Désobstruction de rivière 587

L'aventure et l'évasion

Désobstruction de rivière 587

11 octobre 2022 Canoë 0

 

Désobstruction de rivière     587

Tout comme pour les canyons, les grottes, il arrive qu’il faille dégager le passage nécessaire à une progression sur une rivière pour le rendre « humain », avec un minimum de sécurité.
Cette situation se rencontre fréquemment sur les « petites » rivières, classées non domaniales, c’est à dire privées, et dont les propriétaires n’assurent pas ou mal ou trop rarement l’entretien.
Ce sont souvent des rivières non pêchées, rarement naviguées, et ceci ne fait qu’accroître la dégradation du cours d’eau…fond irrégulier, berges creusées, végétation débordante, arbres et branches en travers, embâcles, déchets flottants…
L’occasion s’est présentée à SJV de désobstruer 2400 m d’une rivière de plaine (Classe 1 (2)), et c’est avec entrain qu’un binôme de courageux volontaires s’est engagé dans cette aventure, car c’en fut bien une…en dépit d’une reconnaissance visuelle à distance précédemment menée des bords,  qui ne laissait présager aucune difficulté particulière…

 

Nous partons donc tout guillerets pour un travail d’une durée estimée à 4 heures maximum, à deux.
Matériel : cuissardes et Waders (salopette étanche), sacs à dos grande taille pour fourre-tout, scie à bûches, scie égoïne, scie à métaux, scie-sabre sur batterie + batterie de rechange, piochon, piochon-sarclette, deux sécateurs classiques, un sécateur à branchages, gants, appareil photographique, corde…et un peu d’eau à boire. Pique-nique a priori inutile.  Départ 8 h30.

Mise en œuvre vers 9 h après quelques centaines de mètres de marche d’approche.
On commence par accéder aux rives moyennant quelques foulées au travers des orties, et c’est l’enfilage des protections des membres inférieurs.
La descente à l’eau est facilitée par une coulée terreuse et des branches de maintien… (1)
Premier constat : le fond se révèle « mou », ce qui amène le niveau de l’eau bien plus haut qu’estimable du bord, mais ça tient…60 cm environ pour 75 de cuissardes, dont 15 dans le sédiment.
On observe le débouché de tunnels jumelés de 40 m de longueur environ qu’il serait tentant de passer en canoë, mais l’accès amont semble compliqué.
Notre progression prudente s’annonce plus lente que prévu du fait du peu de marge avant immersion des cuissardes !
Plusieurs petits obstacles sont  peu à peu éliminés avant d’atteindre un premier arbre tombé qu’il fallut scier à la machine et à la main, la lame de la machine étant trop courte. Puis tout recaler sur une berge.

Une seconde intervention du même type eut lieu, mais seule la salopette imperméable permit à Gigi la meilleure fonctionnalité, car on atteignit 80 à 90  cm en divers endroits.

De nombreuses branches plus loin, un petit affluent fut observé en rive gauche, (2) de peu de débit, mais la confluence était profonde, on atteignit 1 m !
Très encombrée, il fallut beaucoup de temps pour la dégager et atteindre un troisième arbre sectionné tombé sur un autre.
C’est là le premier embâcle sérieux, garni de divers déchets, mais en quantité finalement très faible au regard de ce que l’on trouve ailleurs, hélas…
L’analyse de la carte permet de constater que la plupart de ces déchets ne peuvent venir que de ce que le pont et les fossés d’une voie rapide peuvent lui apporter lors de rejets directs volontaires du haut du pont ou véhiculés par de fortes pluies s’écoulant dans les fossés.

