TGRLIFRA 13 C 873
TGRLIFRA 13 C 873


La TGRLIFRA est la Très Grande Randonnée LIttorale FRAnçaise, une promenade pédestre de quelques milliers de kilomètres sur la côte manchoise puis atlantique, avec quelques particularités…
– le parcours suivi est préférentiellement et autant que possible, au plus près du flot, quel que soit le niveau de marée.


Bien entendu, il peut arriver que des structures artificielles interdisent tout passage pédestre, ou que la marée rende impossible un franchissement durant des heures. Ou encore, qu’un arrêté municipal, préfectoral, voire ministériel déclare un passage illégal.
– le randonneur, la randonneuse, sont autonomes, sont donc indépendants de tout commerce, mais susceptibles de quémander de l’eau potable si aucune source ou fontaine n’est accessible durant leurs étapes.


Bivouac systématique.
– L’impact écologique est réduit au maximum, donc pas deux véhicules pour les navettes…ouvertes à l’auto-stop ou transports en commun locaux, selon les cas
– Equipe de 1, 2, 3 ou 4 personnes au maximum .
– étapes calibrées à 25/35 km en moyenne, conditions rustiques, portage minimalisé.


Cette activité ne pouvant être menée en continu (estimation à 100 journées de la Belgique à l’Espagne) car nécessitant une trop importante disponibilité, elle est menée selon un séquençage chiffré, chaque séquence, (Ici la treizième : 13) étant composée d’étapes lettrées… (Ici la troisième : C )
Les points kilométriques maritimes (PKM) sont comptés depuis la frontière belge, en suivant le trait de côte majeur.



Il peut donc y avoir des longueurs non parcourues à pied du fait d’obstacles incontournables. Les parcours pédestres sont en kilomètres effectifs, (PK) qui diffèrent régulièrement des PKM du fait d’incursions dans les terres ou dans les villes et villages.
Etape N° 41 13 C : Térénez à Carantec ( PKM 1229 à 1263 général)


Comme attendu, si la nuit fut bonne, le matériel était couvert d’une abondante rosée, duvet bien mouillé qu’il se serait pas possible de faire sécher, n’étant pas près d’être exposé au soleil car installé sur la rive Est de la Rivière de Morlaix.
Sera donc roulé avec son eau, même pas sûr de trouver l’occasion de le faire sécher un peu quelque part ! Rien de grave… ce sera humide ce soir !


Après une petite fontaine et la traversée rapide de Térénez, le retour à l’estran fait plaisir… Il va s’agir de marcher entre rochers bas et lisière de vasières sableuses, et les chaussures étanches prouvent ici leur avantage. Le changement de chaussettes de la veille, pour des plus minces, a eu quand même un effet bénéfique, mais ce n’est pas encore au point, d’où un laçage moins serré ce matin.


L’anse de térénez paraît pouvoir être court-circuitée, et, même si cela n’économise que 1500 m, on y trouve un certain plaisir…
L’affaire consiste, après avoir dépassé d’anciens parcs à huîtres, à suivre une digue basse en rochers, percée de trois ou quatre passes facilement enjambées sur de gros cailloux, puis à traverser le petit fleuve « Le Corniou », qui, bien que de faible niveau d’eau ne peut quand même pas être passé sans remplir les chaussures.



Celle-ci n’en tolèrent en effet qu’une dizaine de centimètres, une douzaine et marchant sur la pointe des pieds !
C’est donc une opération « déchaussé/rechaussé », ayant de plus le mérite de laver et décongestionner les pieds.
Le Corniou (Plusieurs « coins » en breton) qui tire ce nom de son cours d’environ 7 km marqué d’une centaine de « virages » dont près d’un tiers presque à angle droit, avec 6 petits affluents, s’étale sur 10 à 20 mètres selon les endroits.


Le passage le plus net étant au droit d’un grand bassin de vivier marqué d’un « oeil » décoratif … Au-delà, l’estran peut encore être suivi jusqu’à une rampe de mise à l’eau . PK 03,00.
Le GR 34 repris à marée montante, il s’agit de contourner la Pointe de Barnénez, d’où l’on voit l’Île Stérec par encore séparée par la mer, et quelques bateaux d’ostréiculteurs, les « lasses » et les « plates » pour les plus petites et traditionnelles.


