Le réchaud en spéléologie…discutable !

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Le réchaud en spéléologie…discutable !

9 juin 2019 Spéléologie 0

Le réchaud en spéléologie…c’est discutable !

Un réchaud, c’est synonyme d’un bien-être, d’une convivialité, d’une protection contre les refroidissements et quelques autres avantages possibles, c’est pourquoi il est assez fréquent que des spéléologues en emportent sous terre. 
Si l’on ne peut nier les bienfaits potentiels que peut apporter cet ustensile pour les « accros » aux thés, cafés et autres breuvages rituels, pour les novices que l’arrêt et le service « collation » peuvent reposer, rasséréner, tranquilliser, pour un blessé ou des immobilisés que l’immobilité peut conduire à des refroidissements excessifs, ou encore pour les très longues courses marquées d’attentes durables voire de nuitées, il en va autrement pour les usages ordinaires que l’on peut en faire, notamment censés « réchauffer » les gens…

De fait, le seul bon côté de l’affaire est un bénéfice d’ordre psychologique pour ceux qui y croient, car pour ceux qui ont réfléchi à la question, la pause « café » et même « repas rapide » sont en fait maléfiques !
Le calcul quelque peu rébarbatif dont on épargnera le lecteur montre en effet que l’énergie apportée à l’organisme par 400 g d’aliments réchauffés et 100 g de café, le tout ingérés à 50°C ( déjà très chaud à la langue !) dans une cavité à 10°C ne peuvent apporter que 20 Kcal, au mieux, du fait de la chaleur qu’ont leur a donnée en sus de l’énergie intrinsèque alimentaire. 
Pendant tout le temps nécessaire à la préparation, au chauffage et à la consommation, l’individu brûle de l’énergie en stationnant, pour lutter contre le froid, pour son métabolisme basal, le tonus musculaire des mouvements usuels…à 10 °C, cette consommation est de l’ordre de 5 à 10 Kcal par…minute !!! ( 2 Kcal/min au repos complet et à 25 °C). La conclusion est aussi rapide à tirer que simple à comprendre, le spéléologue va dépenser beaucoup plus de calories qu’il ne va en gagner.

Sauf les cas problématiques signalés précédemment ( blessés, bloqués, épuisés…) la lutte contre le froid ne passe certainement pas par des boissons chaudes ou des repas chauds s’il faut prendre le temps de les réchauffer sous terre.  La solution c’est de bouger !
On peut aussi réduire les pertes caloriques avec des vêtements adaptés, une sudation éliminée par des tissus perspirants, un bonnet fin, des gants, éviter les stationnements en courant d’air, se tenir chaud solidairement.


Une bonne idée reste que s’arrêter plusieurs fois de courts instants ( 2 ou 3 minutes par exemple) est très préférable à une longue pause de 20 ou 30 minutes avec ou sans réchaud d’ailleurs.
Une autre bonne idée est de boire de l’eau à petites gorgées, régulièrement.
Pour bouger longtemps et bien, il va falloir de l’énergie à absorber, et ce sont les aliments qui vont le permettre..bien mieux qu’un café ou thé chaud sucrés, il suffira alors de boire de l’eau …sucrée ! De bonnes et fidèles bouteilles en PET, fortement sucrées au sirop (par exemple) car 3 sucres N°3 apportent 10 Kcal en énergie mécanique pour la musculature ou pour le métabolisme organique général, et 30 Kcal sous forme de chaleur…bien plus qu’un repas + café chauds et sans avoir à se geler durant la « chauffe ».

Bien sûr se « shooter » au Coca-Cola ( c’est un exemple, le site n’est pas subventionné !!!) n’est pas recommandé jour après jour, mais le temps d’une sortie, ce n’est pas si mauvais…car les données ci-après permettent de constater que 100 ml de ce breuvage apportent autant de calories que 100 ml de café chaud avec trois sucres…mais qu’on n’en perd quasiment  pas à le siroter  cependant qu’on en perdra plus que gagnées à se préparer sa tasse…sur un réchaud.
Données pour 100 ml  : Valeur énergétique 176 kJ , 42 kcal    Glucides 10,6 g   Caféine  8 mg 
Du jus d’orange « concentré » en délivre presque autant, si on est « allergique » au Coca… !