Un long travail de dégagement et surtout de sciage entièrement manuel vu le diamètre du tronc est alors entrepris et se soldera par une « victoire » totale ! Mais, là encore, la salopette a sauvé la situation, le lit de la rivière bien trop profond pour des cuissardes standard !
Beaucoup moins d’orties, mais des ronces et épinettes à foison vont border le tronçon suivant, bien moins profond, au sol pierreux, donnant même naissance à de petits « rapides » successifs de quelques décamètres, parfois avec à peine 20 cm d’eau, voire 10 au cœur des « rapides ». (3)
Le cours d’eau a une largeur d’environ 4 mètres…Son débit moyen en octobre étant d’environ 360 litres/seconde…on en a déduit que sa vitesse moyenne avoisinait 3 à 3,5 km/h !!!
Ce sera le lieu et le moment d’une première chute suite à la rencontre inopinée d’un rocher malicieux…sans gravité  corporelle, mais le sac à dos s’est partiellement empli, dont une batterie qui n’avait pas été précautionneusement emballée dans un sac plastique étanche…négligence qui coûte cher, ces batteries au lithium étant de plus en plus onéreuses !
On déplorera aussi le petit bain forcé d’un sandwich emporté « au cas où », qui le fera considérer comme impropre à la consommation humaine.
Désormais les jambes seront donc comme dans l’eau ou très mouillées !
Pour autant on ne saurait être insensible à l’esthétique de ce petit cours d’eau tout en creux et sous les voûtes de branchages parés des couleurs d’automne, d’où surgissent des oiseaux, de temps en temps.
Le tableau général peut cependant être gâché par le trouble de l’eau que nous avons fortement agitée depuis des heures déjà, et qui paraît sombre.
Le lit est en effet souvent tapissé d’une vase noirâtre résultant à la fois de la sédimentation de terres diverses, de la putréfaction naturelle des végétaux qui s’y accumulent, notamment de grandes quantités de feuilles d’arbre, et, malheureusement, d’effluents divers liés à l’activité humaine…ces derniers pouvant provenir de sources ménagères, industrielles, agricoles tout au long du cours de cette rivière mais aussi de ses nombreux affluents.
Dans certains endroits, l’agitation soutenue de ces boues noires dégage, de surcroît,  des gaz désagréables.
Naviguer paraît néanmoins réalisable

 

en évitant le plus possible de descendre des bateaux et de pagayer trop profondément…laissant ainsi à l’onde des odeurs presque indiscernables et des couleurs translucides »normales ».
Sortant de ces considérations, on découvre alors un pont de facture ancienne, tout en pierre, et élégamment décoré de lierres pendants, immédiatement suivi d’une diffluence.(4)
Un bras mineur en rive droite sera délaissé, car pour naviguer, seul le bras majeur reste d’un niveau correct.
Il démarre sur un seuil à planches totalement ouvert formant une chute d’eau très modeste de 20 cm environ, immédiatement suivie d’un radier pierreux sur quelques mètres créant un « rapide » prononcé.

Un dégagement approximatif de plusieurs grosses pierres redonna une veine d’eau plus porteuse, mais des canoés « racleront » quand même !
A la faveur de ce travail de terrassier, il apparut clairement qu’après une dizaine de minutes l’eau courante  redevenait de moins en moins sale d’aspect, illustrant le propos précédent…rivière à la rigueur navigable si on n’en remue pas le fond !

On retrouve une zone à orties avec divers petits obstacles et les sécateurs gros ou petit sont très actifs !
Beaucoup de tailles avant d’atteindre un premier pont routier qui laisse une bonne hauteur d’homme ou presque sur 10 mètres (5), puis un second pont beaucoup plus vaste, sur 30 mètres avec des grilles très larges (6), suivi d’un troisième à usage agricole ou technique à hauteur d’homme lui aussi (7).
C’est à nouveau un secteur peuplé de très grandes orties qui s’annonce après un embâcle rapidement maîtrisé et de gros arbres tombés peu gênants car les rives sont hautes…on passe facilement en-dessous !
Ce secteur va présenter trois seuils rocheux de faible hauteur mais irréductibles, des canoës ne passeront pas sans dégâts ou sans poser pied.

Tout va toujours bien, mais le temps passe vite…on en est à 5 heures d’activité sans aucune pause.
La rivière coule à présent hors des forêts, entre deux berges hautes de plusieurs mètres et très pentues, une artificialisation mécanique étant manifestement passée par là.(8)
Le travail d’aménagement-jardinage se poursuit sans trop de difficulté, les cuissardes juste suffisantes, on sectionne, on scie, on sectionne on scie…
et soudain, le sol se dérobe sous les pieds, c’est l’enfoncement brutal à 1,4 m et remonter sur la berge s’avèrera difficile, vu sa nature gadouilleuse donc glissante, et le poids des cuissardes pleines d’eau + sac à dos bien mouillé et chargé d’eau lui aussi…
Un peu moins de dégâts matériels cette fois car tout avait été rangé dans la poche supérieure du sac… devenu très lourd car complètement imbibé d’eau…

