Mission « reportage » à la Combe aux Prêtres    468

L'aventure et l'évasion

Mission « reportage » à la Combe aux Prêtres    468

29 novembre 2021 Spéléologie 0

Mission « reportage » à la Combe aux Prêtres    468

Après un contact avec Cédric Lifestyle, qui est un « youtubeur », mais aussi très présent sur Tik-Tok, Instagram ou twitter, nous avons accepté sa demande d’accompagnement dans une grotte  avec  Sam, son photo-vidéographe, aux fins de tourner des séquences dynamiques en situation réelle de spéléologie.
Le thème de ces très courts métrages étant « Vaincre ses peurs », il s’agissait de s’exposer à des situations réputées « dangereuses », donc susceptibles de générer la peur, et de montrer ou démontrer qu’elle est généralement surmontable, et, partant de là, que l’on peut très souvent réaliser ses projets voire ses rêves pour peu que l’on dépasse la ou les peurs qui restreignent ses capacités, inhibent la volonté, d’où peuvent découler des frustrations, de l’ennui, de la morosité … sans pour autant adopter des comportements irresponsables voire suicidaires.

Nous passons sur les multiples échanges de courriels, les rencontres préparatoires, pour passer directement au « jour J »…
L’expérience est intéressante de par son authenticité en termes de noviciat, car, de fait, Ced et Sam sont de purs novices, qui vont être soudainement confrontés, immergés, dans un milieu non pas « hostile » comme il est trop souvent décrit, mais seulement « défavorable » à une vie humaine confortable, et présentant des dangers potentiels pour qui s’y aventure.
Mais la nature n’est en aucun cas notre ennemie, qui nous voudrait du mal…
Ceci sachant que rien n’oblige un être humain à s’aventurer dans une cavité souterraine !

La peur ou les peurs, si elles naissent, seront donc ici aussi réelles que spontanées, donc naturelles.
Quelles peurs éventuelles seront-elles le plus souvent exprimées dans ce contexte ?
-1  la peur du vide
-2  la peur du « noir absolu »
– 3 la peur du froid (air et eau)
– 4 La peur de l’effondrement
– 5 La peur de l’étouffement
– 6 La peur de la noyade
-7  La peur de l’égarement
– 8 La peur de la panne d’éclairage
– 9 La peur de l’enlisement
– 10 La peur de la chute invalidante
– 11 La peur d’animaux dangereux
-12  La peur de la soif
– 13 La peur de la faim
– 14 La peur du sabotage de l’équipement
– 15 La peur d’une défaillance subite
– 16 La peur du coincement en étroiture
– 17 la peur de l’enfermement, de l’emprisonnement

et sans doute d’autres encore, plus rares, plus complexes quant à leur naissance et parfois liées à des vécus très personnels.
Sam et Ced se préparent donc activement, pas certains de se souvenir des noms et du fonctionnement de tout l’attirail qu’ils portent sur eux…et c’est l’entrée.
Derrière une petite grille anodine, un puits naturel révélé par l’exploitation d’une carrière de calcaire, il y a déjà 52 ans, et identifié comme partie un karst majeur par Bénédict Humbel.
Ce n’est pas bien large, et plongeant rapidement dans un sombre goulet où un courant d’air important laisse deviner un vide insondable à l’œil, même doté d’un éclairage.
Se lancer là-dedans…il y eut une époque où ce premier puits de 7 m environ était descendu en prenant des appuis sur les aspérités rocheuses ou dans les anfractuosités, sans aucune protection, sinon celle de l’expérience et de l’assurance de soi.
Mais désormais, c’est soigneusement harnaché et encordé que tout cela s passe, ce qui n’empêche pas Sam et Ced de se poser des « questions »…car c’est bien différent d’un petit accrobranche civilisé dans les arbres !
Sous l’œil attentif et protecteur de Mimi, ils franchissent la grille et descendent cette première verticale suivie d’un passage un peu resserré.
A ce stade, les peurs 1, 2, 16 peuvent déjà avoir été ressenties.
On enchaîne avec un court passage horizontal au-dessus d’un vide important, moyennant des pas délicats à faire sur de simples barres d’acier scellées transversalement.
Les peurs 1 et 10 sont bien là… Ced et Sam se cramponnent fermement à la main courante !
La suite est choisie directissime pour des questions de temps compté, et de simplicité.

