TGRLIFRA 10 C 851
TGRLIFRA 10 C 851


La TGRLIFRA est la Très Grande Randonnée LIttorale FRAnçaise, une promenade pédestre de quelques milliers de kilomètres sur la côte manchoise puis atlantique, avec quelques particularités…
– le parcours suivi est préférentiellement et autant que possible, au plus près du flot, quel que soit le niveau de marée.


Bien entendu, il peut arriver que des structures artificielles interdisent tout passage pédestre, ou que la marée rende impossible un franchissement durant des heures.
Ou encore, qu’un arrêté municipal, préfectoral, voire ministériel déclare un passage illégal.


– le randonneur, la randonneuse, sont autonomes, sont donc indépendants de tout commerce, mais susceptibles de quémander de l’eau potable si aucune source ou fontaine n’est accessible durant leurs étapes. Bivouac systématique.


– L’impact écologique est réduit au maximum, donc pas deux véhicules pour les navettes…ouvertes à l’auto-stop ou transports en commun locaux, selon les cas
– Equipe de 1, 2, 3 ou 4 personnes au maximum.


– étapes calibrées à 25/35 km en moyenne, conditions rustiques, portage minimalisé. Cette activité ne pouvant être menée en continu (estimation à 100 journées de la Belgique à l’Espagne) car nécessitant une trop importante disponibilité, elle est menée selon un séquençage chiffré, chaque séquence, (Ici la onzième : 11) étant composée d’étapes lettrées… (Ici la troisiéme : C )


Les points kilométriques maritimes (PKM) sont comptés depuis la frontière belge, en suivant le trait de côte majeur. Il peut donc y avoir des longueurs non parcourues à pied du fait d’obstacles incontournables. Les parcours pédestres sont en kilomètres effectifs, (PK) qui diffèrent régulièrement des PKM du fait d’incursions dans les terres ou dans les villes et villages.
Etape N° 30 10 C : De Lancieux à Moreix ( PKM 875 à 923 général)


La séquence 10 a pour principale particularité de ne plus s’appuyer sur un véhicule automobile porteur des bagages et disponible chaque soir comme abri efficace, les transports étant effectués par voie ferroviaire (RER + train)


Cela a pour corollaire de devoir être autonome en tous domaines, donc de porter tout le matériel et la nourriture, mais aussi de donner la faculté à une équipe de se scinder en cas de nécessité.
Mais encore de compter quatre étapes au lieu de trois pour avoir des gares proches de la côte, à l’aller comme au retour.


Avec bien sûr une contrainte dans le temps…ne pas arriver trop tard au final !!!
En l’occurrence, l’équipe de deux s’est scindée au matin de l’étape 29, les deux étapes 30 et 31 étant donc intégralement réalisées en solo autonome.
Réveil 7h30, aux lueurs de l’aube dominées par l’éclairage public.
Rangement rapide du bivouac, car, bien qu’étant un dimanche matin et assez bien dissimulé, il n’est pas utile de se faire trop remarquer au pied du calvaire qui m’a recueilli la veille !
Il fait nettement plus froid ce matin, et, exceptionnellement je vais démarrer avec un K-way sur le dos. Aux fins de ne pas trop tarder, j’embarque mes Oréos dans une poche et une bouteille dans l’autre…ces biscuits sont très pratiques à consommer en marchant.


Je dois démarrer sur la route D 768 et je vais y rester durant 3500 m avant d’être pris en auto-stop après Ploubalay par une brave dame qui se fatiguera à débarrasser une place à l’arrière de tout un fourbi…et me déposera 4 km plus loin, au Guildo ! PK 03,5 0+ 4 en stop.


Au cours de ce petit tronçon marché, j’aurai croisé un sanglier mort dans le fossé, sans doute venu finir sa vie ici après avoir été gravement blessé par un chasseur. (?)
Le petit saut en automobile m’amène à court-circuiter l’ étroite pointe de Saint-Jacut, soit 10 km de littoral en moins. Il est 9 heures.


