Cordes à demeure dans les cavités souterraines 422

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Cordes à demeure dans les cavités souterraines 422

26 juillet 2021 Spéléologie 0

Cordes à demeure dans les cavités souterraines     422

Depuis les quelques décennies qui voient les spéléologues, alpinistes, canyonistes mais aussi professionnels des travaux acrobatiques en hauteur, utiliser des cordes modernes en Nylon, en Tergal et parfois en polyéthylène, ou une combinaison de ces matières « miracles » la question de savoir ce que le vieillissement, l’usage, la confrontation physico-chimique avec les milieux d’utilisation peuvent entraîner en termes de perte de résistance, d’élasticité, de longueur, de souplesse…
Beaucoup d’études ont porté sur des cordes relativement neuves et peu à moyennement utilisées, entretenues, bien stockées…
Partant du principe que la durée de conservation préconisée par les fabricants, d’une part, et la durée d’usage préconisée par les diverses catégories d’utilisateurs d’autre part, n’ont pas à être dépassées, il est assez logique que peu d’études soient menées par les bureaux officiels pour les cordes dont les caractéristiques sortent de la « norme » de mise en œuvre communément admise.

Cependant, des questions se posent quant aux cordes que l’on trouve (fréquemment) dans des cavités, dite « fixes », c’est à dire installées puis laissées à demeure.
Ces cordes, souvent fort utiles, facilitent certains passages sans pour autant être des éléments de sécurité, ou bien évitent d’avoir à installer ses propres cordes tout en étant cette fois des éléments de sécurité, tant et si bien que l’on a tendance à s’y fier moyennant une rapide vérification de principe…On se dit fréquemment que si c’est mis là par quelqu’un, ce quelqu’un savait ce qu’il faisait, que si tant de personnes sont passées par là, c’est que ça tient et tiendra, bref…bien peu emportent de quoi doubler la chose, ou ne doublent pas ces cordes même sils ont ce qu’il faut pour le faire.
Et il faut bien dire que les accidents connus sont extrêmement rares, car ces bonnes vieilles cordes, mêmes anciennes, même mal traitées, sont quand même de sacrées cordes, incroyablement solides en plus d’être légères et imputrescibles (mais chères !!!).

 

Néanmoins, SJV a connu en direct une rupture de corde dans une cheminée en cours de remontée, sans conséquences physiques heureusement, du fait d’avoir eu une longe sur une seconde corde à nœuds en parallèle.


Et quelques exemples similaires ont été rapportés sur une ou deux décennies.
On a donc tenté de rassembler des informations (rares, parcellaires…) sur ce sujet.
Plus précisément au sujet des cordes laissées en permanence dans les cavités.
Georges Marbach et Jean-Louis Rocourt ont déjà écrit quelques paragraphes en rapport, soulignant déjà lé difficulté d’obtenir des résultats à des tests faute d’avoir suffisamment d’échantillons bien connus.
Les facteurs influant sur les qualités résiduelles de la corde, sous terre, se résument en effet à peu près à une douzaine d’ éléments :

  • l’âge de la corde depuis sa fabrication
  • la fréquence de son utilisation
  • les modalités de son usage par la diversité des spéléologues qui s’en servent, plus ou moins brutaux
  • l’eau
  • les éléments chimiques dans cette eau
  • la température moyenne de la cavité et/ou les écarts de cette température durant l’année
  • les nœuds utilisés
  • les atteintes plus ou moins visibles à l’intégrité » de la gaine
  • le diamètre de la corde
  • la tension initiale de cette corde posée
  • son éventuel ensoleillement si à proximité d’une ouverture
  • les éventuels chocs qu’elle a déjà connu
  • Les possibles malveillances (hélas).

Nous ferons ici grâce aux lectrices et lecteurs des développements de chacun de ces facteurs, car il y en aurait long à dire et à lire !
En revanche, le but de cet article est de tirer une synthèse pratique (en amateurs éclairés) de ce que nous avons pu collecter et assimiler.