Un puits de 25 m d’abord étroit puis très large doit alors être descendu, et là il s’agit de confier sa vie à l’équipement, au matériel et aux accompagnants… les peurs 1, 2 et 10 sont renforcées , d’autant que Sam et Ced vont devoir passer en premier, moyennant une assurance du haut bien sûr, mais qui n’enlève rien à l’appréhension…c’est quand même leur premier puits vraiment souterrain à descendre, le premier, restant plus petit, moins périlleux et surtout en contact avec la lumière du jour !
Ced et Sam suivent attentivement les conseils de manœuvres, à ce stade, ils savent que leurs vies sont engagées et ne tiennent plus qu’à un « fil »… 9,5 mm de diamètre, un noeud…et deux petites broches en inox.
L’opération réussie, on entame la descente d’un toboggan d’éboulis colmatés d’argile, dans lequel une glissade est hautement probable, avec des séquelles invalidantes en conséquence.
Il est donc question d’y progresser avec prudence.
Si les premiers crans de descente se font sur des blocs quasiment secs, les suivants sont de plus en plus gluants jusqu’à des échelles de fortune…
La peur 10 est au programme !
Après ces passages glissants, vient la rivière. Vivante, belle, large de plusieurs mètres, aujourd’hui à bas niveau ( 0,1 au limnimètre), d’une eau cristalline et miroitante qui peut masquer une profondeur importante, suffisamment pour s’y immerger jusqu’au cou selon les endroits.
Le flot circule dans une galerie large et haute, aux rives de roches anguleuses et déchiquetées qui rendent une ambiance sauvage et témoignent d’une activité érosive intense, violente peut-être lorsque le temps es crues sévit.
On s’y engage avec vigilance…certains passages laissent deviner qu’en étant emporté par davantage de courant on pourrait aisément se retrouver coincé sous des dalles et y être noyé, voire emporté jusqu’au siphon, pas bien loin en aval…
La transparence bleutée de l’onde laisse imaginer des vasques profondes où une immersion brutale et une flottaison rendue très difficile par le matériel porté sur soi ne seraient pas sans risque.
Quelques superbes Grands Rhinolophes suspendus au plafond, à hauteur des visages, enveloppés dans leur ailes sombres et lisses rajoutent un petit côté dramatique et lugubre vampirique…pour qui ne les connaît pas !
C’est au tour des  peurs 3, 6, 11,16 de faire leur apparition !
La suite implique de ramper dans un boyau, relativement spacieux, mais dans lequel coule un ruisseau dont on imagine facilement qu’en prenant un peu d’importance il pourrait submerger un corps humain qui se trouverait là à ramper, ou encore piéger des humains qui l’auraient franchi à l’aller mais ne pourraient plus le faire au retour…
De même, l’accrochage des longes ou des sangles voire des combinaisons dans les saillies rocheuses ne laisse pas indifférent lorsque l’on n’y est pas accoutumé.
Les peurs 6 et 16 ressurgissent de plus belle, ajoutées à la 17 … !
Ced et Sam s’interrogent quant à la suite, si elle devait se développer encore longtemps dans ces conditions d’étroitesse des conduits…
Mais, débouchant alors dans une grande galerie, tout semble aller beaucoup mieux !
Néanmoins, l’itinéraire est loin d’être dégagé et regorge de chausse-trappes et autres obstacles pouvant provoquer le trébuchement, et à ce point du cheminement, il apparaît clairement que le moindre accident nécessitant un « secours » poserait bien des problèmes pour ressortir, surtout si une civière était nécessaire.

Ce risque de trébucher ou perdre pied est accru lors du passage de larges flaques d’eau boueuse qui ne laissent rien voir du fond.
Mais il apparaît aussi que d’énormes blocs de roche se sont écroulés, çà et là, séparés de zones d’éboulements, et tout un chacun peut penser qu’il ne faut pas être là lorsque cela se produit, phénomène totalement imprévisible à l’échelle d’une vie humaine…
Un couloir abondamment concrétionné voit suspendues de grandes stalactites pointues comme autant de poignards au-dessus des têtes, le couloir d Damoclès, en quelque sorte !
Sam et Ced sont bien conscients de ce que la probabilité d’un décrochement rocheux est très faible, mais non nulle, car ce qui jonche le sol un peu partout est statistiquement probant…
La peur 4 se manifeste à son tour…

