Emmurement souterrain 388

L'aventure et l'évasion

Emmurement souterrain 388

1 mars 2021 carrières diverses Spéléologie 0

Emmurement souterrain       388 

Dans l’article 387, il fut question de l’ensevelissement, situation a priori dramatique, mais bien distincte de l’emmurement souterrain, qui se définit ici comme un enfermement subit dans un espace souterrain, de façon imprévue, enfermement ne laissant aucune autre issue que celle accidentellement interdite…à restaurer donc !
Bien entendu, ce cas semble apparemment bien moins périlleux, et c’est aussi souvent la réalité, mais pas toujours, hélas.
Comme précédemment (N° 387), pour alléger l’exposé, on va considérer qu’il n’y a qu’une victime et, pour équilibrer les genres, tourner les phrases au féminin singulier quant aux personnes, sachant qu’il est bien sûr évident que tout peut être mis au masculin !
De même va-t-on considérer que la prisonnière n’est pas physiquement blessée car c’est presque toujours le cas.
Dans un contexte d’emmurement, les difficultés principales susceptibles d’être rencontrées (selon les cas) vont être le besoin en oxygène, le refroidissement, le besoin en eau, le besoin de nourriture, la durée d’éclairage .

1) Cas où le volume d’air disponible n’est pas renouvelable, et très faible. 

La première disposition est de conserver son calme autant que possible, le stress et l’agitation étant consommateurs d’oxygène. Le temps étant compté, a priori bref, les problèmes de froid, d’eau et de nourriture, et même d’éclairage deviennent très mineurs…le tout est de retrouver de l’air respirable dès que possible.
Il est assez difficile d’estimer le temps imparti à la victime, car beaucoup de facteurs entrent en jeu (la physiologie individuelle, la température, l’état de stress, l’activité mise en jeu, la qualité initiale de l’air ambiant, et, forcément, le volume disponible.
Il est communément admis que pour la grande majorité des humains (on exclut ici les apnéistes, par exemple, rompus à survivre de nombreuses minutes sans même respirer) s’exposer à un taux inférieur à 16% commence à poser des problèmes et ne doit pas durer longtemps.
Sachant qu’en moyenne nous ventilons 1/2 litre d’air par cycle ventilatoire, et cela 12 à 15 fois par minute,  il faut environ 6 ou 7 litres par minute, soit 1 m3 pour tenir à peu près 2 h /2h30…ceci au calme.
S’il n’y a pas renouvellement de ce mètre cube pris en exemple, la vie ne s’arrêtera pas, car à ce stade, on est dans une atmosphère qui compte encore environ 16 à 17 % d’oxygène.
Mais deux heures encore, et la situation deviendra très grave.
S’il y a un stress, du froid, et une activité pour tenter de se dégager, ces temps de survie se réduisent très fortement.

Cela étant, l’exemple basé sur 1 m3 est extrême, et hormis une fin de boyau borgne où on se trouverait emmuré n’avoir que si peu d’air autour de soi est très peu probable.
Cela étant, le raisonnement physico-mathématique simpliste ci-dessus ne décrit pas exactement ce qui se passe dans le corps dès que l’oxygène se raréfie, car parallèlement et proportionnellement le dioxyde de carbone s’accumule…
Le tableau ci-contre reprend approximativement les données liées à la seule diminution du taux d’oxygène mais y associe l’augmentation de celui du CO2.
L’expiration normale dégage du CO2 à 4 %.
L’on peut imaginer que dans une atmosphère viciée dans laquelle le taux d’oxygène serait tombé à 10 %, celui du Co2 serait passé lui aussi à 11 %.
Comme indiqué, dès 7%, divers ennuis peuvent se manifester, à des degrés variables, mais qui, tous, sont en plus générateurs de stress et d’angoisse, ce qui ne va rien arranger…
Mais cela s’observera surtout si l’atmosphère est brassée, donc formée d’un mélange gazeux homogène, dont 78% d’azote restant ici un gaz neutre (mais essentiel quant à son rôle dans le maintien des pressions partielles des autres gaz !).
Le CO2 ayant une masse volumique supérieure à l’O2 ( 13,7 contre 4,5) il tend à s’installer vers le sol
La victime a donc tout intérêt à brasser l’air le moins possible et à maintenir ses voies respiratoires le plus haut possible.


