La descente de l’Ourcq moyenne 885

La descente de l’Ourcq moyenne 885

22 mai 2026 Canoë 0

La descente de l’Ourcq moyenne    885  

 

On ne trouve nulle part de topographie, topo-guide, fiche technique qui seraient relatifs à la pratique du canoë-kayak sur la rivière Ourcq…
Rien d’étonnant surtout pour ce qui concerne son cours moyen de Brégy à Port-aux-Perches (Silly-la-poterie) !
Cette partie de la rivière dénivelle 17 m en 22 km soit 0,08% de pente, on n’est pas dans un torrent…

De quoi désintéresser les familiers de descente sportive, et/ou les flemmards de la pagaie.

 

 

 

Cette partie de la rivière, qui est le sujet principal de cet article, est un parcours extrêmement méandrique et semé de très nombreux obstacles
Enfin, elle se développe à 100% dans un cheminement en creux entre des berges le plus souvent très raides voire quasi-verticales, de 1,5 à 2,5 m de hauteur…sauf 2 km en amont de l’unique moulin encore fonctionnel, qui crée un plan d’eau réduisant la hauteur des berges à 0,5 m environ

 

 

 

On comprend pourquoi la pratique est réservée à une catégorie bien spéciale de gens adeptes des gymkhanas nautiques !
Gymkhana : « Parcours hérissé de difficultés » au sens large donné par Larousse. Ce parcours a été testé à trois reprises, dans les années 80, 2000 et en 45 ans il n’a guère changé sinon en pire !
Mais ce sont justement ces multiples obstacles « naturels » qui en font une sortie appréciable, dès lors que l’on sait et cherche ce que l’on veut y trouver !

 

 

L’Ourcq a un cours de 86 km avec un débit moyen de 2 m3/s, mais connaissant des crues pouvant dépasser 20 m3/s, en amont de Mareuil.
Elle portait plus de 20 moulins au XVIe siècle, avant qu’on en détruise plusieurs aux fins de permettre la navigation.
A propos du parcours testé ce jour, on peut lire que d’importants travaux de curage et désembouchage ont été menés en 2003…cela pouvait laisser penser que la rivière serait relativement dégagée…Mais c’était il y a 23 ans…

 

 

L’itinéraire…

PK 00,00  Départ de Breny, petit pont de la Rue de Montbard.
PK 02,70  Prise d’eau et pont privé de l’usine Sibelco (Montgru)
PK 04,70  Deux rails traversants, plus ou moins hors d’eau, vestiges d’une passerelle  de chemin (DANGEREUX)
PK 04,95  Déversoir anté-moulin à gauche. (Ne pas sauter)
PK 05,00  Moulin Hoche dit « De Rozet »
PK 05,10  Petit pont du moulin.

 

 

PK 05,15  Pont sous la route de Moulin à Nanteuil
PK 06,80  Pont du Vichel (DANGEREUX)
PK 07,70  Pont SNCF  « A »
PK 08,10  Passerelle principale du Château de Pringy
PK 08,20  Passerelle secondaire du Château de Pringy
PK 08,80  Pont de Pringy
PK 10,60  Passerelle du Moulin des Crouttes
PK 11,10  Pont de la D82 de Chouy

 

 

PK 11,80  Passerelle de chemin
PK 11,90  Pont SNCF « B »
PK 11,95  Passerelle de l’ancienne sucrerie de Neuilly
PK 12,40  Seuil de l’ex- Moulin de Saint-Mard
PK 13,10  Pont SNCF « C »
PK 14,70  Pont SNCF « D »
PK 15,30  Pont de l’ex-moulin Lecomte
PK 15,60  Pont SNCF « E »

 

 

PK 15,80  Passerelle du chemin de Noroy
PK 17,00  Pont SNCF « F »
PK 18,80  Pont SNCF « G »
PK 19,00  Chicane de l’ex-moulin de l’Île (DANGEREUX)
PK 19,10  Pont de la D79 de Marizy
PK 19,40  Pont SNCF « H »
PK 21,10  Pont de Troësnes
PK 22,10  Pont SNCF « I »
PK 22,60  Rampe de mise-à-l’eau de Port-aux-Perches

 

 

Récit  du testeur

Le départ a été choisi à Breny pour des questions d’accessibilité, mais aussi parce que la rivière est censée avoir été « nettoyée » et recalibrée au début du XXIe siècle à partir de ce village (200 habitants environ). De plus Breny n’est pas sans intérêt, avec son église Saint-Martin aux pignons en escaliers et son abside couverte de lauzes (très rare dans ce département).
Le site de Breny est occupé depuis le néolithique. Il a une histoire médiévale et, vieux de deux mille ans, abrite plusieurs monuments et objets d’intérêt, classés ou inscrits, ainsi qu’une imposante nécropole gallo-romaine et mérovingienne de 2 200 tombes.

