Le Faucheux se promène dans les airs 417

L'aventure et l'évasion

Le Faucheux se promène dans les airs 417

12 juillet 2021 Via ferrata 0

Le Faucheux se promène dans les airs        417

Alors on va tout de suite se mettre bien d’accord…Que l’on me nomme « Faucheux » ou « Faucheur » ou « Araignée-bergère » ou je ne sais comment encore, JE NE SUIS PAS UNE ARAIGNÉE !
Je suis un Opilion, Madame ou Monsieur, oui, un Opilion, et comme cet article ne se veut pas être un cours de zoologie, si vous voulez tout savoir sur ce qui me distingue de mes cousines Araignées, les vraies, je vous conseille la lecture d’un article :

https://www.zoom-nature.fr/les-faucheux  ( lien non actif, à copier-coller dans votre barre de recherche)

Plus précisément, si je débarque dans un article de ce site, c’est qu’il m’est arrivé une sacrée histoire…
Figurez-vous que je déambulais paisiblement dans de hautes herbes en quête d’un petit insecte qui traînerait par-là pour mon petit déjeuner, quand une troupe de bipèdes brutaux vint à passer sur la petite sente sauvageonne qui coupe la montée vers la via ferrata de Nans-Sous-Sainte-Anne…
Ça faisait longtemps que je n’en n’avais pas vu dans ce coin, il paraît qu’ils ont eu des problèmes avec un virus à la noix…z’ont beau être très gros, très forts et très intelligents que ça ne les empêche pas de trembler face à un bout d’ADN encapsulé…Bon, je m’égare…Où en étais-je déjà ?

 

Ah, oui…l’un d’eux avait un chandail en laine, ce textile dans lequel mes longues et fines pattes s’accrochent aussi facilement que durablement, et tellement bien cette fois que je me suis vu littéralement enlevé, sans pouvoir me dépêtrer de là, même en sacrifiant une ou deux pattes…
C’est que je ne suis pas une Araignée, donc pas de filière, pas de soie, je ne peux pas me laisser tomber avec un fil de suspension non plus…je sentis que mon avenir allait être un peu chamboulé, moi qui ne rêvais que de lentes promenades alimentaires de feuilles en corolles.

Sacrebleu ! Cet olibrius aborde une falaise…où je ne mets jamais les pattes, car pas grand-chose à y manger et surtout où je deviens extrêmement repérable par mes prédateurs habituels que sont les oiseaux (parmi beaucoup d’autres, hélas, mais pas dans les falaises) où d’autres Opilions bien plus gros que moi…qui suis encore bien jeune et frêle.
Nom d’un petit bonhomme ! Ce doit être un suicidaire, car le voici qui se lance sur la paroi tout juste en équilibre sur des bouts de métal tordus sur lesquels j’oserais à peine m’aventurer malgré mes huit membres locomoteurs !
Bon…je dois dire que, pour le moment, rien ne se passe de mauvais, et tant mieux parce que lui et moi sommes maintenant liés à la vie comme à la mort, bien que je n’ai rien voulu de cela, moi…

Diantre ! Que fait-il maintenant ? Ça monte, ça monte, je vois qu’il n’est pas le seul dingo là-dedans…et qu’on aborde un dévers négatif…c’est pas fait pour les bipèdes ça ! Pour moi qui galope au plafond des revers de feuilles, ce n’est pas un problème, mais avec leurs 4 grosses pattes à cinq doigts ronds c’est une autre affaire.
Mouais…je viens de comprendre…Sacristi ! Des bipèdes tricheurs, qui s’accrochent à des câbles et des barreaux avec des mousquetons cordés…Pffff !

Quels minables, mais quels minables ! Toujours à user d’accessoires artificiels, alors que moi, j’ai entendu parler de types qui font tout ça à mains nues, oui Madame, oui Monsieur, à mains nues ! Même que la Gazette des Herbes Folles en a parlé récemment, un dénommé Alexis Landot…210 mètres en 49 minutes sur une tour de verre et d’acier, presque aussi bien qu’un Opilionide !!! Mais, là encore, ces fichues Araignées nous ont ravi le titre…les Hommes l’ont surnommé l’Homme-araignée !
Bon…finalement, pour ma propre sécurité, vu que mon porteur n’a pas l’air très doué, c’est peut-être mieux qu’il ait des longes…car au moins 20 ou 25 mètres de vide quand même…
On va de vire en vire, de poutre en poutre, d’échelon en échelon, avec de belles pauses sous des petites baumes fleuries, et alors, un truc que je n’avais jamais vu de mon habitat usuel, un paysage fichtrement beau !

Mazette ! Que de jolies collines autour de ce petit village humain. Et un ciel, un ciel…loin sur l’horizon, une véritable découverte pour moi, pardi !
Je ne l’avais jamais vu que du sol, par petits bouts découpés entre les frondaisons des chênes et des hêtres, une dentelle de bleu, de blanc ou de noir selon le temps et l’heure…
Scrogneugneu, ça grimpe encore !…Mais où va-t-il donc cesser ce petit manège insensé ?
Je le sens rire, avec ces soubresauts caractéristiques de son espèce, et dame oui, c’est qu’il s’amuse le coquin !
Mais c’est pas tout ça, il faudrait que je retrouve mes copains d’en bas, mes Copains d’avant comme on dit sur l’Internet des bipèdes !