En travaillant cette étape sur documents, il était envisagé de traverser les deux baies qui encadrent cette pointe (Baie de Lancieux et Baie de l’Arguenon) soit 5 km au lieu de 12, pour les contourner, la pointe étant de toute façon non pas longée sur ses deux côtés mais traversée !


En l’occurrence la mer n’est pas assez retirée pour une telle traversée, on n’aurait pas pu la réaliser.
Je reprends alors l’estran sur 6 km sableux et atteint Saint-Cast-le-Guildo, après avoir longé son golf.
Ce point est celui que j’aurais dû atteindre hier soir…


Si j’avais pu y aller directement comme prévu moyennant 2 km de plus, j’aurais rattrapé le « retard »de la veille (moyennant 44 km dans la journée quand même…) . PK 09,50
Mais pour le coup, c’est toujours une dizaine de kilomètres qui reste à combler…


Je poursuis donc, toujours sur estran sableux et gagne le creux de la Baie de la Fresnay ayant décidé de sabrer la célèbre pointe du Cap Fréhel, en la traversant à sa base. Je suis en effet déjà au PK 21,00 …le reste de la journée s’annonçant encore assez « lourd » ! Je ne veux pas courir le risque d’un trop grand handicap demain pour rallier Saint-Brieuc.


Ce sera donc en auto-stop à compter de Pléboulle, pour 11 km sur les routes D 786 et D 34.
Cette fois, le gain de marche est considérable : 27 km de côte environ, car la conformation rocheuse du Cap Fréhel ne permet guère de « directissime » sur sable.


J’ai donc maintenant plutôt 15 km d’avance, soit trois heures, ce qui est rassurant pour la suite, car il n’est pas question de rater le train du retour.
Le déjeuner passé, je vais pouvoir m’offrir la bagatelle de 10 kilomètres de plage face à Erquy et au Val André…mais pas après car on est à marée haute, et la côte rocheuse devient très escarpée. PK 30,50…


Comme on s’approche de grandes villes, certains désagréments réapparaissent, dont les dépôts de déchets, les « tags », et les risques de vols des biens des touristes, au point que des panneaux avertissent et recommandent de ne rien laisser qui puisse tenter les cambrioleurs, notamment dans les voitures…ce qui n’inspire guère confiance auxdits touristes !
Mais sur cette longue plage, en dépit de ces mises en garde, il y a enfin un peu de monde (Bien que cela reste très relatif !) dont de rares baigneurs « nus », et quelques surfeurs. « Nus », c’est à dire sans combinaison en néoprène !
En revanche, beaucoup de chiens ! Près d’une personne sur deux est accompagnée d’un voire deux chiens… qui ne sont pas interdits hors-saison estivale.
Il est presque 16 heures et je suis à La Guette, point où j’avais prévu de finir l’étape…mais 10 km d’avance ne vont pas être « gâchés », et je décide de poursuivre sur le GR 34 jusqu’à la Chapelle Saint-Maurice.