Démarrage à 8 heures, après chargement et préparatifs divers
Dépôt du VTT vers 9 heures, à Port-aux-Perches (Silly-la-Poterie)
Reprise de route pour Breny, repérage des ponts. 9h30.
Déchargement, équipement, mise à l’eau vers 10 h00
Cette mise à l’eau ne se fera pas sous le pont de la Rue de Montbard, directement dans la rivière, mais dans un affluent mineur d’un mètre de largeur
en rive droite, alimenté par deux sources peu distantes. Je marche en arrière, car ce n’est pas navigable !

 

 

Il débouche dans un « rapide » assez actif, qui donne une bonne première impression.
Cette agréable entrée en matière ne va pas durer bien longtemps, les embâcles majeurs se multipliant…le fameux chantier de désembouchage de 2003 n’ayant visiblement pas été bien suivi ensuite !!!
Il faudra deux heures pour atteindre la prise d’eau grillagée de l’usine de produits minéraux (Ce site industriel date de 1900 !) au PK 02,70, soit une moyenne de déplacement de 1,3 km/h…ça promettait !

 

L’usine SIBELCO  produit environ 800 000 tonnes de sables divers, par broyage, concassage, tamisage, nettoyage, ensachage de mélanges de pierres, de cailloutis, de minerais et autres produits minéraux, a priori non métalliques

 

Un vestige de passerelle, (1) résumée à deux rails de chemin de fer parallèles forme un obstacle qu’on ne peut franchir que par dessus sauf si on accède aux berges…qui sont dans le domaine privé du Moulin Hoche, seul moulin encore actif sur l’Ourcq, et, bien sûr, habité.(Famille Hoche depuis 1921)
Ces rails franchis, je m’approche du moulin avec l’intention de ne pas être vu, et bute sur une seconde passerelle (3) du même type mais pas détruite, qui me verra faire demi-tour pour revenir à un déversoir de crue en rive gauche. (2)

 

 

Ce dernier n’apparaît pas sur les cartes IGN (mais retrouvé avec vues aériennes de 1950), pas plus que le ruisseau qui en naît (6) et rejoint le cours principal après que celui-ci a passé par la machinerie du moulin ou par des vannes de régulation.(4)
Ce moulin à farine de blé ou de seigle, principalement, et qualifié AB, fonctionne depuis le XVIe siècle.(5) Avec diverses modernisations bien sûr…
Il peut arriver qu’un lâcher d’eau soit effectué par les vannes (4) mieux vaut ne pas être trop près d’elles, ça chasse très fort , et violent contre-courant !

 

 

On reconnecte le cours sur un petit plan d’eau (8) qui reçoit le chenal de fuite du moulin (7, en rouge)
Les lieux sont tout en pierres et gros bois d’œuvre, mousses et lierres, vieux arbres et fleurettes, dans un style romantique !
La rivière reprend alors avec son entier débit (9) et les embâcles sont nombreux, de l’arbre énorme au fouillis d’arbustes enchevêtrés, qu’il faut franchir soit par en-dessous avec des prouesses de contorsionniste pour ne pas embarquer d’eau, soit par au-dessus dans un mode brutal de chevauchement,

 

 

soit à travers en se frayant un passage tant bien que mal, soit encore en devant débarquer, passer le bateau et rembarquer.
Au PK 06,80 apparaît un petit pont à la fois étroit et bas, où le flot s’engouffre.
Sans doute lié à l’ex-moulin du Vichel, et que la rivière commence à saper en creusant sous la pile de droite, déjà bien profondément.
Bateau amarré, je fais une approche prudente, fort courant et fond invisible, jusqu’à découvrir que sous ce pont a été installée une grosse conduite qui ne laisse pas passer un kayakiste ou canoéiste assis normalement sans lui casser le crâne…un vrai piège !

 

Il va donc falloir passer à pied, kayak à la cordelle jusqu’après la conduite et reprendre normalement.
Tout cela étant très long ! J’atteins alors le premier pont SNCF (dit « A ») du voyage au PK 7,70, il est 14h45…1,6 km/h.
Si ça continue à ce rythme, j’arrive au bout vers minuit ! Pas grave, j’ai de l’éclairage…

 

 

 

Mais la rivière est subitement un peu plus dégagée, et cela me conduit au château de Pringy XVIIe siècle de style Louis XIII avec parc à l’anglaise, flanqué d’une ex-falaise de calcaire qui a été consolidée d’un haut mur avec contreforts et des boves conservées (sorte de caves horizontales profondes creusées à même le tuf tendre.) PK 08,10
Deux passerelles desservent le château du côté des champs, et j’atteins le pont de Pringy  PK 08,80 …15h15…la moyenne s’améliore à 2,2 km/h !