Désormais devenues les « barges » et « chalands » pour les embarcations grandes et modernes, en aluminium pour la plupart…certaines encore sur la vase et attendant leur mise à flot avec le jusant. PK 04,40.
On entre alors par le large de la rade de Morlaix, quelque 13 km² environ !
Le GR maintenant nécessaire connaît un long passage planché entre des murs de rocs et passe devant le Château de Trodibon, niché dans la verdure boisée.



C’est ensuite une très longue embouchure fluvio-marine qu’il faut longer, trop vaseuse pour permettre d’être raisonnablement foulée, ce qui serait inutile d’ailleurs.
Ceci mène à l’embouchure du Dourduff (Les eaux noires, en breton) fleuve de 20 km affluent de la Rivière de Morlaix, débitant 1/2 m3 à la seconde et qui faisait tourner 14 moulins, quand même !
On traverse par un ancien pont ferroviaire converti en pont routier, sur de grosses piles, et enjambant une très large vasière de près de 200 m creusée du sillon fluvial bordé de très épaisses couches limoneuses où s’enliser n’est pas une légende…PK10,00


Après un déjeuner face à cet aber désolé où gisent sur le flanc diverses embarcations, la suite s’écarte délibérément du rivage pour gagner un jardin botanique, hélas bien délaissé comme c’est souvent le cas de ces créations semi-touristiques laissées au soin de pouvoirs publics, faute d’une suffisante rentabilité économique.
Semble laissé à vau-lau depuis 2014, après avoir connu quelques années de valorisation, ainsi que le château de Suscinio qui y trône, muré de parpaings après avoir subi diverses atteintes, et avec une toiture partant en ruines. Petite chapelle en supplément.


Un mauvais exemple… Château initialement du XVIe siècle, agrandi successivement aux XVIIe et XIXe siècles, dont une grande tour octogonale (1949), domaine public dès 1962, sous gestion associative en 1999…et abandonné en 2014, donc ! Propriété à peine close, accessible d’un peu partout (sauf château et chapelle encore bien fermés) ce qui peut permettre une visite tolérée du parc botanique et environs de la demeure de Suscinio grâce à un plan de cheminement qui persiste, ci-joint.


Arbres remarquables et fontaine.
(Hêtre pluricentenaire, pins de Californie, Tulipier de Virginie historique, Charme « en V »…). PK 11,50.
La suite amène à marcher sur de petites routes ou rues de hameaux durant 2500 m pour passer devant des champs de choux rouges laissés végéter sur pied et atteindre le château de Keranroux. PK 13,80.
Un peu plus loin apparaît un monumental pigeonnier, isolé en bord de forêt; tout à fait remarquable par ses dimensions et ses ornementations de façade.


Pouvait loger 850 pigeons ! Si certains d’entre eux pouvaient être destinés à devenir de nobles pigeons voyageurs, leur grande majorité finissait dans les chaudrons pour être consommés à table ! (il se dit que la Ville de Paris en consommait encore 2 millions par an au début du XXe siècle, soit…6000 par jour !).
De plus, les fientes de ces oiseaux formaient la « colombine », un excellent engrais agricole. Il est construit en pierre de schiste avec deux ceintures de granite rose.


Il persiste à la base la tourelle de support de l’échelle double tournante cintrée qui permettait d’aller visiter chacune des loges.
A proximité, une grande fontaine en pierre laisse couler une abondante source.
Le large chemin reprend vers Morlaix, et, à la sortie du premier grand virage, apparaît au loin (environ 350 m) une forme humaine au sol, presqu’aussitôt rejointe par des ouvriers de la station d’épuration en contrebas, puis par des policiers, qui agitent une couverture de survie et en couvrent ladite forme…. Il convient de passer sans s’attarder ! PK 14,70
Un peu plus loin, en demandant de l’eau à une boutiquière, il apparaît qu’il s’agit sans doute d’un suicide en sautant du grand pont de la N 13 dont le tablier se promène au moins à 30 m au-dessus du sol…la chute dut donc être fatale.