Ces considérations théoriques établies, la victime et la sauveteuse vont chercher dare-dare à rétablir une communication aérienne…la victime travaillant au plus haut, à la fois parce que la charge de la matière obstructrice a quelques chances d’être moins grande, la longueur du passage à former d’être moins importante, et bien sûr bénéficiant du taux maximum d’oxygène comme vu précédemment.
La victime va chercher l’efficacité dans un rythme calme et régulier, en dominant sa respiration, tandis que la sauveteuse va s’activer le plus possible, sa seule attention restant de ne pas créer un suraccident en désobstruant l’emmurement . Sauf énorme éboulement, le bruit du travail de chaque personne est réciproquement perceptible, ce qui, d’une part, guide dans les deux sens, mais encourage et soutient la pugnacité à l’ouvrage !
L’objectif majeur initial, on le répète, n’est pas de délivrer physiquement mais d’apporter de l’air « frais ».
Ensuite, le passage créé pourra sans doute servir à passer à boire et à manger et/ou être agrandi pour sortir la victime de là…ouf ! Il sert aussi à échanger des paroles encourageantes et rassurantes.
Il est clair que dans cette configuration seul l’auto-dégagement peut être salutaire, la balance entre courir chercher un hypothétique secours extérieur (sauf si ce n’est vraiment pas loin…ni long à bouger) et se dépêcher  d’offrir un peu d’aération  penchant très fort vers la deuxième proposition.
En revanche, toujours si les secours ne sont pas estimés trop lents à pouvoir intervenir, il peut être judicieux de les déclencher pour dégager la victime, ceci pour disposer de forces vives mais aussi pour limiter le risque d’un nouvel éboulement qui serait encore plus pénalisant…c’est une question d’appréciation par la sauveteuse.

Si la victime doit se retrouver seule dans sa geôle ne pas la quitter sans un dialogue solidement rassurant, essayer de lui passer à boire et à manger, voire des textiles anti-refroidissement voire des chaufferettes si disponibles.
Si possible, lui toucher la main, voire la serrer…simple contact ô combien symbolique et fort.

Eviter à tout prix de connaître ce cas très périlleux devrait permettre une bien plus longue vie à chacune et chacun…

2) Cas où les volumes d’air respirable disponible sont suffisamment grands pour ne pas être un ) facteur d’inquiétude.
Dans ce contexte, l’urgence est quand même bien moins grande, ce qui peut permettre de mieux garder son calme !
Privilégier l’auto-secours s’il semble réaliste.
Même si le problème de la sous-oxygénation n’existe pas, rétablir aune communication, même étroite dans ses dimensions physiques, reste très important.


La victime va pouvoir être plus active, moins stressée, mais restera raisonnable malgré tout, car elle ne sait rien du temps qu’il lui faudra pour ressortir de là.
Elle sera peut-être confrontée au froid, à la soif, à la faim, et à l’obscurité totale si tout cela dure un peu trop.
L’économie va donc être son leitmotiv
Limiter la sudation, quitte à se déshabiller momentanément le temps du travail de désobstruction qu’elle va développer, en prévision d’immobilité dans le froid humide, et pour réduire la perte hydrique.
Rationner son eau s’il y en a en quantité limitée. Eviter de haleter et de travailler la bouche ouverte.
Rationner sa nourriture si disponible et si quantité limitée (avec un peu de chance le sac contenant les vivres de l’équipe sera de son côté !!!).
Economiser l’éclairage au maximum, même si réserve de batteries ou piles disponible.
En particulier, on éteint si on est au repos, on conserve l’éclairage pour l’action.
Ensuite, on creuse, on désobstrue, autant que faire se peut…parfois c’est impossible.
Et cela des deux côtés.
La plupart du temps, les équipes ne disposent que de presque rien spécialement fait pour creuser, ce qui réduit fortement leur efficacité et leurs chances d’en sortir par elles-mêmes.