 

 

Suit alors un beau domaine autour de l’ex-moulin des Crouttes, où je croiserai l’unique personne de toute ma navigation, plutôt aimable et bienveillante, ce qui n’est pas souvent le cas des riverains « dérangés » par les intrus sur « leur » rivière.

 

Après un petit échange cordial, et prévenu par ladite personne que des embâcles seront encore bien présents et bien gros, j’arrive au pont de Neuilly-Saint-Front PK 11,10.
Puis au pont SNCF « B » précédé de peu par une ancienne passerelle de fer, très haut placée, et dégradée. Il est 16h30 PK 11,90.
De mieux en mieux…2,4 km/h ! Si ça persiste, je peux espérer finir vers 20h30.
Juste après ce pont, une autre passerelle dont l’état est inquiétant…en lien avec les installations en ruine d’une ex-sucrerie de Neuilly, on voit encore très bien la station de pompage.

 

Neuilly saint-Front

https://www.geneanet.org/cartes-postales/view/5005474#0

https://www.creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/fr/deed.fr

L’ancienne sucrerie de Neuilly, 1897 / 1963. Traitait les cannes à sucre puis les  betteraves. Entreprise Say dès 1904. Ne deviendra pas Beghin-say.

Il y a aussi une nécropole nationale à Neuilly-Saint-Front, établie en 1919 et abritant 2 039 corps

 

 

 

 

Après encore beaucoup d’obstacles, j’arrive à un seuil en courbe, vers 17 heures, seuil qui correspond à l’ancien moulin de Marizy-Saint-Mard PK 12,40.
J’ai donc parcouru 500 m en 1/2 heure…bigre ! la plus faible moyenne depuis le début ! Sera-ce terminé pour minuit ?
Je me console et franchissant ce seuil bien franc, avec une belle série de vagues derrière…suivie d’un petit tronçon moins encombré qui m’amènera au pont SNCF « C » à la vitesse de 2,8 km/h…le record du jour depuis ce matin.
Mais pour aller au pont SNCF « D », il me faudra encore plus d’une heure pour 1600 m ! Heureusement qu’il en faut plus pour me décourager….

 

 

Un joli petit pont voûté (hélas tôlé…) de l’ex-moulin Lecomte s’intercale avant le pont SNCF « E », avec cette fois une rivière nettement plus libre qui me propulsera à la vitesse phénoménale de…4 km/h ! C’est encourageant…
Je suis au PK 15,60. Il me reste 7 km à pagayer et batailler, et il est déjà 18h30.
Une passerelle et deux ponts SNCF « F » et « G » plus loin,  je débouche sur un passage de rapides marquant les ruines de l’ex-moulin de l’Île.
Mais il est aussi marquant sportivement, et peut marquer physiquement si on rate la chicane qu’il dessine, sur fond de caillasses.

 


Le flot y est bien vivant, avec un coude à angle droit suivi d’un virage à gauche, qui plus est encombré d’arbustes tombés en voûte.

 

Dessalage et quelques bleus (au mieux)  garantis sur murs ou lit de roches en cas de fausses manœuvres ou trop lentement exécutées ! PK 19,00
Je m’en suis bien sorti…bientôt 20 heures…
Le pont de Marizy est juste derrière, et c’est le pont SNCF « H » peu après.
Arrive alors une passerelle ne figurant plus sur les cartes et qui faisait jadis suite à un gué sur un petit cours d’eau parallèle. PK 21,10
Je la repère car elle indique que 2 km ont été parcourus cette fois en…20 minutes ! On s’approche des « normales » de navigation, enfin, avec 6 km/h.

 

 

Le dernier pont SNCF, le « I », se dessine alors, il annonce la rampe de débarquement…au PK 22,60 à 21 heures. Les derniers 1500 m auront encore nécessité 40 minutes ! Mais j’y suis. Et le VTT est toujours là.
Il va me falloir beaucoup de temps pour tout déballer, ranger, essorer, me sécher, changer de vêtements et de chaussures, verrouiller le kayak sur un poteau, kayak modifié avec un orifice traversant l’étrave pour passer un antivol de vélo, les seuls petits anneaux d’origine, vissés, étant de dérisoires anti-vols…
Départ VTT vers 21h20

 

 

 

Croisement miraculeux de deux personnes rentrant chez elles (miraculeux car il n’y en aura aucune autre ensuite) qui accepteront de passer un SMS à la pauvre « vigie », histoire d’apaiser un éventuel tourment.
Retour nocturne à Breny vers 22h15 après 19 km sur des routes vallonnées…Chargement du VTT et arrimage puis retour à Port-aux-Perches à 23 h.

