La grotte du Nouveau Réseau (Trois-Fontaines) 559

L'aventure et l'évasion

La grotte du Nouveau Réseau (Trois-Fontaines) 559

4 juillet 2022 Spéléologie 0

La grotte du Nouveau Réseau (Trois-Fontaines)     559

Cette cavité est connue de longue date, et une topographie de 1972 en est accessible sur Internet, fort précise.
Sa description mérite d’être détaillée aux fins de rendre service à nos lectrices et lecteurs qui décideraient d’en entreprendre la visite, ce qui pourra être pris aussi bien comme encouragement qu’en mise en garde, c’est selon les critères de tout un chacun !

1) Accès.
Sortir de Robert-Espagne par la route des Trois-Fontaines, vers l’Ouest.
Cette route devient le Chemin Communal C3, passer sous un petit pont étroit et gagner une croisée majeure de routes forestières 2850 m après ce pont, où on peut aisément se garer, aux Haies de la Vieille Grange (Point coté 204 sur IGN 1/25000ème)

Les véhicules à moteur n’étant pas autorisés à circuler dans la Forêt de Trois-Fontaines, au risque d’une amende et/ou de se voir barricadés par les Agents de l’ONF qui cadenassent les issues à certaines heures de la journée, le parcours pédestre très simple peut alors être celui-ci :  (environ 800 m au total)
Partir vers le SSE sur 670 m environ et tourner (à droite) vers l’Ouest sur une large route forestière à nouveau, que l’on quitte à droite encore, 120 mètres plus loin, et on file plein Nord, sur 30 m en sous-bois.
Pour les GPSophiles :  X : 846277      Y  : 6850220    Z : 204 m

On est alors en présence du gouffre-regard, cerné d’une ancienne clôture grillagée qu’un gros arbre tombé depuis des années a écrasée à l’est.

Topo 1972 A.S.H.M.

2) Description

La doline aux pentes assez raides, se descend aisément par l’Est, jusqu’à une entrée basse boueuse donnant rapidement sur un bel élargissement.
On aborde alors une galerie de bonnes dimensions avec un chenal d’écoulement intermittent pentu sur une dizaine de mètres, qui donne sur un joli puits d’une douzaine de mètres.
Au départ de cette pente, on trouve un gros rail d’amarrage.
On en trouve un second à la verticale du puits, et entre ces deux rails, il est aisé de progresser en hauteur et à niveau grâce à des strates formant des margelles. On peut alors poser un équipement « haut ».

 

 

L’équipement peut aussi se réaliser en gardant les pieds « sur terre », et on trouve alors (après le premier rail) une broche artisanale à main gauche à hauteur d’épaule (maillon de chaîne soudé sur fer à béton) qui facilite cet équipement « bas », 3 mètres avant la gueule du puits.
Mais il faut aussi utiliser le second rail, c’est l’occasion d’un équipement dit « en faux facteur 2 ».

Ce puits est esthétique, confortable, il peut être bien arrosé par temps de pluie…
(Photo Baptiste Chasseigne, du GERSM)
Toute cette zone est épisodiquement douchée, donc bien propre !
C’est aussi l’endroit où on peut se débarrasser du matériel de progression sur corde qui ne sera plus utile, soit dans un petit coin, soit dans le sac…ce sera bien apprécié ultérieurement à la fois pour l’aisance de la progression et la protection contre l’englaisement !
Quelque 15 mètres suffisent pour franchir un ressaut glaiseux mais ferme, puis une courte remontée caillouteuse et se retrouver face à un très gros bloc coincé faisant obstruction…
La suite est en effet un peu avant, en contrebas, par un passage surbaissé livrant aussitôt une circulation facile dans un méandre que l’on suit 20 mètres et qui achoppe sur un comblement.

