Petit coup d’hiver 384

L'aventure et l'évasion

Petit coup d’hiver 384

19 février 2021 carrières diverses Randonnée 0

Petit coup d’hiver           384

Dans notre région « A », selon la sectorisation de la FFS, si pauvre en phénomènes karstiques, les hivers sont de moins en moins marqués depuis le dernier demi-siècle, il est loin le temps où l’on pouvait encore traverser les canaux franciliens en marchant sur la glace…De même le temps où les enfants remplissaient à ras bord des lessiveuses de neige et les retournaient pour en faire le corps des bonhommes de neige, lesquels tenaient leur rang dans le jardin durant 2 ou 3 semaines avec leur carotte nasale et leur deux boulets de charbon oculaires, un balai planté sous le bras, sans broncher !
C’est pourquoi, désormais, le moindre petit épisode vaguement hivernal avec neige et glace au programme peut prendre un caractère événementiel…avec les divers désordres routiers, ferroviaires et électriques que l’on connaît.
L’un d’eux, récemment survenu, fut l’occasion d’une petite excursion locale, improvisée, juste « pour voir ».

Nous partîmes donc d’un point bas d’une des collines environnantes, et entrâmes au cœur des bois défeuillés, sans autre chemin que ceux dessinés par les empreintes de pattes, sabots ou griffes, de quelques animaux sauvages ou ensauvagés, en errance…
Le parcours  devint plutôt sportif et agrémenté de nombreux obstacles, branchus, griffus, glissants, nos amis quadrupèdes les plus fréquents n’ayant ni la même corpulence ni les mêmes lourdeurs et raideur que nos grandes carcasses humaines ! Sans parler de leur adhérence au sol ni de leur pelage protecteur à divers titres…

Ainsi guidés par les traces animales, nous surgîmes au sein de monticules fort glaiseux plantés naturellement de robiniers aux impressionnantes épines de ce brun noirâtre luisant qui tient quiconque à respectable distance !
Il fallut se faufiler, se courber, presque ramper pour franchir un entrelacs de ronces et d’épines noires de prunelliers, à genoux dans les mousses enneigées raidies par la froidure ambiante…Moins trois degrés, paraît-il.

Nous émergeâmes alors face à une ruine cambrée, tout de briques bâtie, qui nous inspira un ancien four à plâtre, du temps où on le produisait en mettant le feu à un empilement de couches de gypse broyé et de lits de branchages secs ou de charbon de bois. 
On obtenait alors un plâtre grossier mêlé de petits bouts de bois carbonisé, qui n’en était pas moins un bien bon plâtre de construction. Mais, en l’état, ce ne fut qu’une hypothèse…Peut-être un four…(?)

Nous reprîmes le cheminement, un peu moins délicat et destructeur des vêtements, visant en contrebas ce qui faisait figure d’ancien chemin plus large. Ce dernier nous mena à d’autres ruines, vraisemblablement plus récentes, d’un style proche de baraquements de chantier accotés à un semblant de transformateur électrique.

Le « chemin » large, abondamment piqueté d’un hallier serré et de taillis en alternance finit par s’éclaircir pour s’ouvrir sur une étendue terreuse qu’une maigre végétation habillait de squelettes noirâtres coiffés d’une pellicule givrée.

 


Au-delà, des pentes relevées guidaient le regard vers de véritables falaises marneuses, jusqu’alors indétectables, et fort inattendues en ces parages péri-urbains…qui, ici placé sans autre information, imaginerait que des centres commerciaux géants ne se trouvent qu’à 400 mètres de là ?

Trônant dans cet amphithéâtre minéral dénudé, aux pieds drapés d’un voilage nival, apparurent alors deux grandes arcades sombres, dressées et formées comme les portes d’une cathédrale, et dont l’appel à l’aventure se fit entendre aussitôt à nos esprits audacieux.
Nos entreprîmes instamment l’ascension de ces tertres que le gel rendaient fort heureusement très fermes, faute de quoi nous aurions dû connaître le supplice des bottes lestées et des ripages incontrôlés dans ces sols bourbeux.
Pour autant ce ne fut pas si facile sans devoir poser voire plonger les mains dans le flanc glacé du dévers, aux fins d’éviter une dégringolade aussi pénible que salissante.

 

Parvenus aux abords des antres, nous constatâmes avec joie, et même émerveillement, que leur pourtour était décoré d’une prestigieuse parure de stalactites de glace !
Revenus de notre agréable surprise, nous nous prîmes à contempler tout cela puis à tenter d’en fixer l’image pour la partager au retour avec quelque amatrice ou amateur de nature.

