Le sourcier…légendes et réalité 528

L'aventure et l'évasion

Le sourcier…légendes et réalité 528

3 avril 2022 carrières diverses Spéléologie 0

Le sourcier…légendes et réalité 528

Il n’est pas rare que les spéléologues aient eu accès à des cavités naturelles grâce à des puits à eau artificiels, et que ces derniers aient été creusés selon les indications de sourciers, depuis au moins cinq siècles !
Ces braves gens avaient donc une importance et une notoriété liées à leur faculté de détecter la présence d’eau dans le sol, parfois à des profondeurs étonnantes.
SJV ayant récemment eu l’occasion de descendre un de ces puits, une discussion s’est engagée quant à ces capacités hors-normes de ces gens, sur la base de propriétés vibratoires, amplifiées par des baguettes en « V », en « Y », voire en « L » et même en « C », en noisetier à l’origine, puis en d’autres bois, en métal et même en plastique !
Si, tout d’abord, on s’est quelque peu émerveillés de tels pouvoirs, qui furent si bénéfiques à nos congénères de siècles passés, il a paru intéressant d’essayer d’en savoir davantage…
Plusieurs articles dont un, particulièrement bien documenté, issu de Wikipédia et que nous reproduisons ci-dessous, viennent hélas dépoétiser et désenchanter l’affaire…montrant et démontrant que, sauf peut-être des cas extrêmes que l’on n’aurait pas identifiés, les sourciers n’ont pas plus de pouvoir de divination que le commun des mortels qui se fierait au seul hasard, baguette ou non.
Qu’en revanche, de solides connaissances en géologie, en hydrologie, complétée de celles des lieux précis et des mémoires des autochtones observateurs, peuvent accroître sensiblement les chances de trouver cette eau souterraine.
Il est alors clair qu’avec un peu de mise en scène, un individu ainsi informé peut passer pour un efficace sourcier des temps modernes…mais plus rien à voir avec les dons et autres baguettes magiques !
Il existe aussi divers témoignages qui tendent à prouver que sourciers et sourcières authentiques existent bel et bien, avec des « démonstrations » sur le terrain, mais on note qu’elles sont souvent « tronquées »…
Qui plus est, il existe des détecteurs d’eau sophistiqués qui peuvent être utilisés préalablement à la « probation », et ainsi fausser complètement l’expérience.
Exemple avec Ajax-Oméga : (qui, en plus, affiche s’il s’agit d’eau douce ou salée ou très minéralisée…et la proportion eau/roche aquifère)

Système manuel - Ajax Omega

Ca ne nous empêchera pas de saluer les acteurs du passé auxquels nous devons ces beaux puits creusés à la pioche voire à la poudre noire, en pleine roche, parfois au péril de leurs vies, et qui nous valent d’agréables visites tant géologiques que spéléologiques, esthétiques et même historiques !

Expériences

Sydney

En 1980, un groupe sceptique australien organise avec James Randi un concours où il faut trouver dans quel tuyau coule de l’eau, ou savoir détecter la présence de laiton ou d’or, le prix pour le gagnant est de 40 000$. Les candidats ont vérifié le terrain et leur outil en testant la zone lorsqu’aucun tuyau ne contenait de l’eau puis avec un seul tuyau connu en contenant. Parmi les 16 participants, aucun n’a atteint le pourcentage nécessaire pour remporter le prix.

  • Eau : 11 succès sur 50, 22 % de réussite, hasard moyen 10 %, attendu par les sourciers 86 %
  • Laiton : 0 % de réussite, attendu 87 %
  • Or : 11 % de réussite, attendu 99 %

Munich

Entre 1986 et 1988, une expérience de grande ampleur commandée par le gouvernement allemand est conduite à l’université de Munich. Cette expérience avait pour but de déterminer si la radiesthésie était une méthode de détection fiable. Les organisateurs croyaient en l’authenticité des capacités des sourciers, et ils ont tout mis en œuvre pour le prouver avec un budget de 400 000 deutschmarks.