 

 

Chargement du kayak, arrimage, rangement, contrôle….départ 23h15, retour à la maison 0h30.
Il a fallu tout décharger et ranger…Dodo à 1 heure du matin.
Belle et bonne journée de 18 heures dont 3,5 à conduire, 1 à vélo, 11 sur l’eau, 2,5 en chargements/déchargements et autres actions annexes.
Avec une rivière de ce type et sans obstacle, la navigation aurait duré environ 3 h.

 

 

Si on compte 2,5 h passées à la pause (courte) déjeuner et à la prise de 140 photos , on constate que le franchissement des embâcles et du déversoir de Rozet auront demandé…5,5 heures en contorsions, acrobaties, portage, bûcheronnage ! Multipliant donc par 3 le temps « ordinaire ».

Mais, jolie rivière au demeurant, et défi technique ou d’endurance, il suffit de savoir ce que l’on est venu chercher !
Une reconnaissance de rivière « inconnue » réserve forcément des surprises, parfois des dangers, c’est le jeu.
Lecteurs et lectrices sont ici informé(e)s sans oublier que tout cela est étroitement dépendant du niveau de l’eau…

 

 


Il existe heureusement une station de relevés à Chouy, exactement au milieu du tronçon, et, pour ce jour, on était à 32 cm d’échelle. (en février c’est monté à 110 cm !)
Dès 25 ça commencerait à râcler le fond un peu partout, voire à caler, mais au-dessus de 40 le débit deviendrait dangereux contre les embâcles ou sous certains ponts.
Par ailleurs, les embâcles franchissables par en-dessous ne le seraient plus, et d’autres deviendraient facilement franchis par au-dessus… 
Enfin, ces structures alluviales de flottaison sont par définition inégales dans le temps, instables, certaines disparaissent d’autres apparaissent à chaque crue, pouvant dépasser 1 ,5 m !
Rappel: nautisme interdit par temps de crue

Il convient de signaler que ces accumulations sont elles-mêmes dangereuses si on n’y prend garde, pouvant brutalement céder sous des efforts  nouveaux, des éléments suspendus en équilibre pouvant chuter, certains parfois de grosse taille.
Ils sont potentiellement habités d’araignées et d’insectes dont certains peuvent être piqueurs, mordeurs , ou urticants.
Des végétaux piquants, griffants, sont souvent mêlés aux bouts de bois et branches, eux-mêmes garnis de pointes et lames de cassure, de piquants et d’échardes…
Le nautisme « gymkhana » n’a donc que peu à voir avec le kayakisme sportif classique !

Mais si l’Ourcq venait à être « nettoyée », ne serait-ce qu’en ménageant des passes et des portes, elle deviendrait un cours d’eau intéressant pour tous.
Ce qui devrait être le cas si le syndicat intercommunal censé s’en occuper le faisait !
Celles et ceux qui entreprendraient cette descente dans l’état actuel de cette rivière peuvent aussi « doser » l’affaire en réduisant plus ou moins fortement le parcours…par exemple le diviser par deux en démarrant au Pont de Neuilly sur la D82.

 

 

Concernant la distance réellement parcourue, elle est nettement supérieure à 22600 m vu le nombre énorme de zigzags et quelques reculades.
Finalement, ce sont plutôt 25000 mètres !
Rien n’interdit de poursuivre la navigation sur la rivière désormais canalisée, et cela jusqu’à Mareuil-sur-Ourcq soit environ 12 km très calme mais avec quatre portages ou roulages aux écluses.
En aval de Mareuil, soit reprendre le cours de rivière sauvage (voir article 879) soit poursuivre sur le Canal de l’Ourcq.

Port-aux-Perches n’est pas une ville, mais un site touristique et une base de loisirs entre Silly-la-Poterie et Troënes.
Les activités principales sont des croisières thématisées commentées sur le canal, des repas-spectacles (cabaret) et des après-midis dansants au son de l’accordéon.
Il est fortement recommandé de réserver pour les croisières, le restaurant et les spectacles, car les places sont limitées.

Le site domestique de plusieurs bâtiments est généralement ouvert d’avril à octobre. Pour connaître les jours et horaires précis, il est conseillé de consulter le site officiel. Le site « naturel » de 3 hectares tout autour est ouvert en permanence toute l’année, notamment la rampe de mise-à-l’eau.

La salle de restaurant et le bateau de croisière sont accessibles aux personnes à mobilité réduite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

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