 


On peut aller plus loin pour démythifier le sacro-saint réchaud…car son transport coûte de l’énergie ! 5000 m de déplacements verticaux ascendants suffisent à « brûler » les 20 Kcal supplémentaires apportées par le repas chaud + café 100 ml précédents…or 5000 m ça va très vite, car TOUS les mouvements ascendants sont à prendre en compte, ceux de l’oscillation de la marche, des passages de blocs, des « baissés-relevés » multiples, des pentes à grimper, des puits avec oscillations sur les bloqueurs…tant et si bien qu’une course moyenne de 2000 m et 200 m de verticales répertoriées suffira à disperser l’énergie gagnée (pour le porteur ou la porteuse du réchaud !)

Certes on arrive là à un discours pointilleux, mais l’article est là pour montrer et démontrer que l’apparence est trompeuse, et que la sensation d’être « réchauffé(e) » va en réalité coûter cher en chaleur…perdue. Emporter un réchaud à cette fin est discutable, le titre de l’article l’annonçait !

Mais on ne va pas s’arrêter là…car il y a pire encore, et c’est dans notre fonctionnement physiologique d’homéothermes qu’il faut voir en quoi boire chaud quand il fait froid n’est vraiment pas la bonne idée…en dépit de convictions que le bienfait instantané et le ressenti nous ancrent dans l’esprit.

Plus la température de la boisson absorbée sera éloignée de la température du corps, plus celui-ci devra fournir de l’énergie pour tenter de ramener notre température interne à 37°C.(en moyenne) C’est le principe fondamental de l’homéothermie, et pour le bon fonctionnement de tous nos organes, elle est indispensable

Boire froid quand il fait chaud apporte  une sensation de fraîcheur instantanée. Mais nos thermorécepteurs internes sont alors trompés, l’élimination de la chaleur est stoppée, tout comme la sudation, ce qui n’aide pas du tout notre corps à retrouver une température normale…et du coup, l’organisme,objectivement, n’a pas moins chaud !
À l’inverse, boire chaud quand il fait froid trompe les thermorécepteurs dans le sens opposé, et si cela nous fait sentir un réchauffement instantané bien agréable, le corps se met alors à se refroidir pour équilibrer la température corporelle.

L’idéal dans ces termes serait donc de boire des boissons tièdes, dont la température serait comprise entre 12 et 14°C.  Cela permettrait donc au corps à la fois de se refroidir et de se réchauffer, de se désaltérer, et de s’hydrater…Or 12 à 14 °C ce n’est pas bien loin des 10°C moyens des cavités ! 
La conclusion est claire…réchaud inutile et même nuisible s’il ne s’agit que de vouloir se « réchauffer » en conditions normales d’évolution.
Apporter régulièrement des calories sans en perdre est la bonne voie pour entretenir la thermogenèse et développer l’énergie mécanique au long terme.
Pour 10 heures de spéléologie moyenne, efforts moyens, difficultés moyennes, 2000 Kcal peuvent suffire.  2 litres d’eau aussi.
Un « régime » rentable  pourrait être 100 ml de jus d’orange toutes les demi-heures ( presque 2 l d’eau , et 800 Kcal) avec  10 g de chocolat noir 50% cacao ( 1100 Kcal) ce qui agit comme une perfusion glucosée, en gros ! De plus, chocolat c’est très bon pour le moral, les militaires en ont toujours eu dans leurs rations…(humour…).
Evidemment cet exemple est simplificateur voire simpliste…mais il a été testé avec un succès total (par des amateurs de chocolat et de jus d’orange, ce qui n’est pas forcément le cas de tout un chacun !!!

Résultat : jamais soif, jamais faim, jamais froid, que l’on soit homme ou femme, mince ou « enveloppé(e) ». On part avec 2200 g de vivres qui chutent de 220 g à chaque heure…pas d’emballages perdus, pas de temps long à frissonner, aucune masse inutile, thermogenèse régulière, pas de dégâts dans le bidon, agrément gustatif…

                 

 

 EAU + SUCRE +  GRAS + BOUGER =   

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