Méthodologie

Un chariot, qui portait un tuyau dans lequel circulait une masse d’eau, était placé au hasard sous un faux plancher. Le sourcier devait ensuite, à l’aide de n’importe quel ustensile de son choix (pendule, baguette…) déterminer la position de l’eau. Un illusionniste vérifia l’installation pour éliminer les fraudes possibles ; pendant chaque essai, une personne était présente pour surveiller le sourcier et noter le résultat, cette personne ne connaissait pas la position du chariot ni le résultat précédent (double insu). Afin d’obtenir des résultats statistiquement significatifs, l’expérience fut réalisée auprès d’un groupe de test où chaque sourcier réalisa 104 séries de 5 à 15 essais.

Plusieurs milliers de tests ont été réalisés pendant la phase préliminaire qui ont permis de sélectionner les 43 meilleurs sourciers parmi les 500 qui se sont présentés. Ces tests avaient aussi pour but de valider la méthode pour que la détection soit réalisée dans les meilleures conditions possibles. Plusieurs essais ont été réalisés avec différentes configurations : vitesse de l’eau dans le tuyau, eau salée ou contenant du sable ou des graviers et même absence d’eau.

Résultats

Deux ans et 843 essais plus tard, l’analyse des résultats démontra que les radiesthésistes obtenaient les mêmes résultats qu’une détection effectuée au hasard. Cependant, les sourciers notèrent que 6 radiesthésistes avaient obtenu un taux de succès significatif, et prétendirent que sur les 43 sourciers du test, seulement 6 avaient de réelles compétences mais l’expérience fut tout de même considérée comme un échec par les autorités allemandes. Les statisticiens démontrèrent que sélectionner uniquement les sujets ayant eu un taux de réussite élevé était une erreur d’analyse.

Après cet échec, Tom Napier de la Philadelphia Association for Critical Thinking (PHACT) retenta l’expérience. Même méthode et même groupe test. Mais cette fois, tout est simulé par ordinateur. Un ordinateur place virtuellement le tuyau d’eau et un autre ordinateur donne, au hasard, la position du tuyau. Les résultats sont équivalents à ceux obtenus par les sourciers lors de l’expérience de Munich. De même que 6 sourciers avaient obtenu des taux de réussite significatifs lors de l’expérience de Munich, 6 sourciers virtuels ont obtenu de bons résultats lors de l’expérience de Napier.

L’expérience menée avec un échantillon représentatif de sourciers démontre que les résultats obtenus suivent la loi normale, tout comme l’expérience par randomisation. De fait, selon cette expérience la méthode radiesthésique ne permet pas d’obtenir de meilleurs résultats que si l’on opère au hasard.

Cassel

En novembre 1990, une étude scientifique organisée par le GWUP a eu lieu à Cassel en Allemagne, avec la collaboration du sceptique James Randi et la Hessische Rundfunk (chaîne de radio/télévision du Land de Hesse) qui enregistre les tests. À la suite d’une annonce faite dans la presse, une centaine de sourciers prennent contact avec le GWUP. L’échange de questionnaire permet de cibler les capacités des candidats, la majorité d’entre eux disent pouvoir détecter de l’eau dans des tuyaux et quelques-uns différentes substances (métaux, charbon, pétrole, aimants, etc.).

Méthodologie

Deux protocoles en double aveugle sont organisés :

  1. Le but est de déterminer s’il y a ou non de l’eau qui coule dans un tuyau souterrain connaissant sa position. Les participants font 30 essais et doivent obtenir au moins 25 bonnes réponses soit 83 % de réussite.
  2. Trouver parmi dix boîtes en plastique celle qui contient l’objet préalablement choisi par le candidat. La condition de réussite est fixée à 8 bonnes réponses sur 10 essais.

Si un candidat réussit, il doit repasser le même test une seconde fois, s’il atteint à nouveau le seuil de réussite, il gagne le prix de 20 000 DM.

