d’origine taillés dans la masse.

Malgré la volonté manifeste d’obstruer plusieurs entrées annexes, quelques unes sont restées praticables, parfois au prix de rentrer un peu boueux ou d’affronter des ronciers ! On en compte actuellement 6.
Les puits divers ayant tous été utilisés pour déverser des remblais, on ne peut plus qu’en observer le dessin du bord inférieur…seul l’un d’eux, qu’une grande tôle repliée a obstrué accidentellement quelques mètres avant les galeries permet de voir encore une base de puits d’aérage.

De très nombreuses poutres et petits boisages sont au sol et le plus souvent très décomposés. L’un des produits de cette décomposition est une poudre brune très fine dont certains secteurs sont largement teintés du fait du piétinement, et qui, en son temps, contribuait à amender le craon des champignonnistes.
De stupéfiantes moisissures se développent, d’un blanc pur à un jaune vif, présentant souvent un large développement arborescent d’un bel effet.
Un champignon tuberculeux très développé encore jamais rencontré suscitera l’intérêt bien qu’assez inesthétique à la différence des moisissures précédentes.
Dans cette carrière, où ne subsistent que très peu de traces des activités ouvrières ou industrielles, on peut trouver quelques éléments d’électrification, une carcasse de berline à benne et quelques rails Decauville,
Mais en revanche un éventail de soutènements et de cramponnages de la masse assez étonnants.
Outre les boisages de ciels, déjà évoqués, on rencontre de nombreux renforts ou supports, à base de métal et/ou de bois, des ancrages profonds à plaque de tôle boulonnées, certains aménagements relevant d’un travail de menuiserie autant que de charpentage.
Leur état de conservation est inégal mais plusieurs sont encore tout à fait fonctionnels.

S’agissant de la dangerosité, l’ensemble n’apparaît pas comme particulièrement menaçant, même si quelques endroits incitent à une grande prudence et à un passage assez rapide, « au cas où ». Cependant, toute visite de carrière non entretenue, notamment si les boisages et autres contreforts ne sont plus en place et en bon état, présente un risque, qui ne peut jamais être nul pas plus qu’évalué avec justesse.
Trop de facteurs peuvent influer et s’additionner, dont la plupart ne sont pas mesurables, pour qu’une quelconque prévision fiable puisse être proposée. Une probabilité peut être avancée, rien de plus…ici, la haute masse est imprévisible !
Du fait de sa grande accessibilité, cette exploitation est ou a été le lieu d’expression de divers tagueurs, mais leurs traces ne vont guère loin dans les galeries.
Il existe des balisages fléchés à la bombe de peinture, de couleurs diverses et souvent contradictoires…leur fiabilité suppose de bien les connaître !
On a pu trouver une sculpture digne d’intérêt à proximité d’une des rares installations de convivialité rencontrées. Quelques déchets alimentaires avec, hélas !

Il n’y a que très peu de cloisons maçonnées, dont une assez stupéfiante par sa hauteur, estimée à 18 mètres, et barrant la totalité d’une galerie pour limiter les courants d’air, la grande arche d’accès étant tout près. Un grand pilier maçonné de parpaings est aussi à remarquer.

Parmi les curiosités géologiques, la rétraction de coulées de marnes vertes a créé par endroits des sols largement crevassés. De très grosses diaclases peuvent être observées dans la partie Ouest de la haute masse. Du fait de l’absence de circulations d’eau visibles, on ne trouve quasiment aucun concrétionnement…une seule et modeste coulée calcitique a pu être observée sur un flanc de gradin.

Il n’y a que peu d’ordures ou déchets, du moins visibles à la surface du sol.
Un tunnel de jonction a vraisemblablement existé (noté sur des plans IGC) avec la a de seconde masse , sise au sud, mais sa sortie est noyée sous une montagne de remblais terreux.
Au final, carrière qui offre un grand intérêt quant à ses structures de renforcement et sécurisation des parois et ciels, nombreuses, variées, et de belle facture.
Regrettablement encombrée de remblais, mais restant aisément visitable. 5000 mètres environ de galeries à arpenter en tous sens, 3 à 4 heures peuvent facilement y être consacrées, et plusieurs sujets photographiques peuvent retenir l’attention.
Des petits groupes de jeunes peuvent y être rencontrés, sans problèmes à redouter en adoptant une attitude pacifique civile et respectueuse, et en considérant qu’ils sont a priori plus « chez eux » que les visiteurs curieux d’un jour…la Haute masse est un peu la leur !

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