A partir de ce point, il fallut constamment sonder le fond et serrer la rive de près en se tenant toujours sur ses gardes, à chaque pas ou presque.
C’est aussi la zone dans laquelle une arrivée d’eau issue d’une station d’épuration vient ajouter du débit…mais aussi une couleur peu ragoûtante !(9)

Avec la salopette, Gigi n’a pas ce problème et progresse presque normalement, de l’eau au bas-ventre seulement…lorsque c’est le plouf !!!
Lui aussi fut victime d’un « trou » inattendu au beau milieu de la rivière que son eau opacifiée par nos élucubrations ne pouvait laisser deviner…au moins 1,5  m et sûrement davantage car le pauvre n’avait même plus pied ! (10)
Lui qui avait réussi à rester sec jusqu’alors…Nous sommes désormais deux à être mouillés dans nos protections anti-eau !
Nous nous attaquons  à notre troisième embâcle sérieux…qui s’étend sur plus de 10 mètres et a formé une véritable île sur laquelle on peut marcher.
Nous n’envisageons pas de l’éliminer complètement vu le volume à remuer et faute de place pour évacuer tout cela, mais entreprenons d’y tracer une veine d’eau réduite et sinueuse…un genre de slalom quoi !

Nous constatons là aussi que la quantité de déchets flottants est plutôt réduite, certes toujours trop importante, mais beaucoup moins qu’on ne le voyait voici encore dix ans…tant mieux !
Nous n’avons pas encore fini, et il faut toujours progresser avec une sonde et des précautions, nul n’ayant envie de se baigner à nouveau dans ces conditions.
Un ultime ru vient ajouter une eau plutôt claire cette fois, issue d’une résurgence de nappe phréatique peu profonde.(11)
Il n’y aura plus d’embâcle, seulement beaucoup de branchages bas, les derniers juste avant la passerelle finale qui surplombe le débouché de la rivière dans un cours d’eau plus important. Là aussi il fallut être méfiant…le lit marquant une grande marche !
Ressortir de la rivière avec ses rives de quatre mètres, très raides, ne fut vraiment possible que grâce à l’abondante végétation qui les couvre, car sans elle il eut fallu tailler des marches dans la terre ! (12)

 

Le retour au véhicule, moyennant 2700 mètres sur terrain facile et plat, nous offrit une exposition au soleil…à 16 heures !
Nous aurons passé 7 heures non-stop à arpenter ce cours d’eau et à en éliminer tout ce qui semblait entraver la progression sereine de canoës ou de kayaks courts.
Cette partie réhabilitée, représentera peut-être 30 à 40 minutes de navigation seulement, mais il suffira d’enchaîner sur la grosse rivière qui suit pour constituer une petite sortie agréable  entre amis !
Notons pour nos  lecteurs qu’il ne s’agit en aucun cas d’inciter qui que ce soit à se lancer dans de telles excursions sans qu’ils aient eux-mêmes effectué une reconnaissance du parcours…car une rivière qui ne fait pas l’objet d’une surveillance et d’un entretien très fréquents peut réserver beaucoup de (mauvaises) surprises.
Aux moindres travaux forestiers, à la moindre crue, à la moindre « tempête », le cours peut se trouver (très) encombré et, compte-tenu des rives ici très hautes et très raides, en ressortir avec des embarcations lourdes et encombrantes ne serait pas une mince affaire ! Par ailleurs, il convient de s’informer quant à d’éventuelles interdictions ou règlementations officielles (Arrêtés municipaux, préfectoraux, ministériels…).

 

L’observation des laisses de crue montre une élévation possible du niveau de l’ordre du mètre, ce qui rendrait la navigation dangereuse sous les branches basses, et ne permettrait pas le passage sous le deuxième pont (risque élevé de prise en cravate et submersion sous le tablier).
De même en cas de crue, les drossages contre rives inhospitalières seraient inévitables compte tenu du peu de largeur pour manœuvrer.
Si les petites rivières ont beaucoup de charme, elles ne peuvent avoir tous les avantages des grandes !   

Ainsi s’acheva la désobstruction de la rivière, dans la joie et la bonne humeur…après 7 heures dans l’eau ! Bravo à la belle équipe !

                   

 

 

 

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