Les hypothèses par rapport au hasard sont les suivantes :

  1. Les sourciers peuvent dire dans au moins 83 % des cas si de l’eau coule dans un tuyau en plastique alors que le hasard attendu est de 50 %.
  2. Les sourciers peuvent dire dans au moins 80 % des cas dans quelle boîte se trouve un objet préalablement choisi alors que le hasard attendu est de 10 %.

Avant l’expérience, les candidats signent un document indiquant qu’ils acceptent le protocole, qu’ils ont eu la possibilité d’ajuster leur technique aux conditions du test pendant la phase préliminaire, et qu’ils se sentent capable de le réussir.

Résultats

  1. Les 19 participants ont réalisé 30 essais chacun et ont obtenu entre 11 et 20 bonnes réponses (37 % à 67 %), au total cela fait 298 bonnes réponses sur 570 essais soit 52,3 %.
  2. Les 13 participants ont obtenu entre 0 et 2 bonnes réponses sur 10 essais, au total 14 bonnes réponses sur 130 essais soit 10,8 %.

Le seuil de réussite fixé dans les hypothèses n’a pas été atteint. Les résultats sont très proches du hasard attendu et donc ne confirment pas l’hypothèse que les sourciers sont capables de faire mieux que le hasard. Le résultat du meilleur sourcier pour le test de l’eau (20 sur 30) reste probable puisqu’il y a 24 % de chance que deux personnes ou plus obtiennent ce score au hasard.

Argenton-sur-Creuse

En mars 2007, l’Observatoire zététique (OZ) a réalisé une expérience avec deux radiesthésistes dans la ville d’Argenton-sur-Creuse pendant deux jours. L’objectif était de retrouver un échantillon de métal disposant, selon les sourciers, d’un « taux vibratoire » exceptionnel. Trois expériences successives n’ont pas permis de mettre en évidence une capacité des radiesthésistes à identifier effectivement cet échantillon particulier.

Méthodologie

Pour chaque essai, une équipe était chargée de placer l’échantillon sous une des dix boîtes tirée au hasard. Les radiesthésistes devaient, à double insu, déterminer sous quelle boîte se trouvait l’échantillon à identifier. Dans ce protocole les radiesthésistes, sous la supervision de deux assesseurs, étaient libres de travailler comme ils l’entendaient et le temps pour chaque essai n’était pas limité. L’analyse statistique a permis de comparer leur performance avec ce qu’aurait pu être une performance réalisée au hasard. Trois expériences de 7, 10 et 32 essais ont été réalisées.

Une demi-journée était consacrée aux essais à blanc et à la vérification des conditions expérimentales. Pendant celle-ci, les radiesthésistes ont identifié les points de la salle qui pouvaient, pour une raison quelconque, influer négativement sur leurs recherches. Ils ont vérifié, à l’aide de leurs instruments, qu’ils pouvaient correctement identifier les échantillons et ont réalisé des tests leur permettant de s’assurer que leur performance serait optimale.

Résultats

Aucune des trois expériences n’a donné de résultat significatif. Lors de la première expérience, sept essais ont été réalisés. Le résultat attendu pour considérer que celle-ci était un succès était de quatre réussites. L’échantillon a été retrouvé une fois. La deuxième expérience comprenant dix essais, cinq réussites étaient nécessaires pour considérer que celle-ci était un succès. L’échantillon n’a été retrouvé que deux fois. La troisième expérience a porté sur 32 essais. Un minimum de neuf réussites était attendu. L’échantillon a été correctement identifié quatre fois seulement.

Ce protocole expérimental a été mis en place sur la base de deux affirmations. La première était que les échantillons testés disposaient, selon la terminologie radiesthésique, d’un « taux vibratoire élevé et inhabituel ». La seconde était que, grâce à ce « taux exceptionnel », ces échantillons pouvaient être mesurés et/ou identifiés par des moyens radiesthésiques. S’il est impossible de prouver logiquement que les échantillons ne « vibrent » pas, ni que les radiesthésistes n’ont pas de sensibilité spécifique, la tentative de mettre en évidence la particularité de ces échantillons par la radiesthésie s’est soldée par un échec. Les résultats sont proches de ce que donnerait, en moyenne, une performance réalisée au hasard.

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