 

 

 

 

De même, la seconde entrée, indiscutablement cavage de carrière de gypse, tout comme la première, présentait-elle un ensemble remarquable de ces formations par essence éphémères en ces contrées banlieusardes.
Nous laissâmes un moment fleurir nos imaginations sur les groupes de stalagmites, certes bien moins gracieuses que leurs consœurs suspendues, mais davantage évocatrices par la diversité de leurs formes.
L’on voit, qui des créatures bestiales diverses, qui des silhouettes humanoïdes, qui encore des constructions villageoises…

Mais nous voici déjà repartis pour une nouvelle traversée d’un maquis touffu, et de grandes enjambées furent indispensables au survol d’une mer de ronces courbées en vagues croisées…de toute évidence, les lieux n’étaient guère fréquentés !
Lorsque, enfin, nous finîmes par émerger au sommet de cette grande cuvette de carriers, estimée à 250 mètres selon son grand arc, c’est un petit bois bien plus facile à parcourir qui nous accueillit…Nous décidâmes alors de suivre la lisière suspendue, laquelle nous offrit en permanence une vue en balcon sur la grande plaine du Parisis.

Cheminant sur les coulées de chevreuils, dans les taillis blanchis constellés de cristaux suspendus, nous parvînmes à une aire spongieuse dont les godets dissimulés entre les touffes herbeuses laissaient craqueler la glace de leur boue à demi gelée sous les pas. 

Avançant plus prudemment dans ce qui devenait ainsi quelque peu marécageux, nous débouchâmes soudainement sur une vaste flaque de glace auréolée du plus gracieux effet, au gré des arbrisseaux cernés par les eaux figées.
Veillant soigneusement à ne pas briser ce tableau improbable, unique, et condamné à disparaître, qui n’aura certainement jamais d’autre admirateur qu’à cet instant précis, nous contournâmes cette œuvre de l’hiver et reprîmes un peu d’altitude pour retrouver une sente plus passagère, ce qui ne tarda point.

Un rayon de soleil et des chants d’oiseaux, en dépit de cet épisode de froid, nous accompagnèrent durant deux ou trois kilomètres parcourus sans itinéraire précis, et qui nous valurent d’être coincés par un vague grillage dans lequel nous trouvâmes très vite une ouverture « accidentelle » due à la chute d’une grosse branche…
C’est alors qu’une seconde et immense carrière à ciel ouvert s’ouvrit devant nous, de toute évidence désaffectée depuis longtemps…elle aussi présentant des cavages en grande partie remblayés et, grande joie renouvelée, nous y apercevons des formations de glace !

 

Compte tenu de la distance qui nous en séparait, elles nous parurent devoir être bien plus grandes que les précédentes, et nous désirâmes en avoir le cœur net.
Les atteindre fut encore une sérieuse affaire car une vilaine corniche scabreuse en défendait l’approche, suivie d’une longue marche dans un glacis fangeux qui nous mit un kilogramme de glaise par botte !
Mais quel spectacle et quelle récompense ! Outre les compositions étincelantes que nous avions repérées, d’autres nous apparurent dans des angles rentrants, offrant autant de surprises que de beautés pures d’une eau sculptée par le gel et la bise conjugués.

Nous nous délectâmes de cette exposition sauvage en l’admirant sous divers plans et angles, nombre de photographies en prime !
Rassasiés de tout ce que nous avons pu observer  et le temps déjà venu de rentrer avant ce diable de couvre-feu, complètement insensé en ces lieux et circonstances, nous dûmes gravir à nouveaux les versants puis regagner les environs urbains par de sages voies piétonnières usuelles et grisâtres…quel contraste !

 

 

Ce fut un bon bol d’air, une jolie évasion, il ne restait plus qu’à en écrire une petite narration…émaillée de clichés bien pâles à côté des réalités dont ils sont tirés…et c’est fait !

Les lectrices et lecteurs qui ont eu la patience et l’intérêt de parcourir cet article jusqu’ici, seront gratifiés d’une petite série de photos supplémentaires à la suite de cette présentation.
Bien que prises à l’aide d’un simple appareil téléphonique, elles rendent bien la beauté de ces superbes formations que peuvent être les stalactites de glace, et ce jour-là, en plus d’être belles, certaines mesuraient plus de deux mètres, après seulement trois jours de froid.

 

             

              

               

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