TGRLIFRA 14 E 914
TGRLIFRA 14 E 914


La TGRLIFRA est la Très Grande Randonnée LIttorale FRAnçaise, une promenade pédestre de quelques milliers de kilomètres sur la côte manchoise puis atlantique, avec quelques particularités…
– le parcours suivi est préférentiellement et autant que possible, au plus près du flot, quel que soit le niveau de marée.


Bien entendu, il peut arriver que des structures artificielles interdisent tout passage pédestre, ou que la marée rende impossible un franchissement durant des heures.
Ou encore, qu’un arrêté municipal, préfectoral, voire ministériel déclare un passage illégal.


– le randonneur, la randonneuse, sont autonomes, sont donc indépendants de tout commerce, mais susceptibles de quémander de l’eau potable si aucune source ou fontaine n’est accessible durant leurs étapes. Bivouac systématique.
– L’impact écologique est réduit au maximum, donc pas deux véhicules pour les navettes…ouvertes à l’auto-stop ou transports en commun locaux, selon les cas


– Equipe de 1, 2, 3 ou 4 personnes au maximum .
– étapes calibrées à 25/35 km en moyenne, conditions rustiques, portage minimalisé.
Cette activité ne pouvant être menée en continu (estimation à 100 journées de la Belgique à l’Espagne) car nécessitant une trop importante disponibilité, elle est menée selon un séquençage chiffré, chaque séquence, (Ici la quatorzième : 14) étant composée d’étapes lettrées… (Ici la cinquième : E)


Les points kilométriques maritimes (PKM) sont comptés depuis la frontière belge, en suivant le trait de côte majeur. Il peut donc y avoir des longueurs non parcourues à pied du fait d’obstacles incontournables.
Les parcours pédestres sont en kilomètres effectifs, (PK) qui diffèrent régulièrement des PKM du fait d’incursions dans les terres ou dans les villes et villages.
Etape N° 47 14 E : de Landunvez à Kerhornou ( PKM 1444 à 1499 général)


Quelques gouttelettes de pluie se manifestant vers 7 heures, il semble prudent de plier bagages plutôt que risquer d’avoir un duvet imbibé d’eau, pau favorable à un bon sommeil des nuits suivantes et surtout, devenant très lourd à porter sur le dos.
Finalement, l’épisode ne dura que quelques minutes, d’une pluie vraiment discrète.
Cela me fit donc démarrer environ une heure plus tôt que d’ordinaire !
L’itinéraire prévu ne compte aucune coupure possible par l’estran, mais un petit passage de 4 ou 5 km en auto-stop pour éviter de devoir parcourir l’intégralité des rives du prochain aber, soit plus de 13 km aller et retour.


C’est une côte rocheuse dont les hauteurs avoisinent 15 à 20 m d’altitude, avec une majorité d’à-pics, formant une trait de côte très découpé, voire déchiqueté, tant et si bien que sauf à marée basse, avec de bons coefficients, il est compliqué voire dangereux de longer de près le rivage ferme, car des pierres voire gros blocs se détachent régulièrement des parois


Concernant la TGRLIFRA, définie par le littoral français, il est intéressant de constater que la limite mer/fleuve est définie par décret pour les plus grands cours d’eau (quelques exemples bretons ci-après) mais reste floue pour tous les petits fleuves côtiers.
Elle correspond, en gros, à la zone atteinte par les hautes mers de vives-eaux « normales ».


Pour l’Aber-Wrac’h, cela représente plus de 13 km de cours remontant dans les terres !
Pour un randonneur fidèle au littoral naturel ainsi défini, cela représente bien plus encore, car le tracé est très contourné, comporte des évitements de propriétés privées, et dessine de multiples pentes…environ 30 km !
Réduit au GR 34 qui emprunte le pont de Paluden, il en reste encore 20…
Mais la prise en compte de SJV élimine les abers, en imaginant une ligne droite à l’entrée estimée de l’estuaire…soit à peine 3 km de PKM dans le cas présent. C’est évidemment une appréciation arbitraire !


Pour cette étape, c’est de l’Aber-Ildut dont il va s’agir, et pour lequel un saut en auto-stop de 4,5 km est prévu pour éviter un trop long parcours d’estuaire dont il ne sera effectué que la descente en rive gauche, qui est la partie la plus esthétique et historiquement intéressante, soit 8 km (presque deux fois la longueur du cours, tant la rive est découpée.)