Cette partie du GR est assez sportive, dénivelant 400 m sur 13 km, la plupart des passages littoraux rocheux étant très raides, et les parties sableuses fort rares car la mer ne découvre que peu d’estran, on ne voit même pas le haut des bouchots !
Ce GR en son début se faufile dans le petit port de Dahouët, dont le contournement est un peu agaçant…et je ne peux m’empêcher d’imaginer en traverser l’embouchure à la nage entre deux descentes de mises à l’eau…seulement 70 mètres !… Interdit évidemment, et pas à faire l’hiver avec un sac à dos !
Cependant je relève positivement le fait que la Municipalité a implanté des panneaux qui responsabilisent les gens dans le port, en n’interdisant pas son accès mais en le déclarant aux » risques et périls ». Démarche qui, selon moi, mériterait d’être bien plus souvent mise en avant… plutôt que celle visant à « se couvrir », peu courageuse et infantilisante.
Dans une très longue étude demandée par le Conseil d’Etat, dont lien d’accès ci-après (non actif sur notre site), on peut relever, par exemple :
L’action publique doit être à la fois protectrice, audacieuse et responsable…
Les décideurs publics peuvent souvent être portés, dans ce contexte, à prendre peu de risque, au détriment de l’intérêt général…
Conseil d’Etat_etude PM_risque_COMMUNICATION-2.pdf
Par ailleurs, la bonne gestion des risques encourus par les citoyennes et citoyens doit passer par trois principes fondamentaux :
- Prévention du risque – La prévention du risque signifie se retirer d’un scénario à risque ou décider de ne pas y participer.
- Réduction du risque – La réduction du risque est mise en œuvre dans le but de maintenir le risque à un niveau acceptable et de réduire la gravité des pertes. Elle passe par l’information du public, sa mise en garde claire.
- Conservation du risque – Lorsque le risque est convenu, accepté et pris en compte dans la budgétisation, il est conservé.
On comprend aisément que leur application réclame des compétences voire expertises, du temps, des moyens matériels et humains, et donc des coûts…et qu’à partir de là, il est bien plus simple, rapide, facile et économique d’interdire…tout simplement, en plus de s’échapper d’une éventuelle responsabilité mise en cause. Cela au mépris de la liberté constitutionnelle de la liberté d’aller et venir, en se cachant derrière le principe de précaution poussé à l’extrême du risque « zéro ».
Forcément, si on ne passe plus, on ne risque pas de glisser ou trébucher ! C’est la « prévention », souvent excessive, à laquelle il est bien tentant de recourir pour les « décideurs » locaux.
Dans le passge qui suit, on peut trouver un exemple de gestion individuelle du risque personnel…
Deux kilomètres plus loin, je m’offre quand même les 200 m de plage de Port Morvan.
A son extrémité « sud », je crois discerner un sentier remontant, mais son accès implique une courte escalade sur rochers mouillés, ce qui reste aléatoire avec mes croquenots aux semelles usées, déjà peu adhérentes quand elles étaient neuves ! J’analyse le risque, je lui trouve des réductions, je l’accepte. Et ça passe…
Pour découvrir après 10 mètres que ce passage n’est peut-être pas vraiment « humain », et va nécessiter de combattre cette végétation si particulière des pentes littorales, riche en éléments épineux ! J’analyse, je réduis, j’accepte et me lance…Je suis rapidement pris en tenaille, et avec mon tee-shirt, je dois m’incliner et passer en mode « animal », c’est à dire ramper ou progresser à quatre pattes car la base des buissons est bien moins touffue et n’a plus d’épines.

Ce petit divertissement naturaliste me demandera près d’une demi-heure pour 70 mètres de terrain ! Le risque ayant été réduit, je m’en sortirai avec les genoux du pantalon bien terreux et une collection de petites griffures à peine sanguinolentes au bras droit…que je vais m’attacher à « nettoyer » avec de l’herbe mouillée, pour ne pas effrayer les quidams que je vais rencontrer ensuite ! Conséquenbces négligeables donc, le risque pouvait être accepté, en contrepartie d’une expérience enrichissante, en termes intellectuels comme physiques, par l’exploitation réussie de mes capacités…
La suite du parcours, redevenu « normal » (mais aussi banal !) , qui va se dérouler avec le jour déclinant, s’ouvrira sur de superbes paysages, et j’atteindrai la Chapelle vers 18h00 au PK 43,00 après avoir fait le plein d’eau peu avant (Encore grâce à des toilettes publiques ).