Leur résistance, déjà bien réduite par les nœuds, réduite par les efforts subis avec les frottements internes qui en découlent, réduite par des « blessures » de gaine dues à des coups, des frottements, réduite par le vieillissement chimique intrinsèque à tout produit, par l’action chimique de l’eau et de ses solutés, omniprésents nombre de grottes et carrières, …devient bien en-deçà de la résistance nominale, et on pourrait avancer une valeur de réduction oscillant entre  et 50 et 80%…
80%, ça amène à une résistance statique de 450 DaN pour une corde à 2200 DaN nominalement.
C’est encore pas mal ! Poussons même à l’extrême 90%…il reste 220 kg  !
C’est plutôt rassurant, mais attention !
On est là dans le domaine du « statique », pas dans le dynamique avec ses forces-chocs potentielles…Exemple illustré :

Pour un petit bonhomme de 80 kg, équipement compris, une chute de 3m seulement pourrait déjà être fatale…dans le cas d’une corde mal en point, avec plus de 200 DaN…

Pire encore, en revenant dans le « statique », sont les forces qui s’appliquent aux nœuds des amarrages des mains courantes, (en vert) dont la résultante (en bleu) s’oppose au poids de la personne (en rouge).
Car dans l’illustration ci-dessous, très simple, on constate que dans le premier cas, ces forces sont déjà doubles pour une corde moyennement tendue au départ, puis triples pour une corde plus serrée…etc.
Du coup, 80 kg vont « tirer » respectivement 160 puis 240 kg…à chaque extrémité nouée ! (A et B)
Si on ajoute à ce phénomène bien connu, des forces chocs liées à la progression par à-coups ou à une brusque glissade des pieds, ou si on imagine que deux personnes se retrouvent sur un même tronçon de main courante, on voit que la limite de résistance de ces cordes permanentes peut être vite dépassée…

Plutôt que rester sur ces considérations pessimistes, mais axées sur des scénarii réalistes, nous en venons à des principes pratiques que nous conseillons de mettre en pratique comme nous le faisons nous-mêmes, autant que possible.

  • Limiter au maximum la pose et/ou l’usage de ces cordes seules
  • Autant que possible, les doubler de cordes fiables tirées des sacs
  • Vérifier soigneusement l’état des cordes et contrôler au mieux les amarrages
  • Se méfier des cordes « fines » de diamètre inférieur à 10 mm…leur résistance décroît avec le carré de leur section…c’est à dire beaucoup !

 

Mauvais nœud de jonction…

  • Gare aux nœuds mal faits ou pas convenables selon l’usage à en faire.
  • Mains courantes bien (trop)tendues = DANGER
  • Si on le peut, dialoguer avec les clubs locaux avant la sortie
  • Ne progresser qu’en douceur (ce qui est déjà recommandé même avec de belles cordes neuves)
  • Tout faire pour ne pas chuter sur ces cordes
  • Ne pas s’ engager à deux voire plus sur une même corde ou sur un même tronçon de corde.
  • Éliminer une corde manifestement défaillante ou que l’on sait là depuis des années, la remplacer par une récente et saine si elle est nécessaire. C’est rendre service à la communauté, et peut-être éviter un accident (grave potentiellement)

 

  • Si on en pose soi-même, veiller à leur maintenance et à leur remplacement. On est responsable des installations que l’on effectue et des conséquences de leur utilisation si elles leur sont directement liées. (Mais pas de ce qui découlerait d’une incompétence, d’une faute, d’un matériel inadéquat de la victime…etc.). Ouf !

Nous remercions ceux qui, comme nous, facilitons parfois la tâche des équipeurs en posant des cordes fixes en certains points, réduisant sensiblement le portage de cordes, le temps d’équipement surtout si un groupe suit, la fatigue qui va avec, ou évitant des passages scabreux, boueux, ponctuellement aquatiques…etc.
On ne saurait radicalement bannir la pose et le maintien de ces aides à la progression et à l’équipement, mais les limiter au maximum, et surtout veiller à leur fiabilité nous paraît à souligner comme étant d’une grande importance…et même prudence !

L’illustration ci-contre, dont nous remercions l’auteur(e) présente un cumul de problèmes qui peuvent être rencontrés çà et là (mais rarement cumulés justement, et heureusement !).

On ne parle que de ce qui concerne l’équipement sur roche…

  • Cheville « Spit » mal posée
  • mousqueton au doigt défaillant
  • sangle érodée
  • saillie rocheuse insuffisante
  • frottement de corde cisaillant
  • Corde très entamée
  • Nœud mal serré
  • Mono-amarrage de tête de main-courante
  • brin dormant de nœud se sangle trop court…Les esprits observateurs ne manqueront pas de repérer toutes les autres « failles » ou « fautes » ( et encore avons-nous réduit et gommé certaines d’entre elles à partir du dessin original !!! )

 

 

 

 

 

 

 

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