Depuis Landunvez, l’itinéraire offre de jolis points de vue à chaque éperon côtier, émaillé de rochers étonnants, parfois perchés, de menhirs, cromlechs et dolmens ou assimilés, ainsi que d’édifices religieux contemporains, stèles, lavoirs, blockhaus…
Plus trivialement, Porspoder compte une « supérette U », « u » comme « utile », et ce sera effectif ce jour-là !


Afin de limiter un peu le poids des vivres à porter pour près de 7 jours, l’acquisition de saucisses était prévue « quelque part », et ce magasin tombait à point !. Étonnamment étendu en rapport à sa modeste façade, et remarquablement organisé, on y trouve une foule de choses, notamment au rayon alimentaire. En son sens originel, on peut parler ici d’un bel achalandage !


J’y trouve le produit voulu et conditionné comme il me le faut : 2 x 2 saucisses de Montbéliard de 125 g chacune…qui vont succéder à une saucisse sèche aux noisettes avec générosité ! De quoi lipo-protéiner-saler quatre repas à venir… tout en flattant l’appétit. PK 06,00
L’itinéraire côtier qui va suivre, à forte dominante rocheuse, ne permettra que de très courts passages sur l’estran, mais il n’y arien à regretter.


Parsemé de petits îlots, d’écueils où les vagues se brisent en écumant, de presqu’îles, et de mini-plages enserrées entre des roches sombres, le paysage n’est jamais lassant, jusqu’au rocher du Crapaud, qui marque l’embouchure de l’Aber-Ildut. PK 13,00.
Une première prise en charge après moins de 5 minutes d’attente me fait parcourir quelques kilomètres dans une voiture anglaise luxueuse…qui me dépose face à une église au clocher très ajouré. Moins de 10 minutes après, ce sera un couple dans un fourgon aménagé qui m’amèneront exactement où il le fallait, ayant modifié leur parcours exprès pour moi…je suis au Pont Rheun ( Pont de la colline, en français !)
L’aber Ildut est plutôt esthétique en cet endroit, avec un aspect de rivière sauvage, très végétalisée. En chemin je trouve une belle pomme tombée qui améliorera mon repas…cependant que l’aber s’élargit et devient plus « marin », plus gris, plus vaseux car on est à marée basse.
Plusieurs bâtisses fortifiées sont visibles sur la berge opposée, dont une avec quatre canons restaurés encore en place, ils défendaient l’accès des terres par la mer. (moins de 20 km de Brest en ligne directe)
Peu à peu, l’espace s’ouvre avec de plus en plus de vestiges de bâtiments de défense ou de régulation, mais aussi d’exploitation, notamment du granite et de la pêche. Les lieux sont discrètement aménagés, et comportent quelques panneaux d’explication, bienvenus.
Porscav, PK 26,00 dont 5 en voiture.
De cette région sera extrait le granite qui sera taillé aux fins de servir de piédestal à l’obélisque de Louxor offert à la France par l’Egypte (1835)…plus de 200 tonnes !
Ces blocs énormes seront chargés dans un navire « trois-mâts » qu’on a préalablement coupé en deux pour qu’ils puissent y entrer, puis acheminés à Paris, via la Seine, en deux mois !


Le parcours côtier qui va suivre sera très comparable à celui ayant précédé l’Aber, passant par la Pointe de Corsen, PK 35,00 dont 5 en voiture.
Le ravitaillement en eau ne sera pas commode car la fontaine publique indiquée sur les cartes est hors d’usage, et le hameau de Kerhornou presque désert ! (Et très pentu !)
Ce sera auprès d’une petite chapelle isolée (Loc Meven) et d’un champ de courges doux-beurre que le bivouac pourra être installé, sous des peupliers…PK 40,00 dont 5 en voiture…
Un bon moment sera consacré à l’étude de la suite car il faut bien doser l’affaire de sorte à assurer une arrivée en gare de Brest avec une marge de sécurité, le mardi. Une fois de plus, la soirée est très douce, aucun vent, température presque estivale !
En vert clair puis foncé, les deux petits tronçons faits en auto-stop.