Mais il me faut aussi trouver une bonne âme avec téléphone, depuis que Toto est reparti avec le sien, et il n’y a plus personne dehors depuis un bon moment.
Apercevant une petite maison éclairée pas trop loin, j’irai y demander le petit service de dépannage « SMS », qui me sera aussitôt accordé sans aucune difficulté.
J’apprécie la marque de confiance autant que la serviabilité, car c’était une maison isolée et il faisait nuit, deux personnes âgées ouvrant leur porte à un inconnu crotté tout de noir vêtu…
Je me mets alors en quête d’un lieu de bivouac, et comme il n’est encore que 18 heures 30 , j’opte pour atteindre le barrage de Pont-Rolland (1933) et sa retenue d’un million de m3. Usine électrique censée devenir privée, d’une capacité de production de 2,7 Gwh/an.
Ouvrage actuellement menacé de destruction. 100 m de largeur, retenue d’eau sur 1600 m, 20 mètres de hauteur…Devenu improductif en 2014
Malgré un appel d’offres de 2020, il n’y a pas eu de repreneur crédible…trop de charge de mise aux normes actuelles.
Cet édifice sexagénaire est au coeur de grandes discussions…
https://actu.fr/bretagne/morieux_22154/faut-il-vraiment-detruire-le-barrage-de-pont-rolland-entre-hillion-et-morieux_60892370.html
Je perds un peu de temps à me retrouver dans une croisée de multiples chemins, balisage difficile à trouver de nuit. Je remarque plusieurs pancartes qui dissuadent d’aller dans l’estuaire.
Enfin je trouve le sentier qui est plutôt glissant, monte et descend, patine ou avec des racines piégeuses, barré d’arbres tombés en travers, et dénivelle près de 150 m sur 2 km, sur le flanc droit du Gouessant avant de le traverser…et de nuit, la progression est un peu ralentie !
Ce sentier évolue en effet par une succession de montées et descentes entre des altitudes de 5 à 60 mètres, pour finir par franchir un pont à seulement 12 mètres !
Il serait tentant de remonter cette vallée très profonde en suivant le cours du fleuve côtier Gouessant, mais la présence de vasières dangereuses y est régulièrement signalée, 36 sangliers y ayant été mortellement intoxiqués en 2011 ainsi qu’un joggeur en 2016, à cause d’émanations d’hydrogène sulfuré …on les évite, donc !
La vallée du Gouessant est en effet la plus polluée de Bretagne, notamment par les nitrates, la prolifération d’algues vertes qui en découle, et celle des populations de cyanobactéries qui s’y développent…

Encore 500 m de marche, 65 m à grimper et redescendre, et me voilà à Pré Colas, où je découvre un très bon endroit bien plat et en forêt, hors-vent et assez loin du torrent pour que son bruit soit celui d’une berceuse ! PK 45 ,00 !
J’ai maintenant 15 km d’avance !!! Mais il est 19 heures 30…ça fait une bonne journée de 12 heures ! PKM 923
Je me suis calé contre un petit transformateur EDF cubique, bien pratique pour poser les affaires.
Dîner, préparatifs de bivouac…coucher vers 20h30, l’heure des informations télévisuelles !
Opportunément, je relaye ici les principales informations utiles relatives à l’hydrogène sulfuré (H2S), car lectrices et lecteurs sont malheureusement susceptibles de le rencontrer dans certaines zones d’estran…
Peut-on le repérer facilement ?
L’odeur caractéritique d’oeufs pourris, facilement détectable à une concentration de 0,05 ppm, même de loin, peut alerter, mais dès que la concentration atteint 50 à 150 ppm, l’odorat est inhibé. Si la concentration s’élève à 300 ppm de graves difficultés respiratoires apparaissent avec un probable oedème pulmonaire, et, au-delà de 500 ppm c’est une perte de connaissance quasi instantanée qui peut survenir.
Quelles conséquences physiques ?
Très irritant pour les muqueuses et les voies respiratoires d’où d’abord un bronchospasme puis un odème pulmonaire…dès 700 ppm et plus on peut observer une dépression respiratoire totale.
Son action est comparable à celle du cyanure de potassium, bloquant la respiration cellulaire. C’est pourquoi la majorité des malades décèdent avant leur arrivée à l’hôpital…
Signes avant-coureurs…puis présents…voire définitifs.
Iirritation locale des muqueuses, céphalées, nausées, toux, étourdissements et dyspnée à l’oedème pulmonaire, hypotension, arythmie cardiaque, convulsions, coma et mort.
L’exposition à des concentrations élevées entraîne une perte de conscience en quelques secondes et le décès peut survenir très rapidement.
On le voit, pas question de plaisanter ou de jouer au héros avec ce gaz…
En bleu : marche littorale ou terrestre 45 km
En noir : autostop, 4 et 11 km