Peu après, un petit lac au fond très boueux « aspire » et retient les bottes, et, là encore, rien ne laisse prévoir quelle épaisseur de boue visqueuse attend les pas des visiteurs.
S’il a été démontré qu’un enlisement intégral d’un corps humain nu ou peu vêtu est hautement improbable du fait de la densité de la lise, il en est autrement d’un corps garni d’éléments métalliques et si la lise est surmontée d’eau seulement boueuse…car l’enlisement se corse de la noyade potentielle.
Peurs 6 et 9 s’assemblent ici.
Dans un cheminement toujours nourri d’obstacles divers, issus de chutes de blocs rocheux, on atteint une pente très raide et glissante à franchir en vire grâce à une corde tendue en main courante.
Il est ici très clair que sans cet accessoire, le franchissement serait difficile et amènerait une personne directement dans le bras de rivière en contrebas, en cas de faux-pas…contusions diverses et risque d’hydrocution si immersion brutale, voire de noyade car le ou la spéléologue n’est pas sûr(e), un fois de plus,  de pouvoir surnager avec tout son matériel sur lui ou elle…ceci s’ajoutant au stress et à la panique éventuelle.
Peurs 3, 6, 10…Ced et Sam se longeront avec soin !

A la fin de cette cinquantaine de mètres accrochés à la paroi pentue, nous parvenons à un talus de gravillons puis à un ressaut créé à la faveur d’un plancher stalagmitique.
Si toute cette partie de la vaste galerie est richement concrétionnée, porteuse de milliers de stalactites fistuleuses qui miroitent de toutes parts, elle ne peut faire oublier que l’accident « bête » est toujours possible.
Il faut ici gravir 2 ou 3 mètres en s’aidant d’une corde à nœuds et quelques appuis latéraux, et chacun veillera bien à crocheter sa longe dans une boucle haute, de sorte à éviter une préjudiciable chute en arrière en cas de mouvement maladroit ou de dérapage.
Mais même avec cette précaution, les peurs 10 et 15 ne sont pas bien loin…
L’équipe progresse, toujours accompagnée de concrétions de toutes natures, toutes dimensions, et toutes formes, pour passer de nouveaux gros éboulements jusqu’à rallier une très belle salle dans laquelle une grande diversité de concrétionnements est observable, d’autant plus baux qu’ils sont arrosés en permanence, ajoutant une musiquette et du mouvement qui scintille sous les lampes.
Si l’endroit semble bien accueillant et reposant, il donne sur un « lac », ou plutôt un bras de rivière, lui aussi de toute beauté et qui flâne dans un vaste corridor sauvageon, aux formes étagées, aux profils aiguisés, l’eau cristalline aux reflets d’émeraude semblant s’évanouir dans l’infinie pénombre pour disparaître au sein du noir absolu d’un étranglement rocheux.
Et là, Sam et Ced sont au bord d’un vide surplombant cette eau dont la froide immobilité donne à réfléchir avant de se lancer contre la paroi à l’aide d’une simple corde à nœuds.
Certes, ce n’est pas très haut, mais le comité d’accueil en cas de chute se partage entre bain « glacé » total et/ou bloc rocheux immergé pour s’y fracasser un membre ou la tête…
Les peurs 1, 3, 6, 10 se marient bien ici !
La continuation implique de marcher dans l’eau, il s’agit de bien choisir son chemin, la profondeur allant de 40 à 150 cm en moyenne.
Enfin, l’équipe atteint ce qui est habituellement considéré comme étant « Le Lac », c’est-à-dire la partie terminale visible et la plus large, entre des parois verticales ou négativement déversantes.
Cet endroit fut longtemps traversé à pied, soit protégé par une combinaison en néoprène, soit tout habillé(e)  avec ou sans change vestimentaire après, soit déshabillé(e) avec l’équipement porté au-dessus de la tête…
Selon l’époque et la pluviosité des jours précédents, les gens pouvaient être immergés jusqu’au nombril ou jusqu’au cou voire au raz du nez en marchant sur la pointe des pieds, ceci variant selon les mensurations bien sûr.
Plus tard il y eut divers essais d’aménagements, à base de cordes tendues puis de câbles.
Désormais, le franchissement est parfois réalisable sans même remplir les bottes… si on ne pèse pas très lourd !.
Quoi qu’il en soit, ne pas poser une longe sur la corde de guidage supérieure peut coûter une semi-baignade imprévue, avec diverses conséquences, dont une hypothermie à retardement si on ne s‘active pas très vite derrière !
Sam et Ced seront donc prudents.
C’est à cet endroit que la mission va changer de visage car il s’agit de revenir sur ses pas, en filmant diverses situations exposées…
C’est ce que nos lectrices et lecteurs vont découvrir dans l’article N° 469…

 

 

 

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