Nom d’une pipe ! Que le Diable m’emporte s’il continue à gravir cette dalle de roche presque lisse, où rien ne le retiendrait en cas de fausse manœuvre, et moi avec lui. Et ben oui…il continue !
Il y a bien 20 mètres sous nous, avec une suite de dévers négatifs au-dessus sur 25 mètres encore, on va finir par s’écraser au sol avec ce fol individu.
Mais les échelons succèdent aux prises de pieds qui succèdent aux échelons, et je vois les détails du sol s’amenuiser bien que mes deux petits yeux rudimentaires ne m’en donnent que la luminosité.
Bigre de bougre …sur ce point, je dois dire que les Araignées me supplantent largement, je les envie de pouvoir observer le monde bien plus en détails que moi.

 

J’allais en oublier que 45 mètres de « gaz » nous séparent désormais d’un tapis de roches où mes amis habituels vaquent à leurs occupations normales de Faucheux, mais ça semble être la fin de cette épopée…on retrouve le plancher des chamois, un peu plus pentu et vertigineux que celui des vaches, mais je me sens soudainement rassuré…
Tudieu ! Vais-je enfin pouvoir me détacher de mon vaisseau de baroudeur ? Même pas…rien à faire, ce cornichon ne s’arrêtera-t-il donc jamais ?
Un paquet de nerfs oui !
On dévale un sentier casse-binette de cailloux glissants et de boue mêlée, qui serpente entre des arbres, et je me retrouve un peu plus chez moi, quand on repart subitement sur des cordes tendues puis des câbles à nouveau…et ça verse, ça verse, de plus en plus raide…

Cornegidouille ! C’est-y pas qu’il va recommencer ce vilain? Et cette fois, c’est en descente, en verticalité même…Wouhaou ! , j’en ai les chélicères qui tremblent ! Mais qu’ont-ils donc dans leur si gros cerveaux ces Hommes ? C’est quoi cette manie de risquer sa peau sur des bouts de ferraille à demi-rouillés au lieu de siroter un petit verre et grignoter un bout de comté de la fruitière du village, dont des petits bouts tombés par terre feraient bien mon affaire ?
Nom de nom…je me disais quand il a reposé ses pieds sur la litière du bois que ce serait bientôt ma libération.

 

Eh bien,non, Cher Monsieur, Chère Madame, vous n’en croirez pas vos oreilles…ce zombie a traversé ma bonne vieille forêt ventre à terre, est repassé par ma petite sente, et si j’avais espéré lui fausser compagnie en me frottant aux herbes, je dus bien vite renoncer à ce projet au risque de me faire écraser par cette brute dans ses mouvements violents.
Et alors…le voilà qui repart sur le grand chemin carrossable, ce serait donc qu’il va recommencer cet hurluberlu ??? Mais c’est un malade !

Boudu con ! Mais oui…! Il recommence !
Palsambleu, vais-je tenter le grand saut pour le quitter avant que tout cela finisse très mal au fond du ravin ? Choix cornélien…c’est que je n’ai pas d’ailes !
Cependant que je réfléchis au moyen de me sortir de cette impasse existentielle, je m’aperçois que l’itinéraire suivi n’est plus celui qui a précédé…
On se trouve sur une plate-forme en bois…même plus de paroi devant nous, je le sais parce que je ne vois que du blanc…le blanc du vide.

 

Ca bricole, ça bricole…jarnicoton ! Si j’en ressors vivant, jamais plus ça, c’est la dernière fois que je chasse au bord des sentes à Homme !…
On est partis dans les airs, c’est dingue…ça accélère, le vent va finir par m’arracher des boucles tricotées, je m’accroche de toutes mes pattes…aahhhh…j’en ai déjà une qui s’est cassée, et une autre qui flanche…c’est ma dernière minute…
Mais le vent fléchit…on ralentit…mon système nerveux ressent une accalmie subitement suivie de grandes secousses, je m’accroche désespérément…et tout s’arrête !
On ne bouge plus…c’est nouveau…et puis si, mais moins vite, encore des barreaux et des câbles, mais c’est moins agité…

 

Et ce que je croyais définitivement perdu m’est réapparu…la forêt, les pentes douces et verdoyantes, le chandail a glissé des épaules sous la chaleur solaire de midi…posé quelques minutes…alors là, j’ai pris mon courage à sept pattes qui me restaient et j’ai sauté…oui, sauté, et fus mollement accueilli par une large feuille duveteuse de Bourrache…que la nature est donc bien faite !
Wouhaou ! Ce fut sûrement la journée la plus palpitante de ma vie…et depuis, j’ai appris que mon binôme forcé avait pratiqué une activité de pleine nature qu’on appelle « via ferrata »…et que ce n’est pas fait pour un Opilion !

Nom de Diou ! Ils ont de ces idées les Hommes…

Signé : L’Araignée bergère, alias Phalangium opilio.

 

 

 

 

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