Si donc la sauveteuse voit, sent, devine que ce sera une affaire titanesque, alors, cette fois, la balance va pencher du côté des secours externes, que l’on va quérir au plus vite (mais pas trop non plus car la sauveteuse doit ressortir indemne pour être efficace ensuite).
Sans fanfaronner, si des secours sont déclenchés sans trop de délai, entre Spéléo-secours, Pompiers spécialisés, voire Gendarmes et/ou autres personnes compétentes, équipées et outillées, les chances de ressortir la victime vivante sont sérieuses. Il faudrait vraiment un « mur » très épais ou très complexe pour que l’on ne puisse le franchir suffisamment vite.
Pour autant, que personne n’en tente l’expérience exprès, juste pour voir !!!

3) Cas du ou de la solitaire…

S’ils ont mis en place une « vigie » et si son parcours souterrain a été balisé ou reste simple, leur sort est scellé dans le cas 1) comme le sera son cercueil. Leurs chances d’en sortir restent assez grandes dans le cas 2), d’autant que la ou le  solitaire ont presque toujours leur sac avec eux.
S’il y a une vigie mais pas de repère d’itinéraire suivi, et cavité complexe et étendue, leurs chances sont proportionnelles aux mètres cubes d’air disponible et inversement au temps que mettront les secours à les retrouver…là encore avoir le sac avec soi sera important pour eux.
Si pas de vigie, leurs sort et cercueil  sont tout aussi scellés que précédemment dans le cas 1) et presque scellés dans le cas 2)…car si pas d’horaire indiqué et pas de destination connue, on est vraiment dans le bas du bas du chançomètre !!!

Pour autant il ne s’agit pas de déconseiller la pratique en solitaire, mais de conseiller les solitaires…par exemple :

installer une vigie qui sait la destination et connaît un horaire limite
garder son sac toujours avec soi.
– disposer de deux éclairages standards + un petit de secours SUR SOI.
si l’itinéraire suivi n’est pas « évident », baliser son parcours de façon spécifique…pas confondable avec diverses marques précédentes, notamment. A SJV, on appelle cela des « poucets »…aussi utiles aux solitaires pour ressortir qu’aux secours pour les retrouver d’ailleurs !
Avoir emporté dans le sac davantage d’eau et de nourriture que la sortie prévue n’en réclame.
Etre doté d’un bon couteau repliable, lui aussi SUR SOI.

La désobstruction en solo, quant à elle, est à réserver aux individus qui sont soit casse-cous, soit fous, soit suicidaires, soit très compétents donc très connaisseurs et prudents.

Bien entendu, cet article ne se veut pas du tout inquiétant, (…),  tout cela étant relié à une probabilité de survenance extrêmement faible si on ne se comporte pas stupidement, mais…quand les sorties sont fréquentes, sont exposées, concerne un certain nombre de personnes, la probabilité grandit, bien que restant toujours dans le domaine du très faible.
Mais elle grandit…ce qui signifie que chaque membre d’une équipe doit veiller autant sur les autres que sur soi-même pour la ramener à son niveau extrêmement faible.

Afin de relativiser tout cela, d e façon objective, voici un extrait relatif à l’accidentologie spéléologique…très, très limitée !

Le nombre d’interventions de secours sous terre impliquant des spéléologues s’élève à une vingtaine par an (moyenne 2007-2017 des événements recensés par le SSF). ( dont 2 à 3 décès par an pour 15 000 pratiquants recensés)

Le Spéléo secours français recense  ainsi par exemple sur l’ensemble du territoire et durant les quatre années de l’Olympiade 2013-2016, 83 événements ayant fait l’objet d’une interventions de secours en milieu souterrain, toutes causes confondues (soit 20,75 interventions /an) et 39 fausses alertes, le plus souvent pour des retards (soit 9,75 fausses alertes/an). S’y ajoutent durant la même période 48 « auto-secours » (soit 12/an) concernant des événements n’ayant pas donné lieu à une intervention de secours, l’incident ayant été géré par les coéquipiers de la victime.

Les données du SNSOM (Système national d’observation de la sécurité en montagne), recensent, en 2018, 5 accidents  liés à la pratique de la spéléologie. Soit une proportion de l’ordre de 0,1 % (un pour mille), rapporté aux 6570 interventions comptabilisée sur « domaine montagne » (c’est-à-dire relatives aux activités de pleine nature se pratiquant en montagne, en dehors du domaine skiable, telle que randonnée, alpinisme, VTT, parapente, raquettes, escalade, via-ferrata, canyon).

 

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