Il s’en est certainement fallu de peu d’en être le témoin direct, et, pire encore, d’en être le découvreur car cela aurait entraîné divers contretemps et vérifications policières en tous genres…le découvreur étant souvent considéré comme un suspect potentiel !
S’ensuit une autre découverte, plus agérable : il existe une écluse, et son franchissement piétonnier au-dessus des portes est autorisé ! Cette précision permet d’éviter 1700 m pour aller chercher le premier pont et en revenir. PK 15,20.


Il n’y a plus alors qu’à longer la Rivière de Morlaix soit avec un bout de GR remontant haut dans le coteau, soit en suivant la route de berge sur 1300 m, en repassant sour le viaduc décoré de deux trompe-l’oeil « classiques » plutôt réussis.
Le GR 34 est ici repris, et mène à l’église N-De la Salette, en empruntant une petite côté raide longeant un grand mur à l’appui duquel un chemin de croix composé de stations sculpturales a été mis en place sur 150 m.


Une visite de l’église s’impose, étroite et haute, dotée de grand vitraux et quelques statues.
A partir de là, le tracé officiel fait décrire une large boucle amenant à emprunter un très beau chemin à la fois large et creux, menant à une petite rivière très fraîche dans la verdure au PK 19,10, sur une passerelle.
Au lieu de persévérer dans cette boucle, on peut « couper », d’abord dans un terrain marécageux qui dissuade de suivre le cours d’eau si on n’a pas de bottes… puis en remontant sur le flanc gauche, dans une végétation basse très abondante et sur un terrain « mou », à moitié dans le cours d’un ruisseau, pour déboucher sur la D 769…


On peut alors raccrocher le GR et poursuivre vers Locquénolé. Lassé du parcours loin de la mer, malgré quelques jolies vues sur des manoirs et des prés où gambadent des chevaux, une variante improvisée ramène à la côte de ce qui n’est pas encore la mer ! PK 21,80.
Si cette option restitue l’agrément de la promenade littorale sur la D73, elle impose une circulation piétonne qui n’est pas prévue par la DDE…et qui doit donc être effectuée à contresens des véhicules en se tenant sans cesse prêt à se déporter sur l’étroit bas-côté, cela avec une visibilité parfois très réduite…il faut bien anticiper ! Moyennant quoi, c’est sans aucun problème car il n’y a qu’une faible circulation …et seulement sur 1600 m. PK 23,40.


Ce vilain GR 34, trop à l’intérieur des terres pour une TGRLiFra, pousse à rester sur cette jolie route côtière, très côtière car il n’y a aucun espace piétonnier praticable au bord de la mer. C’est alors au PK 26,90 que le GR redevient littoral !
On peut marcher sur l’estran plus ou moins sableux ou rocailleux, ou bien remonter sur le sentier, selon les cas ce qui se fera au PK 28,50, pour parvenir à des toilettes non-sèches, enfin !
PK 29,40…ces toilettes bienvenues à usage de point d’eau et plusieurs aménagements touristiques discrets dont des bancs de relaxation tout en bois. Après un repos de pieds bien mérité, et une conversation avec des dames de passage, il apparaît la possibilité d’une petite coupure de la pointe de Penn-al-Lann, soit 2 km de moins environ, pour une partie qui n’avait rien de très particulier à découvrir…ce qui amène directement à la plage du Kelen de Carantec. PK 30,60.

Comme le temps passe toujours aussi vite, chercher un point de bivouac s’avère prioritaire car la suite de la côte est très urbanisée et/ou privatisée, bordée de murs, de grilles et grillages sur plusieurs kilomètres…et c’est au PK 33,00, qu’un petit dégagement garni de quelques barcasses retournées, près de maisons inoccupées, que quelques mètres carrés d’herbe donneront l’espace horizontal recherché.
Néanmoins, une demi-heure de « jardinage » sera nécessaire pour extraire de l’herbe les bases de tiges coupées de ronces, récemment passées à la débroussailleuse…que le matelas pneumatique n’aurait pas du tout aimées !
Par précaution, tout ce qui pouvait protéger d’un percement a été ajouté à la feuille de PVC, pas bien épaisse…
Petit repas, avec soleil couchant, car on se trouve à la plage du Port, orientée « plein Ouest » !
Pas de vent, ciel étoilé… bien visible quand les éclairages publics s’éteignirent !
PK du jour : 34 km et près de 500 m de dénivelée cumulée…trois fois moins que la veille !
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