 

Photo Baptiste Chasseigne

La suite est en effet en hauteur, un peu avant et à main droite dans le sens d’arrivée, sous l’aspect d’un petit méandre au profil « clé/serrure », la « tige » permettant un passage assez facile, le « paneton » assez profond mais étroit ne faisant courir aucun risque sinon de coincer une botte çà et là. Ce passage ne dure qu’à peine  20 mètres et s’achève sur une micro-salle à la base d’une cheminée borgne remontant sur 12 mètres, dite « Salle du mât », lequel mât n’est plus en place !
On continue par une sorte de lucarne basse donnant sur une petite descente échelonnée de quelques mètres.
A main droite, un cul-de-sac à la base d’une petite cheminée borgne.
A main gauche, le départ d’un nouveau méandre en clé/serrure où peut circuler un ruisselet affluent.
La progression s’y réalise sur près de 50 mètres,  tantôt à quatre pattes, tantôt sur une jambe dans le « paneton », car ce méandre présente des surcreusements entrecroisés.
Il présente aussi de nombreux dépôts d’une argile plus ou moins fluide, percés d’auréoles blanchâtres que la stillation dessine sur le calcaire sous-jacent…cela variant au gré des précipitations extérieures.
Cette argile a tôt fait d’enduire les spéléologues…avant qu’ils arrivent au balcon (lui aussi glaiseux et glissant) surplombant le ruisseau d’environ 3 mètres.

Ce cran vertical peut se franchir facilement (mais prudemment) en opposition, pour les personnes de taille « adulte ».
On peut préférer poser une petite corde à nœuds sur ganses, et aucun amarrage artificiel n’apparaissant, on doit recourir à une très large boucle nouée embrassant un mamelon de glaise ferme (ou un rocher englaisé de longue date) dans lequel il est facile de creuser un sillon pour stabiliser la corde (compter près de dix mètres entre le cerclage, la descente et les divers nœuds !).
Cet endroit présente selon nous le concrétionnement le plus notoire de la grotte, avec une coulée stalagmitique de ruissellement formant demi-colonnade sur 3 mètres environ.
Suivre le courant du ruisseau va conduire à un siphon, à moins de 20 mètres.
En revanche, on peut remonter son cours dans une jolie galerie active, dont la largeur avoisine le mètre, la hauteur 3 mètres, cette seconde dimension décroissant peu à peu.

 

Après 50 mètres on découvre quelques modestes marmites formant mini-cascatelles, de nombreuses mais toutes petites stalactites sur un ciel plat, et quelques concrétions pariétales mineures sur quelques dizaines de mètres, après quoi la galerie s’abaisse sensiblement, tend à l’élargir et à s’abaisser encore après 300 mètres, hauteur de l’ordre de 70 cm…
On peut insister encore 200 mètres environ pour atteindre le stade du rampement dans l’eau, le dos au plafond, mais au-delà, le corps formant un auto-barrage, les choses se compliquent fortement, en plus du froid…
Seul un étiage maximal pourrait permettre d’aller au bout du bout humainement franchissable, estimé à 600 m du balcon d’accès…et, en toute logique karstique et hydrologique, sans aucun espoir d’une quelconque suite accessible.
Le retour est tout naturellement imposé, avec l’idée que l’enduction généralisée des bottes, des gants ou mains,  et des combinaisons par cette fameuse argile « molle » rendra la progression un peu plus délicate dans les méandres, tartinés par des centaines de passages de spéléologues englués !

3)Equipement

Au total, l’équipement standard a minima ne réclame qu’une corde de 25 m et deux mousquetons, ces deux derniers pouvant même être évités moyennant un équipement « à la seule corde » parfaitement sécuritaire mais qui réclame un peu de patience !

Cette cavité modeste est donc un condensé de diverses situations rencontrées en spéléologie. Ce qu’on pourrait lui « reprocher » serait d’être pauvre en concrétions, et de faire ressortir les gens « couleur argile », sauf si le puits est arrosé !
La parcourir tranquillement réclame bien 2 à 3 heures voire 4 (selon l’effectif de l’équipe) et emporter au moins de quoi boire paraît conseillé.

Au vu du cheminement, il serait malaisé de ressortir une personne sur civière, la prudence s’impose donc d’autant plus qu’à l’ordinaire des cavités aux larges circulations !
En toutes circonstances, rester humble sous terre est une assurance-vie…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *